La Vérité

I. Qu’est ce que la vérité ?

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I. QU’EST-CE QUE LA VERITE ?

D’abord, ce n’est pas la même chose que la réalité.
La vérité ne porte que sur les discours, les théories, les systèmes de croyance.

Mais il y a un os…
Pour que cette définition de la vérité soit valide, il faudrait que je

puisse comparer mes idées aux choses ; Or, je n’ai jamais affaire aux choses en elles-mêmes, mais à ma représentation des choses…
Et rien ne m’assure que le monde est comme je le vois !
Tout cela n’est peut-être comme disait Descartes qu’ « songe bien lié » ! et peut-être suis-je entrain de rêver tout ce que je crois percevoir.

SPINOZA

Baruch Spinoza (1632 – 1677) . Philosophe Hollandais. Sa pensée eut une influence considérable sur ses contemporains et nombre de penseurs postérieurs.
Issu d’une famille juive portugaise ayant fui l’Inquisition, Spinoza devait devenir rabbin. Mais parce qu’il remettait en question les dogmes religieux, il fut excommunié. C’est vers 1661 qu’il commence à rédiger son ouvrage principal : l’Ethique. Dans ce livre, il prône une liberté joyeuse, libérée des illusions et des superstitions car les hommes ne peuvent être heureux et libres que s’ils « vivent sous la

conduite de la raison ». Il se battra toute sa vie contre le fanatisme et les préjugés religieux.

La première signification de Vrai et de Faux semble avoir son origine dans les récits ; et l’on a dit vrai un récit, quand le fait raconté était réellement arrivé ; faux, quand le fait raconté n’était arrivé nulle part. Plus tard, les philosophes ont employé le mot pour désigner l’accord d’une idée avec son objet ; ainsi, l’on appelle idée vraie celle qui montre une chose comme elle est en elle-même ; fausse, celle qui montre une chose autrement qu’elle n’est en réalité. Les idées ne sont pas autre chose en effet que des récits ou des histoires de la nature dans l’esprit.

B. Spinoza, Pensées métaphysiques, 1663 1re partie, chap. VI,( Gallimard, « La Pléiade », trad. R. Caillois.)

II. Y-A-T-IL UNE OU DES VERITES ?

a) Vérités de fait

« Il neige » est une vérité contingente* (Leibniz) ; Puisqu’à certains moments, cela est faux et à d’autres c’est vrai !! Il faut qu’il y ait adéquation entre la chose et ce que j’en dis : « ce n’est pas parce que nous pensons d’une manière vraie que tu es

blanc, que tu es blanc, mais c’est parce que tu es
blanc, qu’en disant que tu l’es, nous disons la vérité » Aristote
Une vérité de fait c’est donc quand l’énoncé, le discours correspond au réel.

b) Vérités de raison ou de raisonnement

Elles ne sont pas contingentes mais nécessaires. Elles ne peuvent pas être à la fois juste et fausse : 2+2 =4 est soit vrai soit faux mais pas tantôt l’un et tantôt l’autre.

Une vérité de raison c’est donc lorsque une théorie, un énoncé est vrai par ses relations logiques internes.

c) Vérités subjectives:
Elles expriment notre point de vue

personnel de sujet sur une chose. C’est la vérité artistique : l’œuvre est un « coin de la création vu à travers un tempérament » (Zola) ; c’est sa vision, son interprétation du monde que l’artiste nous donne à voir. Proust dit qu’ainsi il nous donne à découvrir des mondes que nous n’aurions pas connus : «Grâce à l’art, au lieu de voir un seul monde le notre nous le voyons se multiplier et autant qu’il y a d’artistes originaux autant nous avons de mondes à notre disposition ».

L’art devient alors un moyen de faire varier les points de vue sur le réel et nous « protège » de la vision univoque de la science. Et il est vrai parce qu’il est sincère pour celui qui voit. (Voir Kant)

III. POURQUOI RECHERCHER LA VERITE ?

Les avis divergent… Pour Nietzche, il y a peut-être mieux à rechercher que la vérité.
Car il voit dans la vérité une illusion, un danger majeur : elle masque l’apparence changeante des choses et celui qui ne voit qu’elle ne peut plus multiplier les points de vue et créer et le monde et lui-même. Il est figé.

  NIETZSCHE

Fréderic Nietzsche (1844-1900) Philosophe allemand…

“Pourquoi, dans la vie de tous les jours, les hommes disent-ils la plupart du temps la vérité? _ Surement pas parce qu’un dieu a interdit le mensonge. Mais premièrement, parce que c’est plus commode; car le

mensonge réclame invention, dissimulation, et mémoire. Ensuite, parce qu’il est avantageux quand tout se présente simplement, de parler sans détours: Je veux ceci, j’ai fait cela et ainsi de suite; c’est à dire parce que les voies de la contrainte et de l’autorité sont plus sûres que celles de la ruse. Mais s’il arrive qu’un enfant ait été élevé au milieu de complications familiales, il maniera le mensonge tout aussi naturellement et dira toujours involontairement ce qui répond à son intérêt; sens de la vérité, répugnance pour le mensonge en tant que tel lui sont absolument étrangers, et ainsi donc, il ment en toute innocence.

L’homme exige la vérité et la réalise dans le commerce moral avec les hommes ; c’est là-dessus que repose toute vie en commun. On anticipe les suites malignes des mensonges réciproques. C’est de là que naît le devoir de vérité. On permet le mensonge au narrateur épique parce qu’ici aucun effet pernicieux n’est à craindre.

– Donc là où le mensonge a une valeur agréable, il est permis : la beauté et l’agrément du mensonge à supposer qu’il ne nuise pas.
C’est ainsi que le prêtre imagine les mythes de ses dieux : le mensonge justifie la grandeur. (…)

Là où l’on ne peut rien savoir de vrai, le mensonge est permis. Tout homme se laisse continuellement tromper la nuit dans le rêve. La tendance à la vérité est une acquisition infiniment plus lente que l’humanité. Notre sentiment historique est quelque chose de tout nouveau dans le monde. Il serait possible qu’il opprime totalement l’art “.

F.Nietzsche, Humain trop humain, 1878-1879

Mais pour un philosophe comme Descartes, rechercher la vérité c’est un moyen d’atteindre la connaissance de la réalité.

La plupart des philosophes depuis Platon voit dans la recherche de la vérité le but même de la philosophie…

IV. RAISON ET VERITE :

Aristote a caractérisé l’être humain comme un « animal doué de raison ». Descartes, Kant sont rationalistes.

Mais la raison, c’est quoi ?

Considérée comme la faculté humaine par excellence, la raison a pour tâche de lier nos idées, que celles-ci proviennent de nos sens, de notre imagination ou plus largement de nos désirs.

Cette fonction de liaison ou de synthèse s’exprime dans le raisonnement qui est un enchaînement ordonné d’affirmations en vue d’une conclusion valide.

Une simple phrase comme celle-ci : « les nuages arrivent, il faut se presser de rentrer » montre que la raison construit des liens entre des réalités qui n’ont a priori rien à voir : le temps qu’il fait et l’éloignement du domicile.
La raison sera donc la faculté qui permet de s’entendre sur la vérité…

A. LE RATIONALISME

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Rationalisme vient de raison. Descartes, Kant sont rationalistes.

Pour les rationalistes, l’expérience va s’avérer insuffisante à fonder la connaissance. D’abord parce qu’elle a tendance à généraliser de manière excessive. Ainsi faute de pouvoir expliquer correctement, scientifiquement l’observation de certains phénomènes, nous admettrons une explication qui relèvera non de la raison mais du surnaturel. Or pour les rationalistes, c’est par la raison que nous pouvons décider si ce qui est apporté par l’expérience est vrai ou non.

Dans le cas contraire nous sommes le jouet de nos perceptions. La connaissance de ce que sont les corps ne vient pas du corps, des sensations, mais de l’esprit. Les sens nous informent seulement de l’existence de l’objet.

DESCARTES

René Descartes, ( 1596 – 1650 ) est un mathématicien, physicien et philosophe français. Il est considéré comme l’un des fondateurs de la philosophie moderne

On dit de quelqu’un qu’il a un esprit « cartésien » pour signifier qu’il
s’agit d’une personne à esprit logique, rigoureux, qui n’admet rien sans
examen et sans preuves. Cet adjectif vient de Descartes et de sa démarche.
Pourquoi Descartes cherche-il la vérité ? Pour atteindre la connaissance de la réalité, qui nous permettra de faire les bons choix, d’adhérer aux bonnes causes et de vivre mieux.

Or pour Descartes, il n’est qu’un moyen de parvenir à la vérité, c’est la raison. Elle est la faculté de réfléchir et de relier des propositions entre-elles de sorte qu’elles forment un ensemble cohérent. La raison nous pousse à chercher des raisons, c’est-à-dire des explications, des justifications, des preuves.

Pour Descartes, c’est le doute lui-même qui est notre meilleur allié pour atteindre la vérité.
La raison doit douter de tout, aussi loin que possible, jusqu’à ce que précisément, elle ne puisse plus douter. C’est au doute systématique que nous invite Descartes. Et ce doute systématique va paradoxalement aboutir à l’évidence de la vérité.

La démarche de Descartes :
L’instrument que va utiliser Descartes est le doute. Doute systématique

a)D’abord douter des sens, dont il est aisé de montrer l’ambigüité, me conduit à douter que les objets sensibles existent vraiment. Tout n’est peut-être qu’un « songe lié ».

Dans la 2ème Méditation Descartes écrit : « Je suppose donc que toutes les choses que je vois sont fausses ; je me persuade que rien n’a jamais été de tout ce que ma mémoire remplie de mensonges me représente ; je pense n’avoir aucun sens ; je crois que le corps, la figure, le mouvement et le lieu ne sont que des fictions de mon esprit. Qu’est-ce donc qui pourra être estimé véritable ? Peut-être rien autre chose, sinon qu’il n’y a rien au monde de certain. »

b) Puis douter de l’évidence rationnelle, mathématique : Il  y aurait de plus un être très puissant qui ferait tout pour me tromper : un “malin génie ». Ce serait lui qui I pourrait me convaincre que 2+2 RE =4 sans que cela soit…

c) J’en suis donc au point où je doute de tout. MAIS …je doute ! Donc je pense ! Et si je pense, c’est que j’existe !!

J’existe par l’action même de douter. C’est l’évidence (la vérité première » du cogito : « cogito ergo sum » ou « je pense donc je suis ». Ce qui est à comprendre au sens « je » = « pense ».
A partir de cette vérité 1ère, Descartes pense pouvoir

Ainsi, à cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer qu’il n’y avait aucune chose qui fût telle qu’ils nous la font imaginer. Et parce qu’il y a des hommes qui se méprennent en raisonnant, même touchant les plus simples matières de géométrie, et y font des paralogismes, jugeant que j’étais sujet à faillir, autant qu’aucun autre, je rejetai comme fausses toutes les raisons que j’avais prises auparavant pour démonstrations. Et enfin, considérant que toutes les mêmes pensées, que nous avons étant éveillés, nous peuvent aussi venir, quand nous dormons, sans qu’il y en ait aucune, pour lors, qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m’étaient jamais entrées en l’esprit n’étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais, aussitôt après, je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée, que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais.

Descartes, Discours de la méthode (1637), quatrième partie

LE MENSONGE

Mensonge : Affirmer volontairement le contraire de ce que l’on pense Arte Enthoven, Le Mensonge 1 et 2

 

Kant considère que dire la vérité est un devoir absolu. Il a d’ailleurs eu à ce propos une belle polémique avec Benjamin Constant.

  B. CONSTANT

Benjamin Constant, Benjamin Constant de Rebecque, né à Lausanne ( 1767-) 1830, est un romancier, homme politique, et intellectuel engagé français d’origine suisse.

« Le principe moral que dire la vérité est un devoir, s’il était pris d’une manière absolue et isolée, rendrait toute société impossible. Nous en avons la preuve dans les conséquences directes qu’a tirées de

ce premier principe un philosophe allemand, qui va jusqu’à prétendre qu’envers des assassins qui vous demanderaient si votre ami qu’ils poursuivent n’est pas réfugié dans votre maison, le mensonge serait un crime… »

B. Constant, Des réactions politiques,1796

  E. KANT

Emmanuel Kant philosophe allemand (1724- 1804). Son œuvre est considérable et diverse

La véracité dans les déclarations que l’on ne peut éviter est le devoir formel de l’homme envers chacun, quelque grave inconvénient qu’il en puisse résulter pour lui ou pour un autre(…). Il suffit donc de définir le mensonge 

une déclaration volontairement fausse faite à un autre homme (…)
Il est possible qu’après que vous avez loyalement répondu oui au meurtrier qui vous demandait si son ennemi était dans la maison, celui-ci en sorte inaperçu et échappe ainsi aux mains de l’assassin, de telle sorte que le crime n’ait pas lieu ; mais, si vous avez menti en disant qu’il n’était pas à la maison et qu’étant réellement sorti (à votre insu) il soit rencontré par le meurtrier, qui commette son crime sur lui, alors vous pouvez être justement accusé d’avoir causé sa mort. En effet, si vous aviez dit la vérité, comme vous la saviez, peut-être le meurtrier, en cherchant son ennemi dans la maison, eût-il été saisi par des voisins accourus à temps, et le crime n’aurait-il pas eu lieu. Celui donc qui ment, quelque généreuse que puisse être son intention, doit, même devant le tribunal civil, encourir la responsabilité de son mensonge et porter la peine des conséquences, si imprévues qu’elles puissent être. C’est que la véracité est un devoir qui doit être regardé comme la base de tous les devoirs fondés sur un contrat, et que, si l’on admet la moindre exception dans la loi de ces devoirs, on la rend chancelante et inutile.

C’est donc un ordre sacré de la raison, un ordre qui n’admet pas de condition, et qu’aucun inconvénient ne saurait restreindre, que celui qui nous prescrit d’être véridiques (loyaux) dans toutes nos déclarations.

Emmanuel Kant, D’un prétendu droit de mentir par humanité, 1797

  V. JANKÉLÉVITCH

Vladimir Jankélévitch (1903-1985). Philosophe et musicologue français

Toute vérité n’est pas bonne à dire ; on ne répond pas à toutes les questions, du moins on ne dit pas n’importe quoi à n’importe qui il y a des vérités qu’il faut manier avec des précautions infinies, à travers toutes sortes d’euphémismes et d’astucieuses périphrases ; l’esprit ne se pose sur elles qu’en décrivant de

grands cercles, comme un oiseau. Mais cela est encore peu dire : il y a un temps pour chaque vérité, une loi d’opportunité qui est au principe même de l’initiation ; avant il est trop tôt, après il est trop tard. (…) Ce n’est pas tout de dire la vérité, « toute la vérité », n’importe quand, comme une brute : l’articulation de la vérité veut être graduée ; on l’administre comme un élixir puissant et qui peut être mortel, en augmentant la dose chaque jour, pour laisser à l’esprit le temps de s’habituer. La première fois, par exemple, on racontera une histoire ; plus tard on dévoilera le sens ésotérique1 de l’allégorie2. C’est ainsi qu’il y a une histoire de saint Louis pour les enfants, une autre pour les adolescents et une troisième pour les chartistes3 ; à chaque âge sa version ; car la pensée, en mûrissant, va de la lettre à l’esprit et traverse successivement des plans de vérité de plus en plus ésotériques.

V. Jankélévitch, L’ironie,1936

V. RAISON ,VERITE , CROYANCE ET OPINION

La croyance est une adhésion à une « vérité » supposée … Une adhésion sans preuves et qu’on prend pour vrai. On valide une représentation ou un état de choses, malgré l’absence de preuves. Paradoxalement, « la certitude est, à proprement parler, ce qui constitue l’un des aspects essentiels de la croyance ». Eric Weil, Logique de la philosophie

Kant la définit comme un« principe d’assentiment subjectivement suffisant, mais objectivement insuffisant ».
L’adhésion à une opinion, en tant qu’elle ne s’accompagne pas de certitude objective, est une croyance.

Croire que est de l’ordre de l’opinion/ Croire
en est de l’ordre de la foi.
Dans la croyance – et dans l’acte de croire, je tiens pour vrai non prouvée, à laquelle je donne une valeur de vérité.

une proposition

PLATON

Philosophe grec (428-427 av. J.-C., à 348-347 av. J.-C.1) contemporain de la démocratie athénienne. Il reprit le travail philosophique de certains de ses prédécesseurs, notamment Socrate, afin d’élaborer sa propre pensée.Son œuvre est composée presque exclusivement de dialogues. Platon distingue deux mondes :le monde sensible (monde des apparences) et le monde intelligible.

L’ALLEGORIE  DE LA CAVERNE –PLATON

Les prisonniers de la caverne de Platon ( La République, livre VII) représentent les hommes qui s’enferment dans un monde d’illusions, victimes de leurs préjugés et de leur ignorance. Sortir progressivement de la caverne, c’est franchir les étapes de la connaissance pour passer de l’illusion à la vérité.

TEXTE A

– Maintenant représente toi de

la façon que voici l’état de notre nature relativement à l’instruction et à l’ignorance.

 

Figure toi des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne, ayant sur toute sa largeur une entrée ouverte à la lumière; ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu’ils ne peuvent ni bouger ni voir ailleurs que devant eux, la chaîne les empêchant de tourner la tête; la lumière leur vient d’un feu allumé sur une hauteur, au loin derrière eux; entre le feu et les prisonniers passe une route élevée : imagine que le long de cette route est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux et au dessus desquelles ils font voir leurs merveilles. Figure toi maintenant le long de ce petit mur des hommes portant des objets de toute sorte, qui dépassent le 

mur, et des statuettes d’hommes et d’animaux, en pierre en bois et en toute espèce de matière; naturellement parmi ces porteurs, les uns parlent et les autres se taisent.
– Voilà, s’écria Glaucon, un étrange tableau et d’étranges prisonniers.
– Ils nous ressemblent; et d’abord, penses-tu que dans une telle situation ils n’aient jamais vu autre chose d’eux mêmes et de leurs voisins que les ombres projetées par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face ?

– Et comment, observa Glaucon, s’ils sont forcés de rester la tête immobile durant toute leur vie Et pour les objets qui défilent, n’en est-il pas de même ?

–  Sans contredit.

–  Si donc ils pouvaient s’entretenir ensemble ne penses-tu pas qu’ils prendraient pour des objets réels les ombres qu’ils verraient ?

– Assurément.

Platon. La République, Livre VII

 

A. Le monde sensible :
Le monde de la caverne : un monde d’illusions.

Le monde de la caverne, c’est le monde sensible.
Ces prisonniers (les hommes) ne connaissent que « les ombres des choses » Ils sont donc persuadés qu’il n’existe rien d’autre et que ce qu’ils voient autour d’eux est la réalité. Ils vivent dans l’illusion.
Pour Platon le remède consiste à « sortir de la caverne » donc de l’illusion.

TEXTE B

– (…) Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement si on les délivre de leurs chaînes et qu’on les guérisse de leur ignorance. Qu’on détache l’un de ces prisonniers, qu’on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière : en faisant tous ces mouvements, il souffrira et l’éblouissement l’empêchera de distinguer ces objets dont tout à l’heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu’il répondra si quelqu’un lui vient dire qu’il n’a vue jusqu’alors que de vains fantômes, mais qu’à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste ? Si, enfin, en lui montrant chacune des choses qui passent, on l’oblige à force de questions, à dire ce que c’est ? Ne penses- tu pas qu’il sera embarrassé, et que les ombres qu’il voyait tout à l’heure lui paraîtront plus vraies que les objets qu’on lui montre maintenant ? Et si on le force à regarder la lumière elle même, ses yeux n’en seront-ils pas blessés? N’en fuira-t-il pas la vue pour retourner aux choses qu’il peut regarder, et ne croira-t-il pas que ces dernières sont réellement plus distinctes que celles qu’on lui montre?

– Assurément !
– Et si on l’arrache de sa caverne par force, qu’on lui fasse gravir la montée rude et
escarpée, et qu’on ne le lâche pas avant de l’avoir traîné jusqu’à la lumière du soleil, ne souffrira-t-il pas vivement, et ne se plaindra-t-il pas de ces violences? Et lorsqu’il sera parvenu à la lumière, pourra-t-il, les yeux tout éblouis par son éclat, distinguer une seule des choses que maintenant nous appelons vraies ?
– Il ne le pourra pas, du moins dès l’abord.

– Il aura je pense besoin d’habitude pour voir les objets de la région supérieure. D’abord, ce seront les ombres (…)A la fin j’imagine, ce sera le soleil – non ses vaines images réfléchies dans les eaux ou en quelque autre endroit – mais le soleil lui-même à sa vraie place, qu’il pourra voir et contempler tel qu’il est.

– Nécessairement !
– Après cela, il en viendra à conclure au sujet du soleil, que c’est lui qui fait les saisons et les années, qui gouverne tout dans le monde visible, et qui, d’une certaine manière est la cause de tout ce qu’il voyait avec ses compagnons dans la caverne. Or donc, se souvenant de sa première demeure, de la sagesse que l’on y professe, et de ceux qui furent ses compagnons de captivité, ne crois-tu pas qu’il se réjouira du changement et plaindra ces derniers?
– Si, certes.

Platon. La République, Livre VII.

B. La sortie de la caverne ou la découverte de la vérité

Sortir de la caverne va être douloureux et temporairement aveuglant. Il faut se libérer des préjugés, des idées reçues, des illusions qui nous bercent depuis notre enfance. Quand on quitte l’obscurité, il est impossible de regarder le soleil (la vérité) en face. Il faut une « accoutumance ». Et il s’agit bien sûr d’une métaphore du chemin que l’homme doit parcourir pour arriver à sortir de l’illusion et à accéder à la vérité-réalité. Au départ donc, les prisonniers continuent à considérer comme plus réel les ombres plutôt que ce qu’ils découvrent. Est vrai ce qu’ils ont l’habitude de voir. Idem pour les hommes.

Ainsi à chaque étape de la sortie de la caverne correspond une étape du cheminement humain pour atteindre la vérité.

TEXTE C

– (…)
– Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et aille s’asseoir à son ancienne place : n’aura-t-il pas les yeux aveuglés par les ténèbres en venant brusquement du plein soleil? Et s’il lui faut entrer de nouveau en compétition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n’ont point quitté leurs chaînes, dans le moment où sa vue est encore confuse et avant que ses yeux ne se soient remis (or l’accoutumance à l’obscurité demandera un temps assez long), n’apprêtera-t-il pas à rire à ses dépens, et ne diront-ils pas qu’étant allé là-haut, il en est revenu avec la vue ruinée, de sorte que ce n’est même pas la peine d’essayer d’y monter? Et si quelqu’un tente de les délier et de les conduire en haut, et qu’ils le puissent tenir en leurs mains et tuer, ne le tueront-ils pas ?

Platon. La République, Livre VII.

C. Le retour dans la caverne : le rôle du philosophe

Pourquoi retourner dans la caverne ? A priori cela n’a aucun intérêt puisque celui qui en est sorti :
– n’est plus dans l’illusion puisqu’il est devenu philosophe (il a découvert la vérité)
– ne partagera plus la même réalité avec les prisonniers et ceux-ci ne le croiront pas, le prendront pour un fou ou voudront le tuer. (allusion à Socrate qui fut condamné au suicide en buvant la ciguë car ses juges considéraient que ses idées menaçaient la Cité).

VI. PEUT-ON ECHAPPER A LA SUBJECTIVITE DE LA PERCEPTION

 

REALITE ET CERVEAU

A chacun sa réalité

 

TEXTE N°5

Il n’existe pas d’œil innocent. C’est toujours vieilli que l’œil aborde son activité, obsédé par son propre passé et par les insinuations anciennes et récentes de l’oreille, du nez, de la langue, des doigts, du cœur, du cerveau. Il ne fonctionne pas comme un instrument solitaire et doté de sa propre énergie, mais comme un membre soumis d’un organisme complexe et capricieux. Besoins et préjugés ne gouvernent pas seulement sa manière de voir mais aussi le contenu de ce qu’il voit, il choisit, rejette, organise, distingue, associe, classe, analyse, construit. Il saisit et fabrique plutôt qu’il ne reflète ; et les choses qu’il saisit et reflète, il ne les voit pas nues comme autant d’éléments privés d’attributs, mais comme des objets, comme de la nourriture, comme des gens, comme des ennemis, comme des étoiles, comme des armes. Rien n’est vu tout simplement à nu.

Nelson Goodman, Langages de l’art, 1968, Ed. Chambon

VII. LA CROYANCE, UNE NECESSITE ?

« Il faut croire avant toute preuve, il n’y a pas de preuve pour qui ne croit rien ».

Alain

Seul l’homme possède des croyances. Une pierre ne croit en rien. « Le caillou n’espère pas, car il vit stupidement dans un perpétuel présent » écrit Sartre.

Bergson, dans Les deux sources de la morale et de la religion, considère que la croyance est une spécificité humaine en cela que l’homme, à la différence de l’animal, ne possède pas l’instinct mais l’intelligence. La croyance serait donc une fonction fabulatrice, créatrice de croyances religieuses, magiques, superstitieuses et des mythes. (cf texte Bergson)

Par ailleurs, la croyance est au centre de la relation avec l’autre. Toute relation nait d’une croyance. Celle-ci peut- être vraie ou fausse. Mais elle existe puisque nous ne pouvons pas tout connaitre de

l’autre…

La croyance en l’immortalité, ou plutôt en une prolongation de la vie après la mort, est une croyance universelle. Pour Edgar Morin « Il est impossible de ne pas être frappé par la force et peut-être par l’universalité de la croyance en l’immortalité ».

Pour vivre, il faut agir, et pour cela il faut croire, faire confiance. D’une manière générale, toute action exigée par la vie est une forme de pari. Pendant toute notre vie nous parions. Si je vais à la gare prendre un train je parie sur le fait que le train sera à l’heure. Si je mange des champignons je parie sur le fait qu’ils ne sont pas vénéneux » écrit Pascal Engel dans son article Les croyances.

TOCQUEVILLE :

Alexis-Henri-Charles Clérel, vicomte de Tocqueville, (1805-1859)1, est un penseur politique, historien et écrivain français. Il est célèbre pour ses analyses de la Révolution française, de la démocratie américaine et de l’évolution des démocraties occidentales en général.

Si l’homme était forcé de se prouver à lui-même toutes les vérités dont il se sert chaque jour, il n’en finirait point; il s’épuiserait …

 

Il n’y a pas de si grand philosophe dans le monde qui ne croie un million de choses sur la foi d’autrui, et ne suppose beaucoup plus de vérités qu’il n’en établit. Ceci est non seulement nécessaire, mais désirable. (…) Il faut donc que, parmi les divers objets des opinions humaines, il fasse un choix et qu’il adopte beaucoup de croyances sans les discuter, afin d’en mieux approfondir un petit nombre dont il s’est réservé l’examen.

TOCQUEVILLE, De la démocratie en Amérique (1835-1840), t. II, 1ère partie, chap. 2.

VIII. VERITE ET FOI

La foi est une certitude non rationnelle. Ce n’est pas démontrable et pourtant on a autant (sinon plus) confiance que si ça l’était.La foi est un engagement lucide. La 

croyance non. La foi religieuse, c’est la confiance absolue qu’on accorde à Dieu. Au- delà de la raison.

  BERGSON ENTRE FOI ET SUPERSTITION

Quand le primitif fait appel à une cause mystique pour expliquer la mort, la maladie ou tout autre accident, quelle est au juste l’opération à laquelle il se livre ? Il voit par exemple qu’un homme a été tué par un fragment de rocher qui s’est détaché au cours d’une tempête. Nie-t-il que le rocher ait été déjà fendu, que le vent ait arraché la pierre, que le choc ait brisé un crâne ? Évidemment non. Il constate comme nous l’action de ces causes secondes. Pourquoi donc introduit-il une « cause mystique », telle que la volonté d’un esprit ou d’un sorcier, pour l’ériger en cause principale ? Qu’on y regarde de près : on verra que ce que le primitif explique ici par une cause « surnaturelle », ce n’est pas l’effet physique, c’est sa signification humaine, c’est son importance pour l’homme et plus particulièrement pour un certain homme déterminé, celui que la pierre écrase. Il n’y a rien d’illogique, ni par conséquent de « prélogique », ni même qui témoigne d’une « imperméabilité à l’expérience », dans la croyance qu’une cause doit être proportionnée à son effet, et qu’une fois constatées la fêlure du rocher, la direction et la violence du vent — choses purement physiques et insoucieuses de l’humanité — il reste à expliquer ce fait, capital pour nous, qu’est la mort d’un homme. (…) Si l’effet a une signification humaine considérable, la cause doit avoir une signification au moins égale ; elle est en tout cas de même ordre : c’est une intention. Que l’éducation scientifique de l’esprit le déshabitue de cette manière de raisonner, ce n’est p

  ALAIN

Alain, de son vrai nom Émile-Auguste Chartier (1868 – 1951), est un philosophe, journaliste, essayiste et professeur de français1.

Croyance : c’est le mot qui désigne toute certitude sans preuve. La foi est la croyance volontaire. La croyance désigne au contraire quelque disposition involontaire à accepter soit une

doctrine, soit un jugement, soit un fait. On nomme crédulité une disposition à croire dans ce sens inférieur du mot.

Les degrés du croire sont les suivants. Au plus bas, croire par peur ou par désir (on croit aisément ce qu’on désire et ce qu’on craint). Au- dessus, croire par coutume et imitation (croire les rois, les orateurs, les riches). Au-dessus, croire les vieillards, les anciennes coutumes, les traditions. Au-dessus, croire ce que tout le monde croit (que Paris existe même quand on ne le voit pas, que l’Australie existe quoiqu’on ne l’ait jamais vue). Au-dessus, croire ce que les plus savants affirment en accord d’après des preuves que la terre tourne, que les étoiles sont des soleils, que la lune est un astre mort, etc.). Tous ces degrés forment le domaine de la croyance. Quand la croyance est volontaire et jurée d’après la haute idée que l’on se fait du devoir humain, son vrai nom est foi.

IX. EXPERIENCE ET VERITE

 QU’EST-CE QUE L’EXPERIENCE ?

Peut-on acquérir la vérité au contact direct d’une réalité qui serait inaccessible par la pensée théorique ? Pas sûr ! L’expérience peut être trompeuse…Alors à quelles conditions s’y fier ?

Qu’est-ce que l’expérience ?

Le mot « expérience » vient du latin experire, « éprouver ».

L’expérience est à la fois le point de départ et le point d’arrivée de nos connaissances. Mais est-elle pour autant suffisante ? En effet, une expérience

même répétée, ne permet pas de dégager des lois générales. J’ai bien observé qu’au mois d’aout, vers le 8-9, il y a beaucoup d’étoiles filantes…je ne peux pas pour autant comprendre et expliquer pourquoi !
L’expérience est subjective, dépendantes des conditions de perception de l’observateur. Or ces conditions de perceptions sont-elles fiables ? Au loin, deux objets peuvent paraitre proches même s’ils ne le sont pas. Donc l’expérience n’est pas une « connaissance », n’en déplaise aux empiristes.

L’Expérience

 SARTRE

Donc j’étais tout à l’heure au Jardin public. La racine du marronnier s’enfonçait dans la terre, juste au-dessous de mon banc. Je ne me rappelais plus que c’était une racine. Les mots s’étaient évanouis et, avec eux, la signification des choses, leurs modes d’emploi, les faibles repères que les hommes ont tracés à leur surface. J’étais assis, un peu voûté, la tête basse, seul en face de cette masse noire et noueuse, entièrement brute et qui me faisait peur. Et puis j’ai eu cette illumination.

Ça m’a coupé le souffle. Jamais, avant ces derniers jours, je n’avais pressenti ce que voulait dire « exister ». J’étais comme les autres, comme ceux qui se promènent au bord de la mer dans leurs habits de printemps. Je disais comme eux « la mer est verte; ce point blanc, là-haut, c’est une mouette », mais je ne sentais pas que ça existait, que la mouette était une « mouette-existante »; à l’ordinaire l’existence se cache. Et puis voilà: tout d’un coup, c’était là, c’était clair comme le jour: l’existence s’était soudain dévoilée. Elle avait perdu son allure inoffensive de catégorie abstraite: c’était la pâte même des choses, cette racine était pétrie dans de l’existence. Ou plutôt la racine, les grilles du jardin, le banc, le gazon rare de la pelouse, tout ça s’était évanoui; la diversité des choses, leur individualité n’était qu’une apparence, un vernis. Ce vernis avait fondu, il restait des masses monstrueuses et molles, en désordre ;nues, d’une effrayante et obscène nudité.

(…) Tous ces objets… comment dire? Ils m’incommodaient; j’aurais souhaité qu’ils existassent moins fort, d’une façon plus sèche, plus abstraite, avec plus de retenue. Le marronnier se pressait contre mes yeux. Une rouille verte le couvrait jusqu’à mi- hauteur; l’écorce, noire et boursouflée, semblait de cuir bouilli. (…) Toutes choses, doucement, tendrement, se laissaient aller à l’existence comme ces femmes 

lasses qui s’abandonnent au rire et disent: « C’est bon de rire » d’une voix mouillée; elles s’étalaient, les unes en face des autres, elles se faisaient l’abjecte confidence de leur existence. Je compris qu’il n’y avait pas de milieu entre l’inexistence et cette abondance pâmée. Si l’on existait, il fallait exister jusque-là, jusqu’à la moisissure, à la boursouflure, à l’obscénité. (…)

Et moi ;veule, alangui, obscène, digérant, ballottant de mornes pensées ; moi aussi j’étais de trop. Heureusement je ne le sentais pas. je le comprenais surtout, mais j’étais mal à l’aise parce que j’avais peur de le sentir (encore à présent j’en ai peur ;j’ai peur que ça ne me prenne par le derrière de ma tête et que ça ne me soulève comme une lame de fond). Je rêvais vaguement de me supprimer, pour anéantir au moins une de ces existences superflues. Mais ma mort même eût été de trop. De trop, mon cadavre, mon sang sur ces cailloux. entre ces plantes, au fond de ce jardin souriant. Et la chair rongée eût été de trop dans la terre qui l’eût reçue et mes os. enfin. nettoyés écorcés. propres et nets comme des dents eussent encore été de trop: j’étais de trop pour l’éternité.

Le mot d’Absurdité naît à présent sous ma plume; tout à l’heure, au jardin, je ne l’ai pas trouvé. mais je ne le cherchais pas non plus, je n’en avais pas besoin: je pensais sans mots, sur les choses, avec les choses. L’absurdité, ce n’était pas une idée dans ma tête, ni un souffle de voix, mais ce long serpent mort à mes pieds. ce serpent de bois. Serpent ou griffe ou racine ou serre de vautour, peu importe. Et sans rien formuler nettement, je comprenais que j’avais trouvé la clef de l’Existence, la clef de mes Nausées, de ma propre vie.

J.P Sartre,La Nausée,1938

L’EXPERIENCE PERMET-ELLE DE CONNAITRE LA VERITE

 

 

A – LE POINT DE VUE EMPIRISTE

L’Empirisme : (empeiros vient du grec et signifie « expérience »)

Si le XVIIème siècle a vu le triomphe du rationalisme, le début du XVIIIème en voit l’affaiblissement.Sous l’influence de John Locke (qui remet en cause la doctrine cartésienne des idées de Descartes) et de Isaac Newton nait un courant de pensée qui s’oppose au rationalisme : l’empirisme moderne dont les principaux représentants sont Condillac et Hume. L’empirisme considère que la connaissance est fondée sur l’expérience (et non sur la raison) A partir des données apportées par les sens et la répétition de certains phénomènes, l’esprit progresserait dans la vérité.

Mais l’expérience est un fait. Peut-elle alors conduire à une vérité scientifique ?

  LOCKE

John Locke ( 1632 – 1704) était un philosophe anglais, l’un des principaux précurseurs des Lumières. Sa théorie de la connaissance était qualifiée d’empiriste car il considérait que l’expérience est l’origine de la connaissance. Sa théorie politique est l’une de celles qui fondèrent le libéralisme

Locke Pour lui, nous naissons avec un « disque dur vierge » si l’on peut dire. A la naissance, l’âme est « une page blanche »
Et tout ce que nous allons emmagasiner comme connaissances proviendra de

l’expérience.
Ces philosophes réfutent l’idée d’évidence de Descartes. Tout vient des sens.

Un homme d’expérience s’instruit au contact des « choses de la vie » sans ve passer par des abstractions théoriques. Ce qu’il sait, il l’a appris par ses   perceptions, sa pratique et les épreuves auxquelles la réalité l’a confronté. Son  savoir d’expérience semble cumuler les deux dimensions de la raison:le savoir qui explique oudonnedusens,etlasagesse qui commande l’actionpe raisonnable et sait trouver la bonne solution. Pour de nombreux philosophes, rtEe:

l’expérience serait la source exclusive de
principes d’action. Parmi eux figure le philosophe anglais John Locke, le pa

fondateur de l’empirisme moderne.

Si l’on demande donc : « quand un homme commence-t-il à avoir des idées ? », je crois que la bonne réponse est : dès qu’il a une sensation. »

John Locke, Essai sur l’entendement humain (1690).

 HUME :

David Hume, né David Home (1711- 1776), philosophe, économiste et historien, est l’un des plus importants penseurs des Lumières écossaises (avec Adam Smith ) et est considéré comme l’un des plus grands philosophes et écrivains de langue anglaise3. Fondateur de l’empirisme moderne (avec Locke et Berkeley il s’opposa tout particulièrement à Descartes Son importance dans le développement de la pensée contemporaine est considérable .

Pour Hume la connaissance se construit sur le fait que nous généralisons ce que nous observons (C‘est une démarche inductive)
Toutes nos idées simples sont la copie d’une impression ; elles proviennent donc toutes de l’expérience :

“Ce qu’on n’a jamais vu, ce dont on n’a jamais entendu parler, on peut pourtant le concevoir; et il n’y a rien au-dessus du pouvoir de la pensée, sauf ce qui implique une absolue contradiction.

Mais, bien que notre pensée semble posséder cette liberté, nous trouverons, à l’examiner de plus près, qu’elle est réellement resserrée en de très étroites limites et que tout ce pouvoir créateur de l’esprit ne monte à rien de plus qu’à la faculté de composer, de transposer, d’accroître ou de diminuer les matériaux que nous apportent les sens et l’expérience. Quand nous pensons à une montagne d’or, nous joignons seulement deux  idées compatibles, or et montagne, que nous connaissions auparavant. Nous pouvons  concevoir un cheval vertueux; car le sentiment que nous avons de nous-mêmes nous  permet de concevoir la vertu; et nous pouvons unir celle-ci à la figure et à la forme d’une cheval, animal qui nous est familier. Bref, tous les matériaux de la pensée sont tirés  de nos sens, externes ou internes ; c’est seulement leur mélange et leur composition qui  dépendent de l’esprit et de la volonté. Ou, pour m’exprimer en langage philosophique , ainsi toutes nos idées ou perceptions plus faibles sont des copies de nos impressions, ou   perceptions plus vives.  

 

David Hume, Enquête sur l’entendement humain (1748), section II 

 

VALEUR DE L’EXPERIENCE

• Le temps n’est pas qu’une puissance d’usure et d’amoindrissement, car je peux toujours tirer quelque chose des jours qui passent : l’expérience est alors cette sédimentation en moi d’un passé me permettant de faire mieux et plus vite ce que j’accomplissais auparavant péniblement. « C’est en forgeant qu’on devient forgeron », disait Aristote : l’expérience me livre un savoir qui n’est pas dans les livres et qui ne s’enseigne pas.

• Mais cette expérience ne se réduit pas à la maîtrise technique d’un savoir-faire : un homme d’expérience, ce n’est pas seulement celui qui connaît son métier, mais aussi l’homme prudent qui s’est peu à peu instruit des affaires humaines.

LES LIMITES DE L’EMPIRISME

Le philosophe Russell (1872-1970),philosophe empiriste mais conscient des limites de l’empirisme utilise le destin tragique d’une dinde pour montrer que celui qui croit que l’expérience est la seule source de la connaissance se trompe :

« Une dinde arrive dans une ferme, est nourrie tous les jours à 9h. En bonne inductiviste elle recueille un grand nombre de données (jour, climat,…) pour établir une conclusion quant à l’heure des repas des dindes. Elle finit par conclure qu’elle est toujours nourrie à 9h du matin,… jusqu’à la veille de Noël où on lui tranche le cou. »

La dinde avait donc, à tort, pratiqué exclusivement la méthode inductive… et avait sans doute pensé que le fermier est à son égard bien intentionné puisque chaque jour il lui apporte du grain. Elle en a sans doute conclu que le retour quotidien d’une ration alimentaire gentiment apportée par le fermier est une « loi de la nature ». Mais bon…Les choses se sont passées autrement !

Ce que dit Russel c’est que nous ne pouvons nous reposer sur la seule expérience pour établir des certitudes indubitables. La nature, en effet, ne nous fournit pas la réponse à la question : « Pourquoi les lois sont-elles constantes ? » Sur ce point, ce sont Descartes et Kant qui ont raison. Si elle n’est pas éclairée par l’intelligence ni soutenue par le raisonnement, l’expérience ne nous fournit que des informations incertaines et foncièrement ambiguës. Car s’il y a bien une cause, celle que nous voyons n’est pas nécessairement « la cause ».nous ne pouvons donc pas affirmer que nous connaissons lacause de la cause, c’est-à-dire une loi de la nature.

La cause de la cause…

 

Pour Kant, si on peut démontrer aisément que si « toute notre connaissance débute par l’expérience, cela ne prouve pas qu’ « elle dérive toute de l expérience » .

 

 KANT : L’EMPIRISME NE SUFFIT PAS

Emmanuel Kant philosophe allemand (1724- 1804). Son œuvre est considérable et diverse

Que toute notre connaissance commence avec l’expérience, cela ne soulève aucun doute. En effet, par quoi notre pouvoir de connaître pourrait-il être éveillé et mis en action, si ce n’est par des objets qui frappent nos sens et qui, d’une part, produisent par eux-mêmes des représentations et d’autre part, mettent en mouvement notre faculté

intellectuelle, afin qu’elle compare, lie ou sépare ces représentations, et travaille ainsi la matière brute des impressions sensibles pour en tirer une connaissance des objets, celle qu’on nomme l’expérience ? Ainsi, chronologiquement, aucune connaissance ne précède en nous l’expérience, c’est avec elle que toutes commencent.

Mais si toute notre connaissance débute avec l’expérience, cela ne prouve pas qu’elle dérive toute de l’expérience, car il se pourrait bien que même notre connaissance par expérience fût un composé de ce que nous recevons des impressions sensibles et de ce que notre propre pouvoir de connaître (simplement excité par des impressions sensibles) produit de lui-même.

Emmanuel Kant, Critique de la Raison pure, 1787

X. EXPERIENCE SCIENTIFIQUE : L’EXPERIMENTATION

On l’appelle expérimentation pour la différencier de l’expérience commune.

Expérience commune

 

Due au hasard, au vécu subjectif d’une personne Aux circonstances de son existence.

L’expérience est un fait brut.

 

Expérimentation scientifique

Jamais due au hasard
On part d’une hypothèse et on fait une expérimentation dans un cadre théorique, ave des mesures…
Le fait expérimental est un fait construit, véri soumettre une théorie à l’épreuve des faits
Se fait en laboratoire
Il s’agit de simplifier les mécanismes naturel en restreignant les causes d’un phénomène po ne retenir que celles qui seront testées dans le protocole ; on compare ensuite les résultats obtenus lorsqu’on fait varier un paramètre donné.

Limites de l’expérience scientifique :

Alors que l’expérience sensible nous est donnée immédiatement, l’expérimentation, elle, est construite.
Elle suppose au préalable un travail théorique (par la raison) : elle n’a en science qu’une fonction de confirmation ou d’infirmation d’hypothèses théoriques

On pourrait alors soutenir, avec Karl Popper, que les sciences expérimentales ne reçoivent qu’un enseignement négatif de l’expérience: l’expérimentation est incapable de prouver qu’une théorie est vraie, elle pourra seulement montrer qu’elle n’est pas fausse, c’est-à-dire qu’on ne lui a pas encore trouvé d’exception. En d’autres termes, l’expérience a en science un rôle réfutateur de la théorie, qui n’est jamais entièrement vérifiable : c’est la thèse de la « falsifiabilité » des théories scientifiques.

  POPPER : L’EXPERIENCE FALSIFIABLE, CONDITION DU PROGRES SCIENTIFIQUE

Sir Karl Raimund Popper ( 1902 -1994) à Londres (Croydon), est l’un des plus influents philosophes des sciences du XXe siècle. Il critique la théorie vérificationniste de la signification et invente la réfutabilité comme critère de démarcation entre science et pseudo-science.

L’expérience scientifique est souvent conçue comme la vérification d’une théorie.
Les théories scientifiques sont provisoires dans la mesure où

elles peuvent être remises en cause. Leur validité est relative puisque toute théorie scientifique est « falsifiable », (Popper) car elle peut être contredite voire niée par une observation ou une expérimentation postérieure ou parallèle. Et c’est paradoxalement ce qui fait avancer la science

Qu’est-ce qu’une théorie scientifique ?

 

Le progrès de la science consiste en essais, en élimination des erreurs, et en de nouveaux essais guidés par l’expérience acquise au cours des essais et erreurs précédents. Aucune théorie particulière ne peut jamais être considérée comme absolument certaine : toute théorie peut devenir problématique, si bien corroborée qu’elle puisse paraître aujourd’hui. Aucune théorie scientifique n’est sacro-sainte ni au-dessus de toute critique. [… C’est la tâche du scientifique que de continuer toujours de soumettre sa théorie à de nouveaux tests, et que l’on ne doit jamais déclarer qu’une théorie est définitive. Tester consiste à choisir la théorie à tester, à la combiner avec tous les types possibles de conditions initiales comme avec d’autres théories, et à comparer alors les prédictions qui en résultent avec la réalité. Si ceci conduit au désaveu de nos attentes, à des réfutations, il nous faut alors rebâtir notre théorie. Le désaveu de certaines de nos attentes, à l’aide desquelles nous avons une fois déjà passionnément tenté d’approcher la réalité, joue un rôle capital dans cette procédure. On peut le comparer à l’expérience d’un aveugle qui touche, ou heurte, un obstacle et prend ainsi conscience de son existence. C’est à travers la falsification de nos suppositions que nous entrons en contact effectif avec la « réalité ». La découverte et l’élimination de nos erreurs sont le seul moyen de constituer cette expérience « positive » que nous retirons de la réalité.

Karl Popper, La Connaissance objective, « Appendice 1 » (1979 Éd. Flammarion)

EINSTEIN

 

“C’est en réalité tout notre système de conjectures qui doit être prouvé ou réfuté par l’expérience. Aucune de ces suppositions ne peut être isolée pour être examinée séparément. Dans le cas des planètes qui se meuvent autour du soleil, on trouve que le système de la mécanique est remarquablement opérant. Nous pouvons néanmoins imaginer un autre système, basé sur des suppositions différentes, qui soit opérant au même degré. Les concepts physiques sont des créations libres de l’esprit humain et ne sont pas, comme on pourrait le croire, uniquement déterminés par le monde extérieur. Dans l’effort que nous faisons pour comprendre le monde, nous ressemblons quelque peu à l’homme qui essaie de comprendre le mécanisme d’une montre fermée. Il voit le cadran et les aiguilles en mouvement, il entend le tic-tac, mais il n’a aucun moyen d’ouvrir le boîtier. S’il est ingénieux il pourra se former quelque image du mécanisme, qu’il rendra responsable de tout ce qu’il observe, mais il ne sera jamais sûr que son image soit la seule capable d’expliquer ses observations. Il ne sera jamais en état de comparer son image avec le mécanisme réel, et il ne peut même pas se représenter la possibilité ou la signification d’une telle comparaison. Mais le chercheur croit certainement qu’à mesure que ses connaissances s’accroîtront, son image de la réalité deviendra de plus en plus simple et expliquera des domaines de plus en plus étendus de ses impressions sensibles. Il pourra aussi croire à l’existence d’une limite idéale de la connaissance que l’esprit humain peut atteindre. Il pourra appeler cette limite idéale la vérité objective.”

Albert Einstein et Léopold Infeld L’évolution des idées en physique

CINEMA : MATRIX

« As-tu déjà fait un rêve qui te semblait plus vrai que la réalité? Si tu ne sortais plus de ce rêve, comment ferais-tu la différence entre le rêve et la réalité? » Morpheus à Neo « As-tu déjà fait un rêve qui te semblait plus vrai que la réalité? Si tu ne sortais plus de ce rêve, comment ferais-tu la différence entre le rêve et la réalité? » Morpheus à Neo

Film de science-fiction réalisé par les frères Andy et Larry Wachowski et sorti en 1999. Il est le premier volet d’une trilogie qui se poursuivra avec les films Matrix Reloaded et Matrix Revolutions.

RESUME :

Thomas Anderson, programmeur dans un

service administrateur, est également un grand pirate informatique connu sous le nom de Neo. Il est hanté par ses rêves, qui le forcent à se poser une question qu’il ne comprend pas : “Qu’est ce que la matrice ?”. Mais voilà qu’un jour, Thomas a une réponse à sa question. Il rencontre un dénommé Morpheus qui lui explique que le monde dans lequel il vit n’existe pas, que c’est un monde virtuel appellé la Matrice, contrôlée par des machines. Persuadé que Neo est l’Elu dont parle sa prophétie, Morpheus entame avec lui sa lutte contre la Matrice et

ses agents que rien ne semble pouvoir arrêter.
Le film exprime l’idée que les machines ont pris le pouvoir sur la Terre, et qu’elles nous cultivent. Capables de nous mettre au monde sans avoir besoin d’autres humains, elles créent des champs entiers d’humains et les contrôlent totalement. Pour acquérir ce contrôle, rien de plus simple : elles nous font croire que le monde dans lequel on vit est un monde irréprochable, une perfection illusoire qu’elles nous mettent devant les yeux. C’est ce monde idéal, créé de toutes pièces, qui est appellé Matrice. Le monde réel, quant à lui, est dévasté et une mince poignée de survivants tentent vainement de rétablir la liberté dont les hommes ne jouissent plus. Mais ça n’est pas si simple, car les humains n’ont aucune connaissance de ce fait, et surtout ils se complaisent dans ce monde imaginaire où ils se sentent bien et protégés, en sécurité.

« Bien sûr, je sais que ce steak n’existe pas. Je sais que lorsque je le porte à ma bouche, la Matrice dit à mon cerveau qu’il est juteux et délicieux. Mais au terme de neuf années, savez-vous ce que j’ai compris ? L’ignorance c’est le bonheur. »

« La plupart ne supporteraient pas d’être débranchés, certains sont tellement dépendants du système qu’ils iraient jusqu’à se battre pour le protéger. » Morpheus

http://www.vodkaster.com/Films/Matrix/27803
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