LA RELIGION

Photo G. Garcin

REMUE-NEURONES

  • À quoi tient la force des religions ?  
  • L’homme est-il par nature un être religieux ?  
  • L’humanité peut-elle se concevoir sans religion ? 
  • La religion est-elle essentielle à l’homme ? 
  • La religion peut-elle n’être qu’une affaire privée ? 
  • La religion unit-elle ou sépare-t-elle les hommes ? 
  • La science peut-elle faire disparaître la religion ? 
  • Les religions empêchent-elles les hommes de s’entendre ? 
  • Peut-on expliquer la croyance religieuse sans la détruire ? 
  • Est-il déraisonnable de croire en Dieu ? 
  • La religion peut-elle se définir par sa fonction sociale ?

QUELQUES DEFINITIONS

Définitions

La religion est un système de croyance qui repose sur deux liens :

« vertical » entre les hommes et Dieu et « horizontal » entre une communauté d’hommes.

L’étymologie du mot « Religion » a deux sources principales :

  • Le verbe religare qui signifie attacher, relier : relier les hommes à dieu (vertical) et les hommes entre eux (horizontal).
  • Le verbe religere qui signifie se recueillir, réfléchir , revenir sur soi et qui renvoie la religion à la vie intérieure et se caractérise par la foi

La religion qualifie l’ensemble des croyances, dogmes et pratiques qui définissent les rapports de l’être humain avec le sacré ou la divinité, autrement dit, avec une forme de transcendance*.

On peut en effet, malgré la diversité des formes religieuses, dégager une constance, à savoir la croyance en une autre vie dans l’au-delà, à laquelle seuls auront accès les fidèles.

 

RELIGIONS & SOCIETES

 L’homme,  le seul « animal religieux ».  La religion relie l’homme à plus haut et plus puissant que lui.  

Dès le paléolithique, les hommes ont inventé des mythologies et des cosmogonies d’origine, donnant lieu à des rituels, des règles de vie, des cultes funéraires. L’anthropologie, l’ethnologie et la préhistoire peuvent-elles nous éclairer sur les origines , voire les “fondements” des phénomènes religieux ? Mythologie, chamanisme ou animisme, quelles sont les fonctions de ses croyances et de ces pratiques ? Au-delà des diversités culturelle, y a t-il une armature commune à toutes les religions ?

Religions naturelles

Des philosophes comme Rousseau, Kant ou Bergson, opposent les «  vraies » religions (religions porteuses de valeurs humanistes) aux « fausses », qui alimentent la haine et le fanatisme. Les fausses religions ou religions « statiques » sont dogmatiques et excessivement directives : « La  religion statique attache l’homme à la vie et par conséquent l’individu à la société, en lui racontant des histoires comparables à celles dont on berce les enfants » (Les Deux Sources de la morale et de la religion).

Les « vraies » religions ou religions « naturelles », ignorant cultes extérieurs et liturgies, au contraire, mettent l’accent sur la dimension morale et donc universalisable de leurs prescriptions. Celles-ci pourraient se résumer, selon Kant (La Religion dans les limites de la simple raison) ou Rousseau (Profession de foi du vicaire savoyard) au seul devoir d’aimer Dieu et son prochain comme soi-même, ou tout au moins d’y tendre.

Diversités

Il y a différentes religions monothéistes (Christianisme, Islam, Judaïsme), polythéistes et même des religions sans dieu… comme le Bouddhisme*. (Cf Ailleurs)

Néanmoins cette diversité n’empêche pas de nombreux points communs.

Points communs

Sacré - profane

On retrouve dans toutes les religions les notions de « sacré » et de « profane »

Le sacré : objet d’un respect mêlé de crainte (textes, objets, lieux) On maintient une distance avec le sacré. ce qui est « sacré » est ce qui est séparé, du latin « sancire » qui veut dire délimiter, circonscrire. Le sacré est réglé, immuable, interdit. Le sacré est réglé, immuable, interdit.

Le profane au contraire, de « pro-fanum » ce qui est « devant l’enceinte », est ce qui est à notre portée, accessible. Le profane est libre, changeant, licite.

La profanation c’est entrer sans respect dans un lieu sacré Il existe. Du sacré hors de la religion.

À l’origine de cette distinction qui se retrouve dans toutes les religions, il y a trois facteurs :  

Sentiment dû à l’indigence et à l’insécurité de l’être humain face à la nature. C’est une anxiété mêlée d’effroi devant ce qui dépasse et que l’on ne peut ni décrire, ni exprimer, mais qui est néanmoins « là ».

Le culte d’une nature personnalisée, donc en principe influençable, est une tentative de contrôle (illusoire) de ces forces (sur)naturelles.

L’anxiété devant la mort (et plus particulièrement la décomposition du cadavre). Il faut se concilier la mort et les morts par le culte des ancêtres.

Le problème de l’identité des vivants :  d’où venons-nous ? où allons-nous ? 

Dans les trois cas, il y a l’effroi de l’incontrôlable et la tentative d’ instaurer une forme de contrôle par la sacralisation.

 

Les rites

Au sens large, un rite est un comportement stéréotypé. Au sens religieux, un rite est un ensemble de gestes et de pratiques codifiés concernant le sacré.

Les rites sont conformes à un usage collectif.  Les rites grâce à des attitudes répétitives et réglées ont pour but de se concilier ce qui nous échappe.

Attention, tous les rites ne sont pas religieux. Il y a par exemple les rites magiques

La religion comme ensemble de rites pose le problème de la fonction psychologique et sociale de la religion :illusion, instrument de manipulation ?

 

La foi

Étymologiquement, « foi » vient du latin « fides », qui signifie « confiance ». La foi repose donc sur un acte de confiance, ne se fondant sur aucun argument rationnel. Si l’existence de Dieu était prouvée, nous n’aurions plus la foi, nous saurions.

Dans le premier livre de la Bible (la Genèse), Dieu promet à Abraham une longue descendance. Mais Sarah, sa femme, est stérile. Elle tombe pourtant enceinte et accouche d’Isaac. Plus tard, Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils unique. Ce commandement semble absurde : il contredit la promesse de la descendance. Cependant Abraham obéit : il immolerait Isaac, son propre fils, si un ange ne retenait son bras meurtrier.

Kierkegaard, dans Crainte et Tremblement, déduit de cette histoire qu’Abraham est le modèle de l’homme de foi car il croit en dépit de sa raison ou plutôt : il croit « en vertu de l’absurde ».

L’homme réellement religieux, c’est l’homme qui possède la foi. Mais comme l’explique Kierkegaard, la Foi est une sorte de saut dans l’irrationnel : “Credo quia absurdum” (“Je crois parce que c’est absurde”).

Les croyances

Dans toute religion, il y a des croyances relatives au sacré. Ces croyances peuvent prendre diverses formes : mythiques, doctrinales (dogmes) ou mystiques.

  • Les croyances mythiques portent sur les récits de la genèse des institutions sociales qu’elles justifient et dont elles assurent l’immuabilité.
  • Les dogmes sont des articles de foi portant sur la nature des êtres surnaturels auxquels un culte est rendu.
  • L’expérience mystique est incommunicable, éminemment individuelle. Elle ne porte sur aucune croyance particulière sinon celle d’être entré directement en contact avec le surnaturel (ex.: Thérèse d’Avila)

Qu’elles soient mythiques ou dogmatiques, les croyances religieuses ont toujours un caractère collectif. C’est-à-dire qu’elles unissent les croyants dans une communauté de foi, laquelle peut être institutionnalisée (ex. : les églises).

La religion, comme ensemble de croyances pose le problème de la relation entre foi et raison : problématique des preuves de l’existence de Dieu ou de sa non-existence ( pari chez Pascal.)

Notons cependant qu’il n’est ni plus ni moins rationnel de croire en l’existence de Dieu que de croire en sa non-existence. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’un acte de foi.

L’homme religieux éprouve un sentiment paradoxal de fusion avec une réalité transcendante et la certitude d’avoir entrevu la vérité des choses,

Enfin, si la foi est la clé de voûte de l’édifice religieux, l’esprit religieux est aux antipodes de l’esprit scientifique.

L’esprit scientifique est caractérisé par le doute, non par la certitude. Seule la foi est sûre de son fait, et c’est pourquoi le fanatisme guette toujours le religieux.

Remarquons cependant que

  • la religion n’a pas l’exclusivité de la foi;
  • il y a des fanatismes non religieux;
  • la foi peut être tolérante, en particulier quand elle est non dogmatique.

 

Marcel Gauchet

Marcel Gauchet. « Les religions comblent un vide du discours social »

Philosophe et historien français né en 1946

Selon Marcel Gauchet, historien et philosophe, la « sortie du religieux » a permis l’avènement de la démocratie. Les fondamentalismes sont une réaction des sociétés religieuses au choc de la modernité. Mais l’homme moderne ne peut faire l’impasse sur son aspiration à la spiritualité. 

Philosophe et historien français, il est directeur de recherche émérite à l’École des hautes études en sciences sociales  .Auteur du classique Le Désenchantement du monde (Gallimard, 1985), il a récemment achevé un cycle dédié à L’Avènement de la démocratie, dont le quatrième et dernier tome s’intitule Le Nouveau Monde (Gallimard, 2017).  

Y a-t-il des inquiétudes spécifiquement contemporaines qui expliquent la résurgence du religieux ?

Sûrement. J’en vois trois principales. D’abord, l’écroulement de l’avenir comme espace de projection collectif incite à se réfugier dans l’héritage, dans l’histoire qui nous a faits. Or le passé de l’humanité n’est-il pas essentiellement religieux ? Les religions sont amenées à jouer un rôle décisif dans les identités collectives. Voilà le phénomène nouveau à l’échelle planétaire.

Ensuite, on va aujourd’hui chercher dans les religions une réponse existentielle à la difficulté de vivre qui est propre aux individus contemporains. On commence par être très content d’avoir le droit d’être seul de son avis, et puis on s’en fatigue vite ! Face à la solitude morale vécue par l’individu, la nostalgie renaît d’une conviction partagée avec ses semblables.

Enfin, les religions comblent un vide du discours social qui ne parle que de réussite et de bien-être matériel. Le malheur, le deuil, la souffrance, tout le tragique de l’existence est complètement refoulé. D’où la « recherche du sens », la recherche d’un discours sur la vérité de l’existence dans son ambivalence.

Telles sont les trois aspirations au cœur du retour du religieux : la recherche d’un lien identitaire avec le passé, d’un lien de conviction avec les autres et le besoin d’un discours véridique sur la douleur de vivre et les moyens d’y faire face. Cela ne fait pas nécessairement des convertis, mais cela crée un très fort intérêt pour le religieux.

Qu’en est-il de l’incroyance aujourd’hui ? Ne s’est-elle pas métamorphosée au même titre que la croyance ?

L’athéisme, en effet, n’est plus ce qu’il était. La majorité des incroyants se réclament d’ailleurs plutôt de l’agnosticisme, car l’athéisme implique une thèse très forte sur un problème qui serait résolu. Alors que la plupart sont dans le doute. Le changement majeur, c’est qu’il est devenu clair pour le plus grand nombre que les sciences positives ne sont pas destinées à répondre aux questions auxquelles les religions ont pour but de répondre. À ces questions, il n’y a pas de réponse positive. L’ancien athéisme qui croyait pouvoir fonder ses thèses sur les certitudes de la science a vécu. Cela ne nous condamne pas à la religion, mais cela interdit de penser que nous avons le moyen de la remplacer.

 

RELIGION & SUPERSTITION

La frontière entre religion et superstition est parfois ténue entre religion et superstition…et nombreux sont les philosophes à y avoir réfléchi.

Lucrèce

Il s’exprimait déjà très clairement sur la superstition :

« La piété, ce n’est pas se montrer à tout instant la tête voilée devant une pierre, ce n’est pas s’approcher de tous les autels, ce n’est pas se prosterner sur le sol la paume ouverte en face des statues divines, ce n’est pas arroser les autels du sang des animaux ni ajouter des prières aux prières, mais c’est bien plutôt regarder toute chose avec sérénité » (De la nature des choses).Lucrèce nous demande de ne pas confondre la religion et la superstition. Beaucoup d’autres après lui critiqueront les aspects cultuels de la religion. Pour des penseurs comme Saint Augustin, Rousseau ou Kant considèrent que, conformément à l’enseignement du Christ, seules importent vraiment aux yeux de Dieu la sincérité de la foi, la pureté des intentions et la profondeur de l’ amour à l’égard du Créateur et de notre prochain.

Kierkegaard (1819-1855)

Kierkegaard (1819-1855), existentialiste et pourtant croyant, il ironise sur la croyance en l’immortalité de l’âme et en l’intercession des pouvoirs temporels :

« L’Église est une entreprise de transport vers l’éternité qui n’évite le discrédit que parce que l’on est sans nouvelle des voyageurs »

Spinoza et la superstition

Spinoza a tout particulièrement mis les hommes en garde contre toutes les formes de superstition et d’intolérance. Il voit dans la superstition l’antithèse de la foi. Il la définit comme une attitude puérile et irrationnelle « fondée sur la peurde maux imprévisibles et sur l’espérance de biens hypothétiques ».

“Si les hommes pouvaient régler toutes leurs affaires suivant un dessein arrêté, ou encore si la fortune leur était toujours favorable, ils ne seraient jamais prisonniers de la superstition.

Mais souvent réduits à une extrémité telle qu’ils ne savent que résoudre, et condamnés, par leur désir sans mesure de biens incertains, à flotter presque sans répit, entre l’espérance et la crainte, ils ont l’âme encline à la plus extrême crédulité.(…)

En effet, si, pendant qu’ils sont dans un état de crainte, il se produit un incident qui leur rappelle un bien ou un mal passés, ils pensent que c’est l’annonce d’une issue heureuse ou malheureuse et pour cette raison, bien que cent fois trompés, l’appellent un présage favorable ou funeste.(…)

De la sorte, ils forgent d’innombrables fictions et, quand ils interprètent la Nature y découvrent partout le miracle, comme si elle délirait avec eux.”

« Si, par exemple, une pierre est tombée d’un toit sur la tête de quelqu’un et l’a tué, ils démontreront que la pierre est tombée pour tuer l’homme, de la façon suivante : Si, en effet, elle n’est pas tombée à cette fin par la volonté de Dieu, comment tant de circonstances (souvent, en effet, il faut un grand concours de circonstances simultanées) ont-elles pu concourir par hasard ? Vous répondrez peut-être que c’est arrivé parce que le vent soufflait et que l’homme passait par là. Mais ils insisteront : Pourquoi le vent soufflait-il à ce moment-là ? Pourquoi l’homme passait-il par là à ce même moment ? Si vous répondez de nouveau que le vent s’est levé parce que la veille, par un temps encore calme, la mer avait commencé à s’agiter, et que l’homme avait été invité par un ami, ils insisteront de nouveau car ils ne sont jamais à court de questions : Pourquoi donc la mer était-elle agitée ? Pourquoi l’homme a-t-il été invité à ce moment-là ? et ils ne cesseront ainsi de vous interroger sur les causes des causes, jusqu’à ce que vous vous soyez réfugié dans la volonté de Dieu, cet asile de l’ignorance »

Spinoza, Traité Théologico-politique (17°)

 

Si, comme le dit Nietzsche, la tâche principale de la philosophie est de « nuire à la bêtise », Spinoza en est bien un illustre prédécesseur…

Le hasard n’est donc chez Spinoza l’effet d’aucune magie, d’aucun sortilège divin ; il n’est que la conjonction hasardeuse entre deux événements distincts qui finissent par un stupéfiant concours de circonstances par se rencontrer. Que la probabilité en soit mince ou exceptionnelle, peu importe : le hasard se produit s’il doit se produire ; il n’obéit à aucun ordre, à aucune volonté divine. L’homme jouit d’un orgueil à ce point disproportionné, qu’il se croit toujours au centre des événements ; ceux-ci se produisent donc pour ainsi dire uniquement pour lui…

Nous sommes tous sujets à la superstition et nous confondons volontairement religion et superstitions et oscillons en permanence entre la crainte et l’espoir. Et nous cherchons dans la nature, les présages d’un futur qui nous serait agréable. Pour Spinoza, quand nous confondons le culte que nous devons rendre à dieu et la divination, nous allons considérer que Dieu s’exprime par présage, qu’il est irrationnel et que toute la nature s’exprime ainsi et nous allons alors forger des « fictions » innombrables et interpréter la nature comme si elle délirait avec nous.

Nous appliquons donc les régles de la religion comme s’il s’agissait de superstition.

Ainsi le culte que nous vouons à Dieu et l’église à une Bande d’individus qui n’ont comme objectif que d’augmenter leur pouvoir. Spinoza fait donc la différence entre le culte que nous devrions rendre à Dieu et des hommes qui se prétendent les détenteurs de la parole divine. et c’est parce que la religion se mêlent ainsi à la politique qu’il y a eu tant de guerre civile. C’est donc une pensée très moderne que celle de Spinoza et qui nous pousse à réfléchir sur le monde contemporain

G.Garcin, Maitre de soi-même

Les hommes se croient libres de désirer parce qu’ils ignorent tout des causes qui les déterminent à désirer ! Les hommes ot imaginé qu’un Dieu            a priori bienveillant, avait nécessairement pris leur parti. L’homme s’arrogeant ainsi l’orgueil sans limites de son Créateur… Au point même, que, face aux grandes misères que peut connaître l’humanité, du fait des éléments naturels parfois déchaînés, tremblements de terre, tempêtes, bouleversements climatiques, pourrait-on dire aujourd’hui, épidémies, etc., l’homme s’est imaginé un Dieu susceptible de lui envoyer sa foudre divine comme pour le punir de quelques mauvaises actions propres à ses actes ou à sa condition. Et même si le fait que ces ravages ne frappent autant l’impie que l’homme le plus vertueux, les hommes n’ont pas daigné s’apercevoir que le mal frappait en ce  monde  malgré  le  bon  ou  le  mauvais,  et  que,  par conséquent, la volonté divine en était par-là même disqualifiée dans ses prétendues intentions punitives…

“Car, ayant considéré les choses comme des moyens, ils ne pouvaient pas croire qu’elles se fussent faites elles-mêmes ; mais, pensant aux moyens qu’ils ont l’habitude d’agencer pour eux-mêmes, ils ont dû conclure qu’il y a un ou plusieurs maîtres de la Nature, doués de la liberté humaine qui ont pris soin de tout pour eux et qui ont tout fait pour leur convenance. Or, comme ils n’ont jamais eu aucun renseignement sur le naturel de ces êtres, ils ont dû en juger d’après le leur, et ils ont ainsi admis que les Dieux disposent tout à l’usage des hommes, pour se les attacher et être grandement honorés par eux. D’où il résulta que chacun d’eux, suivant son naturel propre, inventa des moyens divers de rendre un culte à Dieu, afin que Dieu l’aimât plus que tous les autres et mît la Nature entière au service de son aveugle désir et de son insatiable avidité. Ainsi, ce préjugé est devenu superstition et a plongé de profondes racines dans les esprits ; ce qui fut une raison pour chacun de chercher de toutes ses forces à comprendre les causes finales de toutes choses et à les expliquer. Mais en voulant montrer que la Nature ne fait rien en vain (c’est-à-dire qui ne soit à l’usage des hommes), ils semblent avoir uniquement montré que la Nature et les Dieux délirent aussi bien que les hommes.”

Spinoza, L’Ethique, Livre I, Appendice

DIEU DES PHILOSOPHES

« Le dieu des philosophes » est un dieu qui n’est pas objet de  foi.

La philosophie a besoin de Dieu pour savoir. 

Si l’on  veut connaître en chaque chose ce qu’elle a de nécessaire, ce qui l’ a déterminé à être ce qu’elle est, c’est-à-dire sa cause, on a besoin de dieu !.

Le dieu des philosophes est donc celui qui donne une solution au problème de l’origine.

Dieu sera   ce qui rend pensable le reste de la série des causes.

Pour Aristote « il faut bien qu’il y est quelque cause initiale et première du mouvement, et l’on ne peut aller à l’infini ». Dieu sera donc cette première cause qui donne solution au problème de la série des causes. 

Dieu est la cause de ce qui suit, sans être lui-même causé car s’il y avait une cause à dieu il faudrait rechercher les causes à l’infini. D’où la définition que Descartes ou Spinoza donne de Dieu comme cause première de lui-même  ou « cause de soi ou cause de lui-même ». (un peu la même chose que le big-bang que pour l’instant on ne sait expliquer que par lui-même)

Mais que reste-t-il de divin en Dieu si Dieu n’est plus qu’une première cause incorporée au monde ?

C’est la théologie rationnelle pour qui les arguments échangés ne procèdent pas de la foi mais de la raison.

Peut-on prouver l’existence de dieu?

Extrait de Ridicule, de Patrice Leconte (1996)

S’interroger sur l’existence de Dieu relève de la métaphysique qui a pour objet ce qui dépasse l’expérience du monde sensible, ce qui est « au-delà (meta) du physique ». Dieu, l’âme, l’infini, en font partie.

Les métaphysiciens ont essayé de prouver l’existence de Dieu, en utilisant plusieurs types d’arguments. Kant   dans la Critique de la Raison pure identifie trois sortes d’arguments employés par la métaphysique pour prouver l’existence de Dieu :

l’argument physico-théologique : la beauté du monde, l’ordre qu’on trouve en celui-ci, prouvent l’existence de Dieu. La matière seule, assistée du simple hasard, ne peut parvenir à créer l’univers dans la Beauté et les lois harmonieuses et constantes que nous lui connaissons.

l’argument cosmologique : tout a une cause. Mais si tel effet a une cause qui elle-même a une cause, qui elle-même a une cause, etc., alors pour éviter une régression à l’infini, il faut bien parvenir à une cause première : Dieu.

l’argument ontologique : repris par Descartes, il peut se résumer ainsi : Dieu désigne le concept d’un être parfait. Or ce qui existe est plus parfait que ce qui n’existe pas. Donc Dieu existe. Son existence se déduit de sa perfection même.

Pour les rationalistes, c’est donc par la raison que nous pouvons croire à l’existence de Dieu mais Kant considère que la métaphysique n’est pas une authentique connaissance ;  elle relève de la croyance.  

L’argument rationaliste de Descartes

Le sentiment d’infini dans un être fini est une preuve de l’existence de Dieu :

Comment un être fini pourrait-il avoir le sentiment de l’infini ?

Descartes se base sur un principe physique : la cause suffisante: Un effet doit avoir au moins une cause aussi puissante que lui.

C’est de cet argument sur les rapports entre la cause et l’effet que Descartes déduit l’existence de Dieu. Si l’idée de Dieu est en moi, Dieu existe ; car seule une cause parfaite, Dieu lui-même, peut être à l’origine de cet effet parfait : l’idée de Dieu.

Je ne peux avoir forgé moi-même cette idée (auquel cas, Dieu n’existerait pas), car cela voudrait dire qu’une cause imparfaite est à l’origine d’un effet parfait.

Cette idée d’infini (de perfection) que je porte en moi, je n’en suis pas à l’origine. C’est Dieu qui a fait naître en moi des idées dont je ne suis pas la cause.

Les hommes se considèrent imparfaits par rapport à une idée de perfection qui ne vient pas d’eux. L’idée de perfection n’a pas une origine humaine mais divine.

« Il faut nécessairement conclure que Dieu existe ; car je n’aurais pas l’idée d’une substance infinie, moi qui suis un être fini, si elle n’avait été mise en moi par quelque substance qui fût véritablement infinie. » 

 

 L’argument du cœur de Pascal

Pascal tente de montrer, en un seul et même argument que la raison et foi sont compatibles. Mais contrairement à Descartes il appuie son argumentation sur le cœur, l’intuition. Si on peut utiliser la raison ici, c’est non pour prouver l’existence de Dieu, mais pour comprendre l’intérêt qu’ à l’athée à parier sur l’existence de Dieu.

Il ne s’agit pas de démontrer que Dieu existe, mais que l’on tout à gagner à parier que Dieu existe. Parce que si Dieu existe, le gain est infini (Vie éternelle). S’il n’existe pas, il n’y a rien à perdre.

Il serait absurde de ne pas faire un pari pour lequel on a tout à gagner et rien à perdre.

Blaise Pascal (1623-1662)

Texte  de Pascal

Dieu est, ou il n’est pas. Mais de quel côté pencherons-nous ? La raison n’y peut rien déterminer : il y a un chaos infini qui nous sépare. Il se joue un jeu, à l’extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous

? Par raison, vous ne pouvez faire ni l’un ni l’autre ; par raison, vous ne pouvez défendre nul des deux. Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix ; car vous n’en savez rien.

—        « Non; mais je les blâmerai d’avoir fait, non ce choix, mais un choix ; car, encore que celui qui prend croix et l’autre soient en pareille faute, ils sont tous deux en faute : le juste est de ne point parier ».

—        Oui ; mais il faut parier ; cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrez-vous donc ? Voyons. Puisqu’il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien et deux choses à engager

: votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude, et votre nature a deux choses à fuir : l’erreur et la misère. Votre raison n’est pas plus blessée, en choisissant l’un que l’autre, puisqu’il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez r i e n .  G a g n e z  d o n c  q u ’ i l  e s t ,  s a n s  h é s i t e r . [   …        ] Et ainsi, notre proposition est dans une force infinie, quand il y a le fini à hasarder à un jeu où il y a pareils hasards de gain que de perte, et un infini à gagner. Cela est démonstratif ; et si les hommes sont capables de quelque vérité, celle là l’est.

 

L’existence de Dieu n’est pas démontrable rationnellement. Elle ne peut être que l’objet d’une intuition. La raison construit des raisonnements mais ne peut pas tout démontrer. Contre Descartes, Pascal affirme que considérer que la raison peut trouver l’existence de Dieu c’est ne pas avoir conscience de la limite de la raison humaine.

Ce n ’est que par le cœur, c’est-à-dire par l’intuition. C’est ce que Pascal appelle la révélation :

C’est-à-dire que je ne peux pas démontrer l’existence de Dieu mais j’ai l’intuition de cette existence.

Mais affirmer que ce que je crois ne peut pas être démontré, c’est s’ acheminer vers le dogmatisme(Le dogmatisme c’est quand je refuse de soumettre mes idées à la discussion, au doute tellement j’y crois fermement)

Ce qui voudrait dire qu’il y aurait des vérités qui  échapperaient à toute forme de démonstration.

Pour Pascal l’existence de Dieu est une vérité qui échappe à la démonstration. C’est la démarche d’un croyant mais le danger c’est le dogmatisme.

PHILOSOPHES DU SOUPÇON

Le dieu des philosophes n’est pas seulement le premier terme logique destiné à clore la série des causes mais aussi un créateur dont la nécessité donne sens à la contingence1 du monde.

Si Dieu a créé ce monde, les imperfections de ses créatures ne peuvent-elles lui être reprochées ? Et Dieu n’est-il pas alors responsable de l’existence du mal ? C’est la question que pose le Candide de Voltaire.

Ce n’est plus ici un dieu auquel on pourrait croire. On n’est plus dans l’ordre de la foi ou d’une croyance possible. C’est un dieu qui n’a plus rien de religieux.

Pour les philosophes du soupçon:

  • La croyance est une illusion rassurante mais aliénante :
  • Ce sont les hommes qui ont créé dieu
  • Pour certains, le progrès entrainera disparition de la religion

Freud, L’ Avenir d’une illusion 1927, « La névrose de l’humanité »

Médecin autrichien, fondateur de la psychanalyse ( 1856-  1939).

 Les idées religieuses, qui professent d’être des dogmes, ne sont pas le résidu de l’expérience ou le résultat final de la réflexion : elles sont des illusions, la réalisation des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l’humanité ; le secret de leur force est la force de ces désirs. Ainsi l’impression terrifiante de la détresse infantile avait éveillé le besoin d’être protégé – protégé en étant aimé – besoin auquel le père a satisfait ; la reconnaissance du fait que cette détresse dure toute la vie a fait que l’homme s’est cramponné à un père, à un père cette fois plus puissant. L’angoisse humaine en face des dangers de la vie s’apaise à la pensée du règne bienveillant de la Providence divine, l’institution d’un ordre moral de l’univers assure la réalisation des exigences de la justice, si souvent demeurées irréalisées dans les civilisations humaines, et la prolongation de l’existence terrestre par une vie future fournit les cadres de temps et de lieu où ces désirs se réaliseront. Des réponses aux questions que se pose la curiosité humaine touchant ces énigmes : la genèse de l’univers, le rapport entre le corporel et le spirituel, s’élaborent suivant les prémisses du système religieux. Et c’est un f o r m i d a b l e  a l l é g e m e n t  p o u r  l ’ â m e individuelle que de voir les conflits de l’enfance émanés du complexe paternel – conflits jamais entièrement résolus -, lui être pour ainsi dire enlevés et recevoir une solution acceptée de tous ».

Première idée : la religion n‘a rien à voir avec une quelconque forme de savoir, de connaissances.

En effet on considère habituellement que la connaissance humaine n’a que deux sources de provenance possible ou bien la connaissance est le produit de l’expérience ou bien elle est le résultat de la réflexion c’est-à-dire du raisonnement intellectuel fondée sur la logique.

C’est la distinction classique entre partisans de l’expérience (on apprend par nos sens , empirisme) et partisans du rationalisme qui considère  que c’est seulement par la déduction logique et rationnelle qu’on peut accéder à la vérité.

Or pour Freud, la religion ne repond ni à l’une, ni  à l’autre : elle n’est pas le résidu de l’expérience (pas de rapport immédiat avec l’objet divin par l’intermédiaire de nos sens) mais elle n’est pas non plus le résultat final de la réflexion.

La religion ne peut faire l’objet d’une démonstration de sorte que pour Freud la religion ne relève en aucun cas du champ du savoir et de la connaissance mais de la seule sphère de la croyance. Or croyances et connaissances sont deux notions généralement considérées comme adverses.

On se situe soit du côté de la croyance soit du côté de la connaissance soit dans le camp de la foi soit dans le camp du savoir

Pour Freud, Dieu est une illusion : il est une invention de l’esprit humain, une création imaginaire et symbolique des hommes. Freud se place en tant que clinicien.

Pour lui, la religion doit d’abord s’analyser comme symptôme et comme résultat d’une activité psychique. La préoccupation de Freud n’est pas ici de disqualifier la pensée religieuse mais d’en découvrir les racines humaines et psychiques

Alors que faut-il entendre exactement dans ce terme d’ illusion pour qualifier la pensée religieuse ?

Est-ce que cela veut dire que le fait de croire en Dieu serait le symptôme d’une pathologie mentale ?

Lorsque Freud parle de Dieu et de la religion comme d’une ’illusion, il parle d’une illusion Structurante, constitutive. Dieu serait l’enfant des hommes ,l’enfant de leur esprit. c’est le psychisme humain qui enfante une idée de Dieu.

Les hommes ont créé Dieu et non l’inverse, ils ont créé un être suprême tout-puissant et créateurs de L’univers, garant du salut des hommes en raison de leur incapacité à assumer seul les vicissitudes de la vie et l’angoisse de la mort.

C’est Dieu qui nous rassure de sa présence dans les épreuves et les drames de la vie terrestre, c’est Dieu qui nous console de la mort, la nôtre et celle de nos proches par la promesse du salut éternel d’une vie après la mort , une existence par- delà la mort physique

C’est aussi Dieu qui fournit la réponse au mystère de la création de l’univers, de l’apparition des hommes sur Terre et qui nous assure une justice céleste q u a n d l a v i e terrestre n’est rien d’autre qu’iniquité et corruption.

En somme Dieu, c’est le père idéal des peuples , i d é a l a u s e n s philosophique du terme (l’esprit par opposition à la matière), père dans la mesure où sa fonction et sa responsabilité sont analogues à celle de l’amour et la protection, l’affection et la puissance paternelles.

La religion réalise les désirs les plus anciens, les plus forts de l’humanité : désir d’être protégé, d’êtr e rassuré , dési r d’être  accompagné dans ce tunnel noir de la terreur qui conduit à la mort par un autre qu’on hésite pas précisément à symbolisée par la lumière

L’enfant avait besoin du père puisque l’enfant est celui qui se trouve dans l’incapacité constitutif de se maintenir dans l’existence par ses propres moyens aussi bien sur le plan physique et matériel que sur le plan psychologique et affectif. l’adulte c’est celui qui a atteint l’âge de l’autonomie physique et matériel, de l’indépendance psychologique et affective mais toujours amputé de la main et de l’épaule métaphysique qu’il recherche plus que tout pour l’accompagner, le consoler dans l’épreuve de la mort physique et pour lui faire caresser l’espoir d’une existence poste terrestre.

Karl Marx, Introduction à la Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel (1843),

« La religion est le soupir de la créature accablée, le cœur d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit d’une époque sans esprit. Elle est l’opium du peuple. » Marx

La misère religieuse est, d’une part, l’expression de la misère réelle, et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses sans esprit. Elle est l’opium du peuple.

Le bonheur réel du peuple exige que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple. Exiger qu’il renonce aux illusions concernant son état, c’est exiger qu’il soit renoncé à un état qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée de larmes, dont la religion est l’auréole.

La critique a effeuillé les fleurs imaginaires qui couvraient la chaîne, non pas pour que l’homme porte la chaîne sans fantaisie ni consolation, mais pour qu’il brise la chaîne et cueille la fleur vivante.

La critique de la religion désillusionne l’homme pour qu’il pense, agisse, façonne sa réalité comme un homme désillusionné, parvenu à la raison, pour qu’il gravite autour de lui-même et par suite autour de son véritable soleil. La religion n’est que le soleil illusoire qui tourne autour de l’homme, tant qu’il ne tourne pas autour de lui-même.

L’histoire a donc pour tâche, une fois que l’au-delà de la vérité s’est évanoui, d’établir la vérité de l’ici-bas. C’est en premier lieu la tâche de la philosophie, qui est au service de l’histoire, une fois démasquée la forme sacrée de l’aliénation de l’homme par lui-même, de démasquer cette aliénation sous ses formes profanes.

La critique du ciel se transforme ainsi en critique de la terre, la critique de la religion en critique du droit, la critique de la théologie en critique de la politique. » Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c’est exiger son bonheur réel. Exiger qu’il abandonne toute illusion sur son état, c’est exiger qu’il renonce à un état qui a besoin d’illusions. La critique de la religion contient en germe la critique de la vallée de larmes dont la religion est l’auréole. […]

 

Pour Marx la religion est « l’opium du peuple le cœur d’un monde sans cœur » la religion est un dérivé des rapports de force économique qui permet à la bourgeoisie de faire accepter le monde tel qu’il est à la classe exploitee, le prolétariat. Opium =drogue = palliatif Qui va permettre de faire disparaître artificiellement la douleur. Pour Marx , un texte comme par exemple les béatitudes qui dit : » ! heureux les simples d’esprit », » heureux les pauvres », » heureux ceux qui souffrent d’injustice car leur récompense dans le ciel sera immense ». Plus vous souffrez sur terre et plus vous serez heureux dans le ciel. Plus vous serez humilié sur terre, plus vous serez heureux dans le ciel….

Marx Dénonce ici ce qu’il considère être une gigantesque supercherie qui vise à faire accepter à l’écrasante majorité de la population un ordre social injuste qui les exploite.Pour Marx La religion est le meilleur allié des capitalistes, le meilleur allié du bourgeois, le meilleur allié des exploiteurs.

 

Nietzsche

Nietzsche définit l’homme comme « fabricateur de dieux ». Il   critique  l’idolâtrie (pas seulement religieuse mais toutes les idoles “aux pieds d’argile”: N’attendez pas de moi que j’érige de nouvelles idoles ; que les anciennes apprennent plutôt ce qu’il en coûte d’avoir des pieds d’argile. Renverser les idoles, et c’est ainsi que j’appelle tous les idéaux, voilà plutôt mon vrai métier. »

« La notion de « Dieu » a été inventée comme antithèse de la vie – en elle se résume, en une unité épouvantable, tout ce qui est nuisible, vénéneux, calomniateur, toute haine de la

vie.

La notion d’« au-delà», de « monde-vrai » n’a été inventée que pour déprécier le seul monde qu’il y ait – pour ne plus conserver à notre réalité terrestre aucun but, aucune raison, aucune tâche !

La notion d’« âme », d’« esprit » et, en fin de compte, même d’« âme immortelle », a été inventée pour mépriser le corps, pour le rendre malade -« sacré » – pour apporter à toutes les choses qui méritent le sérieux dans la vie – les questions d’alimentation, de logement, de régime intellectuel, les soins à donner aux malades, la propreté, le temps qu’il fait – la plus épouvantable insouciance ! Au lieu de la santé, le « salut de l’âme » – je veux dire une folie circulaire qui va des convulsions de la pénitence à l’hystérie de la rédemption !

La notion de « péché », a été inventée en même temps que l’instrument de torture qui la complète, la notion de « libre arbitre », pour brouiller les instincts, pour faire de la méfiance à l’égard des instincts une seconde nature. »

 

Nietzche et la mort de Dieu...

Le plus grand récent événement – à savoir que « dieu est mort », que la croyance au Dieu chrétien est tombée en discrédit – commence dès maintenant à étendre son ombre sur l’Europe. Aux quelques rares, tout au moins, doués d’une suspicion assez pénétrante, d’un regard assez subtil pour ce spectacle, il semble en effet que quelque soleil vienne de décliner, que quelque vieille, profonde confiance se soit retournée en doute : à ceux-là notre vieux monde doit paraître de jour en jour plus crépusculaire, plus méfiant, plus étranger, « plus vieux ». Mais sous le rapport essentiel on peut dire : l’événement en soi est beaucoup trop considérable, trop lointain, trop au-delà de la faculté conceptuelle du grand nombre pour que l’on puisse prétendre que la nouvelle en soit déjà parvenue, bien moins encore, que d’aucuns se rendent compte de ce qui s’est réellement passé, comme de tout ce qui doit désormais s’effondrer, une fois ruinée cette croyance, pour avoir été fondée sur elle, et pour ainsi dire enchevêtrée en elle : par exemple notre morale européenne dans sa totalité.
Cette longue et féconde succession de ruptures, de destructions, de déclins, de bouleversements, qu’il faut prévoir désormais : qui donc aujourd’hui la devinerait avec assez de certitude pour figurer comme le maître, l’annonciateur de cette formidable logique de terreurs, le prophète d’un obscurcissement, d’une éclipse de soleil comme jamais il ne s’en produisit en ce monde (…)  ? D’où vient que même nous autres, nous envisagions la montée de cet obscurcissement sans en être vraiment affectés, et surtout sans souci ni crainte pour nous-mêmes  ? Subirions-nous trop fortement peut-être l’effet des conséquences immédiates de l’événement – conséquences immédiates qui pour nous autres ne sont, contrairement à ce que l’on pourrait peut-être en attendre, nullement affligeantes ni assombrissantes, mais bien plutôt comme une lumière, une félicité, un soulagement, un égaiement, un réconfort, une aurore d’une nouvelle sorte qui ne se décrit que difficilement…
En effet, nous autres philosophes, nous autres « esprits libres », à la nouvelle que le « vieux dieu est mort », nous nous sentons comme touchés par les rayons d’une nouvelle aurore : notre coeur, à cette nouvelle, déborde de reconnaissance, d’étonnement, de pressentiment, d’attente – voici l’horizon à nouveau dégagé, encore qu’il ne soit point clair, voici nos vaisseaux libres de reprendre leur course, de reprendre leur course à tout risque.

Nietzsche, Le gai Savoir, V, Nous qui sommes sans crainte, § 343,  
 

Pour lui, ce sont les faibles qui ont inventé Dieu ; grâce à la religion, ils écartent les forts par des dogmes, des lois, de la culpabilité.

La religion est l’ennemie de la vie, déprécie la réalité puisque ce qui compte, c’est après.

Suivra le célèbre « Dieu est mort » annonce d’une Nouvelle ère

L’enjeu de la philosophie de Nietzsche est de  penser l’homme à partir de lui-même, et non plus à partir de Dieu.

Cette citation est tirée de l’oeuvre Ainsi parlait Zarathoustra , qui se présente comme un Antéchrist, c’est-à-dire une Bible à l’envers. Le livre raconte l’épopée de Zarathoustra, lequel a la mission d’annoncer aux hommes la venue du Surhomme et de les libérer des préceptes divins, faux et illusoires.

Dieu, selon Nietzsche, est incompatible avec la dignité de l’homme, avec l’affirmation de la vie. Dieu, et son fils le Christ, sont synonymes de souffrance et de mort (le pôle Dionysiaque). Or, l’homme est affirmation de la vie (le pôle apollinien). L’homme ne peut donc se poser qu’en s’opposant à Dieu. La mort de Dieu est la condition de la libération de l’homme:

La mort de Dieu ne constitue pas une fin, c’est le début de la transformation humaine. L’homme est un pont, une corde entre le sous-homme et le surhomme.

Cette construction s’effectue en trois étapes, trois phases durant laquelle l’homme se dépouille peu à peu de ses anciennes croyances subies et erronées pour en inventer de nouvelles :

–          le chameau : phase d’accumulation de connaissances, sans réflexion

–          le lion : phase de destruction de l’ensemble de la connaissance, de ce que l’on tenait pour vrai

–          l’enfant : renaissance ex nihilo, à partir de rien. Phase de création pure de nouvelle connaissance et d’une nouvelle morale.

L’homme, sans Dieu, ne reçoit plus aucune instruction. Il pose pour réel ce qu’il croit être réel. Il ne reçoit plus de morale toute faite, à appliquer, il l’a construit entièrement : est bon ce que je désire.

L’homme nietzschéen, seul et sans repère, devient alors surhomme.

 

Le cas Spinoza

Baruch Spinoza, 1632 à Amsterdam-mort en 1677 à La Haye

Né dans une famille de négociants juifs d’origine portugaise, installée aux Pays-Bas à la fin du 16e siècle ou au débutdu 17e.

Spinoza a appris le latin – langue dans laquelle étaient écrites toutes les œuvres importantes de l’époque – et a fait la découverte de la philosophie de Descartes mais progressivement, ses propres idées ont pris forme, et l’ont amené à prendre ses distances avec la religion : en 1656, il a fait l’objet d’un herem, d’une excommunication de la part de la communauté juive d’Amsterdam ; cette condamnation l’a amené à quitter Amsterdam. Parallèlement à ses activités de philosophe, il est devenu polisseur de lentilles, ce qui a dû contribuer, à cause de la poussière occasionnée, à le rendre de santé fragile.

Dans son Traité théologico-politique, Spinoza réclame la liberté de penser et attend de l’Etat le contrôle ferme des institutions religieuses pour les empêcher d’opprimer les citoyens.

Spinoza vit au moment de la grande révolution scientifique de Kepler et Galilée, où l’on découvre que les lois mathématiques qui expliquent le monde physique. C’est aussi le siècle ou les libertins luttent contre la toute puissante de la religion.

Pour Spinoza, Dieu, c’est la Nature. Donc l’inexistence de Dieu reviendrait à nier l’existence de la Nature. Et la Nature est cause première d’elle-même et elle est toute entière cause de ce que nous sommes.

A partir de cette substance infinie, toute chose existante est causée par cette première cause incausée qu’est la Nature. Tout en découle sur le mode des causes et des effets.

« Dieu est cause de l’être des choses. »

« Dans la nature, il n’y a donc rien de contingent ; mais toutes choses sont déterminées par la nécessité de la nature divine à exister et à produire un effet d’une certaine façon. »

Le libre-arbitre cartésien, ainsi que sa contingence, n’a plus sa place dans la logique spinoziste

 

La Nature Naturante et la Nature Naturée.

La Nature Naturante représente Dieu en tant qu’il est une « cause libre ».

La Nature Naturée représente tout ce qui découle de la Nature Naturante,

Pour faciliter les choses, nous pouvons dire que la Nature Naturante permet l’existence et produit la Nature Naturée, c’est-à-dire tout ce qui existe en ce monde.

La substance divine échappe au temps ; elle n’a jamais connu ni d’antécédent, ni ne connaîtra de précédent ; par conséquent, tout changement de la substance paraît rigoureusement impossible

Dieu n’est pas en lui-même soumis au destin, pour la raison qu’il a été défini comme étant une « cause libre ».

 

Spinoza va donc ici établir superbement l’inexistence pure et simple de toute finalité de la Nature : « (…) la Nature n’a aucune fin qui lui soit d’avance fixée, et [que] toutes les causes finales ne sont que des fictions humaines (…) »

Présumer l’hypothèse d’une finalité de la Nature, serait également considérer que Dieu serait détenteur d’un dessein, donc d’un désir… Nous en revenons ici à un amalgame propre aux religions que de faire imaginer à l’homme l’existence d’un Dieu à son image et doté de ses propres passions. Vision pour le moins grossière et vulgaire de Dieu, nous dit-il. En tous les cas, le Dieu de Spinoza n’existe qu’à l’état de substance, d’essence, de puissance, et non sous une forme bêtement anthropomorphe…

Dieu n’est pas un être humain ; il ne peut donc désirer.

“Car, ayant considéré les choses comme des moyens, ils ne pouvaient pas croire qu’elles se fussent faites elles-mêmes ; mais, pensant aux moyens qu’ils ont l’habitude d’agencer pour eux-mêmes, ils ont dû conclure qu’il y a un ou plusieurs maîtres de la Nature, doués de la liberté humaine qui ont pris soin de tout pour eux et qui ont tout fait pour leur convenance. Or, comme ils n’ont jamais eu aucun renseignement sur le naturel de ces êtres, ils ont dû en juger d’après le leur, et ils ont ainsi admis que les Dieux disposent tout à l’usage des hommes, pour se les attacher et être grandement honorés par eux. D’où il résulta que chacun d’eux, suivant son naturel propre, inventa des moyens divers de rendre un culte à Dieu, afin que Dieu l’aimât plus que tous les autres et mît la Nature entière au service de son aveugle désir et de son insatiable avidité. Ainsi, ce préjugé est devenu superstition et a plongé de profondes racines dans les esprits ; ce qui fut une raison pour chacun de chercher de toutes ses forces à comprendre les causes finales de toutes choses et à les expliquer. Mais en voulant montrer que la Nature ne fait rien en vain (c’est-à-dire qui ne soit à l’usage des hommes), ils semblent avoir uniquement montré que la Nature et les Dieux délirent aussi bien que les hommes.”

Spinoza, L’Ethique, Livre I, Appendice

DIEU & LE MAL

AILLEURS...

Inde

LE TEMPS :

Le temps dépasse la capacité des représentations humaines.

Le temps se compte en Kalpa : c’est le temps « nécessaire pour aplanir l’Himalaya en l’effleurant avec une écharpe de soie ».

Cette vision du temps s’oppose à la vision de Platon qui estime l’âge de la terre à 3 ou 4 mille ans ! (Et la Bible 5 à 6000 ans). Pendant longtemps, jusqu’au 19° siècle, en occident le temps est un temps « court ».

Un temps cyclique :

Le temps indien est cyclique, perpétuellement recommencé. C’est une succession de mondes qui ne supposent aucun progrès, aucune finalité. Des mondes innombrables se succèdent.

Il faut concevoir le temps comme un cercle qui tourne sur lui-même et ne va nulle part.

L’objectif de l’homme sera de sortir de ce cercle car le temps est une prison imaginaire.

Pour l’Inde, c’est hors du temps que se trouve l’Absolu, le Soi, la Vraie vie… donc l’essentiel !

Comment sortir du temps ?

Le temps n’est pas infini. L’infini est hors du temps, dans l’Absolu.

Pour les Indiens, nous n’avons pas qu’une seule existence. Nous traversons des centaines et des milliers de vies successives sous des formes diverses. C’est la réincarnation. Et elle doit pouvoir s’arrêter. Il faut donc cesser de renaitre.

C’est là que se trouve l’authentique délivrance.

Mais il y a une différence colossale avec la vie éternelle du monde judéo-chrétien…Mettre fin aux réincarnations, sortir du temps, c’est sortir de l’individualité.

Là où le chretien doit trouver dans une existence unique, la voie de son salut, l’Hindou fait un trajet démesuré dans des milliers de vies et au terme de ce parcours, il n’y a pas de vie éternelle. L’aboutissement, ce sera se fondre dans l’unité cosmique ! Retrouver la conscience unique de l’Absolu et non une éternité au Paradis à contempler de là-haut, l’œuvre de Dieu.

Cela dit, comme en occident, il y aussi des matérialistes en Inde (lokataria) pour lesquels ni la vie ni les pensées ne se prolongent au-delà de la mort. Et l’âme ne correspond qu’au nom d’une activité du corps. Les matérialistes indiens ne croient pas en la réincarnation.

 

Dans l’Hindouisme, les buts de l’homme sont les suivants :

Kâma : le plaisir (jeux, sensualité…cf. Kama-Sutra)

Artha : puissance, prospérité (argent et pouvoir) ; faire fortune est légitime.

Dharma : c’est « la conduite appropriée à l’ordre moral et cosmique ». Il faut donc être respectueux des lois écrites ou non qui gouvernent le monde humain et la nature et qu’il faut respecter sous peine que tout se dérègle. Pour les indiens, celui qui trompe, vole ou tue perturbe l’ordre divin.

Moksha : C’est la délivrance, le but ultime.Ce dernier but instaure une rupture.

La délivrance est physique, émotionnelle et sociale. Le renonçant quitte sa famille, sa maison, son métier et va vivre dans les bois…

 

En quoi consiste la délivrance ?

Se délivrer de l’illusion

C’est une illusion bien plus grande que celle dont parle Platon (se méfier de nos sens)  ou Descartes (faire appel à la raison)

L’illusion ici est cosmique. Elle est permanente et non ponctuelle.

Selon eux, toute la réalité sensible, visible est un leurre !

Nous croyons vivre, souffrir, aimer…nous ne faisons en réalité que rêver perpétuellement et même nos raisonnements appartiennent à ce rêve.

La vie est une toile peinte, un songe…

Ces mondes successifs émanent du rêve des dieux qui se distraient en créant des univers. Et l’humanité perpétue les rêves des dieux en les croyant réels.

Pour sortir de cette illusion, il faut rejoindre l’Absolu, l’unique réalité.

Toute la différence, c’est que les Indiens ont une conception différente de la conscience.

Pour les indiens il y a une conscience sans pensées. La conscience est pour eux une présence à soi qui n’a besoin ni de représentation, ni d’image ni d’activité. La conscience est un « sommeil profond, sans trêve » ce qui donc s’oppose totalement à la vision occidentale.

Il y a donc opposition/pensée :

Sortir du temps, c’est donc sortir de la pensée pour rejoindre la conscience. Celle-ci abolit frontières et catégories. La méditation vise à se débarrasser de cette pensée ! 

Il y a néanmoins un paradoxe :  se libérer de la pensée par la pensée.

En Inde, l’intention constitue déjà un acte.

Les intentions « portent des fruits » même beaucoup plus tard : Mes volontés présentes viennent de mes vies antérieures et des faiutes et mérites que j’y ai accumulé.

Les décisions que je crois prendre seule et librement vont au-delà de ce que je projette et contrôle Il y a donc une continuité entre mes vies et je dois y échapper ; mais comment ??

Agir sans agir :

Dans le Mahâbhârata, le prince envisage de ne pas combattre car il trouve absurde de détruire tant de vies !

Le dieu Krishna va lui expliquer comment agir : aller au combat accomplir sa tache mais sans s’impliquer dans ses propres actes. Agir en demeurant impassible, étranger à ses propres actes. Tous les gestes seront faits, l’action sera sauve mais tout sera vide de toute intention !

Ce détachement assechera les conséquences habituelles ; l’acte devient “sans fruit » : on peut donc à la fois faire son devoir et y renoncer 

Dharma (ordre du monde) et moksha (la délivrance) ne sont pas antagonistes.

Chine

Texte à venir…

Islam

Texte à venir…

Judaïsme

Texte à venir…

Bouddhisme

Texte à venir…

Mazzeri, les chamans de la montagne corse 

La religion dans Matrix

SPIRITUALITE ET ATHEISME

Sans dieu, que reste-t-il ?

Ne pas croire en Dieu n’empêche pas de vivre son rapport à l’Absolu, selon A.Comte-Sponville.

PETIT LEXIQUE DU RELIGIEUX...

 

Athée : celui qui croit en l’inexistence de Dieu.

Agnostique : celui qui doute de l’existence de Dieu, qui ne sait pas, ne se prononce pas sur son existence ou sa non-existence.

Hérétique : qui est entaché d’hérésie, qui professe ou soutient une hérésie, c’est-à-dire une doctrine contraire à la foi, condamnée par l’Eglise catholique (qui s’oppose donc directement à la vérité proposée par l’Église catholique comme révélée par Dieu). Par extension, toute doctrine aberrante au sein d’une religion quelconque.

Infidèle : celui qui n’a pas la foi

Impie : celui qui n’a pas de religion (qui n’a pas la piété)

Mécréant : celui qui ne croit pas = infidèle, impie, incroyant, incrédule

Profane (du latin profanus, m. s., de pro, devant, et fanum, temple) : celui qui n’était pas initié aux mystères, et qui, par conséquent, ne pouvait entrer dans l’enceinte sacrée ; celui qui est étranger aux choses de la religion ; par extension, ce qui est contraire à la religion établie ≠ sacré

Spiritualité :

CITATIONS

  • Kierkegaard : « L’Église est une entreprise de transport vers l’éternité qui n’évite le discrédit que parce que l’on est sans nouvelle des voyageurs. »
  • Freud : « Tout individu est virtuellement un ennemi de la civilisation. »
  • Nietzsche : « Dieu est mort. »
  • Dagerman : « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. »
  • Sade : « Il faut bien que Dieu sorte de son inexistence au moins le temps qu’on l’accuse, qu’il existe juste assez pour que je puisse souverainement décider de son inexistence.