L.A 3 Robert Desnos, Ce coeur qui haïssait la guerre

 

Robert Desnos (1900-1945)

 

BIOGRAPHIE

Robert Desnos enfant.

Le père de Robert voulait le contraindre à des études commerciales… Mais le fils s‘ennuie et affirme son désir  de devenir poète. Après le collège, brevet en poche,  il vit tant bien que mal de petits boulots, et surtout  acquière une grande  culture autodidacte.ar dapibus leo.

Attiré par le mouvement Dada, qui prônent la destruction systématique des valeurs et tentent de perturber le bon ordre social, il n’aura néanmoins pas l’opportunité d’en rencontrer les représentants .Puis il effectue son service militaire en partie au Marc.  

Costume Dada...

Quand il rentre en 1921, le surréalisme, dont les premiers échos se trouvaient déjà chez Apollinaire, l’attire et il rejoint l’aventure surréaliste à partir de 1922.  Il participe alors  aux expériences de sommeils hypnotiques et publie avec Rose Sélavy (1922-1923) ses premiers textes. Dans les années 1924-1929, Desnos est rédacteur de  La Révolution surréaliste mais rompt avec le mouvement quand André Breton veut qu’il adhère au Communisme. Il sera journaliste  (radio) et rédacteur publicitaire.  

Mais dès 1934, devant la montée des nationalismes en Europe, il adhère aux mouvements d’intellectuels antifascistes. Mobilisé en 1939 et démobilisé en 1940 (Armistice), il redevient journaliste pour le quotidien Aujourd’hui, journal rapidement soumis à la censure allemande mais où il réussit à publier, « mine de rien » selon son expression, des articles  qui incitent à préparer un avenir libre. La lutte est désormais clandestine.

 

Max Ernst, La Révolution surréaliste

Dès 1942, il fait partie du réseau Agir, auquel il transmet des informations confidentielles parvenues au journal, tout en fabriquant par ailleurs de faux papiers pour des Juifs ou des résistants en difficulté. Sous son nom ou sous  des pseudonymes, il revient à la poésie. Après Fortunes (1942) qui fait le bilan des années trente, il s’adonne à des recherches où poème, chanson, musique peuvent s’allier, avec les « couplets » d’État de veille (1943)   Le Bain avec Andromède (1944), Contrée (1944), les sonnets en argot poursuivent, sous des formes variées, la lutte contre le nazisme, car « ce n’est pas la poésie qui doit être libre, c’est le poète ». En 1944, Le Veilleur du Pont-au-Change, signé Valentin Guillois, pousse son vibrant appel à la lutte générale, quand le poète est arrêté, le 22 février.

D’abord prisonnier au camp de Compiègne, il est déporté dans plusieurs camps, puis évacué sous la poussée des Alliés en mai 1945 au camp de Terezin en Tchécoslovaquie. Épuisé par les mauvais traitements et les marches forcées, il y meurt du typhus le 8 juin 1945, quelques semaines après la libération du camp par les Russes..

Desnos en déportation

Principales oeuvres de Desnos

Corps et Biens,  Gallimard.
Destinées arbitraires,  Poésie/Gallimard.
Fortunes, Collection de poche Poésie/Gallimard.
La Liberté ou l’amour,  L’Imaginaire/Gallimard.
Deuil pour deuil, Collection de poche  
Le vin est tiré…, Collection de poche  
Chantefables, éditions Gründ, 2000.
 

Pour aller plus loin

CONTEXTE

« Ce cœur qui haïssait la guerre »,  est publié clandestinement, sous pseudonyme dans L’Honneur des poètes. Il traite de façon très directe,  du choix des artistes – ou du moins certains) à devenir « soldat de l’ombre », à prendre les armes. Pourtant la plupart d’entre eux, après la boucherie de la 1° guerre étaient devenus pacifistes (Voir le Surréalisme).

LE TEXTE DE DESNOS

« Ce cœur qui haïssait la guerre… »

Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu’il bat pour le combat et la bataille !
Ce cœur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit,
Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine.
Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent,
Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne,
Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat.
Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos.
Mais non, c’est le bruit d’autres cœurs, de millions d’autres cœurs battant comme le mien à travers la France.
Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces cœurs,
Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises
Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d’ordre :
Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !
Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
Et des millions de Français se préparent dans l’ombre à la besogne que l’aube proche leur imposera.
Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme même des saisons et des marées,
du jour et de la nuit.

Robert Desnos, 1943 (paru dans L’Honneur des poètes)

 

PROLONGEMENTS

Quelques temps avant son arrestation, en février 1944, Desnos écrit six sonnets satiriques en argot. Il y critique violemment le régime de Vichy et ses représentants. Le « Maréchal Ducono » par exemple, ne laisse pas de doute sur son identité… Ces textes seront publiés après 1945 par la revue Messages.

R. Desnos, Maréchal Ducono

 
Maréchal Ducono se page avec méfiance,
Il rêve à la rebiffe et il crie au charron
Car il se sent déja loquedu et marron
Pour avoir arnaqué le populo de France.

S’il peut en écraser, s’étant rempli la panse,
En tant que maréchal à maousse ration,
Peut-il être à la bonne, ayant dans le croupion
Le pronostic des fumerons perdant patience ?

À la péter les vieux et les mignards calenchent,
Les durs bossent à cran et se brossent le manche:
Maréchal Ducono continue à pioncer.

C’est tarte, je t’écoute, à quatre-vingt-six berges,
De se savoir vomi comme fiotte et faux derge
Mais tant pis pour son fade, il aurait dû clamser

Un drôle de poème…

 Connectez vos neurones !!

 

Trouvez la particularité de ce texte qui a l’air d’un poème collaborationniste mais qui est en réalité un poème résistant anonyme…

Aimons et admirons le chancelier Hitler

L’éternelle Angleterre est indigne de vivre

Maudissons, écrasons le peuple d’outre-mer

Le nazi sur la terre sera seul à survivre

Soyons donc le soutien du führer allemand

Des boys navigateurs finira l’odyssée

A eux seuls appartient un juste châtiment

La palme du vainqueur attend la croix gammée.