LA RELIGION

Photo G. Garcin

 

  • À quoi tient la force des religions ? 
  • L’homme est-il par nature un être religieux ? 
  • L’humanité peut-elle se concevoir sans religion ?
  • La religion est-elle essentielle à l’homme ?
  • La religion peut-elle n’être qu’une affaire privée ?
  • La religion unit-elle ou sépare-t-elle les hommes ?
  • La science peut-elle faire disparaître la religion ?
  • Les religions empêchent-elles les hommes de s’entendre ?
  • Peut-on expliquer la croyance religieuse sans la détruire ?
  • Est-il déraisonnable de croire en Dieu ?
  • La religion peut-elle se définir par sa fonction sociale ?

Extrait de Ridicule, de Patrice Leconte (1996)

La religion est un système de croyance qui repose sur deux liens : « vertical » entre les hommes et Dieu   et « horizontal »  entre une communauté d’hommes.   

La religion qualifie l’ensemble des croyances, dogmes et pratiques qui définissent les rapports de l’être humain avec le sacré ou la divinité, autrement dit, avec une forme de transcendance. On peut en effet, malgré la diversité des formes religieuses, dégager une constance, à savoir la croyance en une autre vie dans l’au-delà, à laquelle seuls auront accès les fidèles.

L’étymologie du mot « Religion » a deux sources principales :

Le verbe religare qui signifie attacher, relier : relier les hommes à dieu (vertical) et les hommes entre eux (horizontal). 

Le verbe religere qui signifie  se recueillir, réfléchir , revenir sur soi et qui renvoie la religion à la vie intérieure et se caractérise par la foi. 

le mot est repris par le christianisme, qui l’oppose à la superstition. 

Petit lexique du

Petit lexique du religieux…

 

Athée : celui qui croit en l’inexistence de Dieu.

Agnostique : celui qui doute de l’existence de Dieu, qui ne sait pas, ne se prononce pas sur son existence ou sa non-existence.

Hérétique : qui est entaché d’hérésie, qui professe ou soutient une hérésie, c’est-à-dire une doctrine contraire à la foi, condamnée par l’Eglise catholique (qui s’oppose donc directement à la vérité proposée par l’Église catholique comme révélée par Dieu). Par extension, toute doctrine aberrante au sein d’une religion quelconque.

Infidèle : celui qui n’a pas la foi

Impie : celui qui n’a pas de religion (qui n’a pas la piété)

Mécréant : celui qui ne croit pas = infidèle, impie, incroyant, incrédule

Profane (du latin profanus, m. s., de pro, devant, et fanum, temple) : celui qui n’était pas initié aux mystères, et qui, par conséquent, ne pouvait entrer dans l’enceinte sacrée ; celui qui est étranger aux choses de la religion ; par extension, ce qui est contraire à la religion établie ≠ sacré

Repères : Transcendant / immanent

Le transcendant, c’est ce qui dépasse ou est supérieur à une réalité donnée. Autrement dit, une chose est transcendante quand elle relève d’un degré de réalité supérieur, d’un autre ordre. C’est ce qui est au-dessus du monde ou des frontières connues.

L’immanent (du latin inmanere, qui signifie demeurer en), à l’inverse, désigne ce qui est compris dans la nature d’un être, qui ne nécessite pas l’appel à un principe supérieur. C’est ce qui relève du même degré ou du même niveau de réalité.

Nietzsche et la mort de Dieu

 Dans cet extrait d’Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche affirme que les hommes ne sont pas prêts à assumer la mort de Dieu, c’est-à-dire à créer leurs propres valeurs et à devenir des surhommes. Ce qui compte pour Nietzsche, ce n’est pas tant d’abattre des idoles que de « briser l’idolâtre  qui est en nous » : il faut du courage pour surmonter le désir de Dieu.

Nietzsche par E.Munch

Le dément  

— N’avez-vous pas entendu parler de ce dément qui, dans la clarté de midi, alluma une lanterne, se précipita au marché et cria sans discontinuer : « Je cherche Dieu ! Je cherche Dieu ! » — Étant donné qu’il y avait justement là beaucoup de ceux qui ne croient pas en Dieu, il déchaîna un énorme éclat de rire. S’est-il donc perdu ? disait l’un. S’est-il égaré comme un enfant ? disait l’autre. Ou bien s’est-il caché ? A-t-il peur de nous ? S’est-il embarqué ? A-t-il émigré ? — ainsi criaient-ils en riant dans une grande pagaille. Le dément se précipita au milieu d’eux et les transperça du regard.

« Où est passé Dieu ? lança-t-il, je vais vous le dire ! Nous l’avons tué — vous et moi ! Nous sommes tous ses assassins ! Mais comment avons-nous fait cela ?(…) Dieu est mort ! Dieu demeure mort ! Et nous l’avons tué ! Comment nous consolerons-nous, nous, assassins entre les assassins ? Ce que le monde possédait jusqu’alors de plus saint et de plus puissant, nos couteaux l’ont vidé de son sang — qui nous lavera de ce sang ? Avec quelle eau pourrions-nous nous purifier ? Quelles cérémonies expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer ? La grandeur de cet acte n’est-elle pas trop grande pour nous ? Ne nous faut-il pas devenir nous-mêmes des dieux pour apparaître seulement dignes de lui ? Jamais il n’y eut acte plus grand — et quiconque naît après nous appartient du fait de cet acte à une histoire supérieure à ce que fut jusqu’alors toute histoire ! »

— Le dément se tut alors et considéra de nouveau ses auditeurs : eux aussi se taisaient et le regardaient, déconcertés. Il jeta enfin sa lanterne à terre : elle se brisa et s’éteignit.

« Je viens trop tôt, dit-il alors, ce n’est pas encore mon heure. Cet événement formidable est encore en route et voyage — il n’est pas encore arrivé jusqu’aux oreilles des hommes. La foudre et le tonnerre ont besoin de temps, la lumière des astres a besoin de temps, les actes ont besoin de temps, même après qu’ils ont été accomplis, pour être vus et entendus. Cet acte est encore plus éloigné d’eux que les plus éloignés des astres — et pourtant ce sont eux qui l’ont accompli. »(…)

I. Dieu des philosophes contre

  1.  Le dieu des philosophes

« Le dieu des philosophes » est un dieu qui n’est pas objet de  foi.

La philosophie a besoin de Dieu pour savoir.  

Si l’on  veut connaître en chaque chose ce qu’elle a de nécessaire, ce qui l’ a déterminé à être ce qu’elle est, c’est-à-dire sa cause, on a besoin de dieu !.

Le dieu des philosophes est donc celui qui donne une solution au problème de l’origine. 

Dieu sera   ce qui rend pensable le reste de la série des causes. 

Pour Aristote « il faut bien qu’il y est quelque cause initiale et première du mouvement, et l’on ne peut aller à l’infini ». Dieu sera donc cette première cause qui donne solution au problème de la série des causes. 

Dieu est la cause de ce qui suit, sans être lui-même causé car s’il y avait une cause à dieu il faudrait rechercher les causes à l’infini. D’où la définition que Descartes ou Spinoza donne de Dieu comme cause première de lui-même  ou « cause de soi ou cause de lui-même ». (un peu la même chose que le big-bang que pour l’instant on ne sait expliquer que par lui-même)

 Mais que reste-t-il de divin en Dieu si Dieu n’est plus qu’une première cause incorporée au monde ?

C’est la théologie rationnelle pour qui les arguments échangés ne procèdent pas de la foi mais de la raison.

Le dieu des philosophes  n’est pas seulement le premier terme logique destiné à clore la série des causes mais aussi un créateur calculateur dont la nécessité donne sens à la contingence du monde. 

Si Dieu a créé ce monde, les imperfections de ses créatures ne peuvent-elles lui être reprochées ? Et Dieu n’est-il pas alors responsable de l’existence du mal ? C’est la question que pose le Candide de Voltaire.

Ce n’est plus ici un dieu auquel on pourrait croire. On n’est plus dans l’ordre de la foi ou d’une croyance possible. C’est un dieu qui n’a plus rien de religieux.

 

En opposition à ce Dieu, il y a celui de Blaise Pascal

Blaise Pascal (1623-1662)et le dieu du cœur

Contre le dieu des philosophes

 

Croyant fervent, Pascal compose ses Pensées dans le but de défendre la foi chrétienne. Il vise particulièrement   Descartes, qui remplace le Dieu de la Bible par un « dieu des philosophes »  : « Je ne puis pardonner à Descartes ; il aurait bien voulu, dans toute sa philosophie, pouvoir se passer de Dieu ; mais il n’a pu s’empêcher de lui faire donner une chiquenaude, pour mettre le monde en mouvement. » (Br. 77/ La. 1001). 

La religion ne se réduit pas à Dieu, mais à tout un ensemble de dogmes et de pratiques qui relient l’homme à l’invisible.

 Puisque la raison n’est pas en position de décider de l’existence de Dieu, ce n’est pas à elle que Dieu s’adresse mais au cœur : « c’est le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison » Pensées 278

  Ainsi la religion   s’adresse au cœur et perd toute signification quand elle tombe dans cette impasse philosophique qui est la recherche de preuves.

Pour Pascal, notre rapport à Dieu n’est religieux  que dans la mesure même de l’absence de Dieu, de sa non-manifestation. Dieu s’est voulu caché. C’est un dieu que l’aveuglement des hommes ne mérite pas. Le dieu de Pascal est un dieu de l’inquiétude, jamais absent au point que son inexistence soit établie mais parcimonieux dans ses manifestations dans la mesure de l’indignité des hommes. 

Si Dieu est tragique chez Pascal : c’est parce que sa présence est incertaine.

C’est à partir de cette incertitude que Pascal pose la question du Pari : « examinons ce point est disons : « Dieu est, ou il n’est pas » mais de quel côté pencherons-nous ? 

Le pari de Pascal

Pascal, passage du pari

Dieu est, ou il n’est pas. Mais de quel côté pencherons-nous ? La raison n’y peut rien déterminer : il y a un chaos infini qui nous sépare. Il se joue un jeu, à l’extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile. Que gagerez-vous ? Par raison, vous ne pouvez faire ni l’un ni l’autre ; par raison, vous ne pouvez défendre nul des deux. Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix ; car vous n’en savez rien.

— « Non; mais je les blâmerai d’avoir fait, non ce choix, mais un choix ; car, encore que celui qui prend croix et l’autre soient en pareille faute, ils sont tous deux en faute : le juste est de ne point parier ».

— Oui ; mais il faut parier ; cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqué. Lequel prendrez-vous donc ? Voyons. Puisqu’il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins. Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien et deux choses à engager : votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude, et votre nature a deux choses à fuir : l’erreur et la misère. Votre raison n’est pas plus blessée, en choisissant l’un que l’autre, puisqu’il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte en prenant choix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagnez donc qu’il est, sans hésiter.[…]                                                                                                           

Et ainsi, notre proposition est dans une force infinie, quand il y a le fini à hasarder à un jeu où il y a pareils hasards de gain que de perte, et un infini à gagner. Cela est démonstratif ; et si les hommes sont capables de quelque vérité, celle là l’est.

En (plus) clair 

Pascal propose à l’athée le pari suivant : “Dieu est ou il n’est pas. Mais de quel côté pencherons-nous ? La raison n’y peut rien déterminer; il y a un chaos infini qui nous sépare. …“.

L’objection consisterait à refuser de parier.

Mais Pascal rétorque que nous n’avons pas la liberté de nous abstenir de parier, puisque notre vie éternelle dépend du choix que nous aurons fait : “Cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqué … Votre raison n’est pas plus blessée en choisissant l’un que l’autre, puisqu’il faut nécessairement choisir”.  

Dès lors, supposons que nous ayons parié pour l’existence de Dieu : “Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est, sans hésiter”. 

L’existence de Dieu n’est pas démontrable rationnellement   elle ne peut être  que l’objet d’une intuition. La raison construit des raisonnements mais ne peut pas tout démontrer . Contre Descartes, Pascal affirme que considérer que la raison peut trouver l’existence de Dieu c’est ne pas avoir conscience de la limite de la raison humaine.

C’est par le cœur pour Pascal, c’est-à-dire par l’intuition que cel est possible. C’est ce que Pascale appelle la révélation : C’est-à-dire que je ne peux pas démontrer l’existence de Dieu mais j’ai l’intuition de cette existence.

Mais affirmer que ce que je crois ne peut pas être démontré, c’est cheminer vers le dogmatisme(Le dogmatisme c’est quand je refuse de soumettre mes idées à la discussion, au doute tellement j’y crois fermement)

Ce qui voudrait dire qu’il y aurait des vérités qui  échapperaient à toute forme de démonstration. Pour Pascal existence de Dieu est une vérité qui échappe à la démonstration. C’est la démarche d’un croyant mais le danger c’est le dogmatisme.

II. Qu’est-ce que croire ? Pourquoi croire ?

La foi :

Dans le premier livre de la Bible (la Genèse), Dieu promet à Abraham une longue descendance. Mais Sarah, sa femme, est stérile. Elle tombe pourtant enceinte et accouche d’Isaac. Plus tard, Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils unique. Ce commandement semble absurde : il contredit la promesse de la descendance. Cependant Abraham obéit : il immolerait Isaac, son propre fils, si un ange ne retenait son bras meurtrier.

Kierkegaard, dans Crainte et Tremblement, déduit de cette histoire qu’Abraham est le modèle de l’homme de foi  car il croit en dépit de sa raison ou plutôt : il croit « en vertu de l’absurde ». L’homme réellement religieux, c’est l’homme qui possède la foi. Mais comme l’explique Kierkegaard, la Foi est une sorte de saut dans l’irrationnel : “Credo quia absurdum” (“Je crois parce que c’est absurde”).

III. Les philosophes du soupçon

Pour eux :

  • La croyance  est une  illusion rassurante mais aliénante :
  • Ce sont les hommes qui ont créé dieu
  • Pour certains, le progrès entrainera disparition de la religion

Texte 1 : Freud, L’ Avenir d’une illusion 1927

 

« Les idées religieuses, qui professent d’être des dogmes, ne sont pas le résidu de l’expérience ou le résultat final de la réflexion : elles sont des illusions, la réalisation des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l’humanité ; le secret de leur force est la force de ces désirs. Ainsi l’impression terrifiante de la détresse infantile avait éveillé le besoin d’être protégé – protégé en étant aimé – besoin auquel le père a satisfait ; la reconnaissance du fait que cette détresse dure toute la vie a fait que l’homme s’est cramponné à un père, à un père cette fois plus puissant. L’angoisse humaine en face des dangers de la vie s’apaise à la pensée du règne bienveillant de la Providence divine, l’institution d’un ordre moral de l’univers assure la réalisation des exigences de la justice, si souvent demeurées irréalisées dans les civilisations humaines, et la prolongation de l’existence terrestre par une vie future fournit les cadres de temps et de lieu où ces désirs se réaliseront. Des réponses aux questions que se pose la curiosité humaine touchant ces énigmes : la genèse de l’univers, le rapport entre le corporel et le spirituel, s’élaborent suivant les prémisses du système religieux. Et c’est un formidable allégement pour l’âme individuelle que de voir les conflits de l’enfance émanés du complexe paternel – conflits jamais entièrement résolus -, lui être pour ainsi dire enlevés et recevoir une solution acceptée de tous ».

         

EN (PLUS ) CLAIR…

En (plus) clair 

Première idée :   la religion n‘a rien à voir avec une quelconque forme de savoir, de connaissances.

En effet on considère habituellement que la connaissance humaine n’a que deux sources de provenance possible ou bien la connaissance est le produit de l’expérience ou bien elle est le résultat de la réflexion c’est-à-dire du raisonnement intellectuel fondée sur la logique.

C’est la distinction classique   entre partisans de l’expérience (on apprend par nos sens)et partisans du rationalisme  qui considère   que c’est seulement par la déduction logique et rationnelle qu’on peut accéder à la vérité.

Or pour Freud la religion ne repond ni à l’une, ni  à l’autre : elle n’est pas le résidu de l’expérience (pas de rapport immédiat avec l’objet divin  par l’intermédiaire de nos sens) mais elle n’est pas non plus le résultat final de la réflexion.

La religion on ne peut faire l’objet d’une démonstration de sorte que pour Freud la religion ne relève en aucun cas du champ du savoir et de   la connaissance mais de la seule sphère de la croyance.  Or croyances et connaissances sont deux notions  généralement considérées comme adverses.

On se situe soit du côté de la croyance soit du côté de la connaissance soit dans le camp de la foi soit dans le camp du savoir

 

Pour Freud, Dieu est une illusion : il est une invention de l’esprit humain, une création imaginaire et symbolique des hommes. Freud se place en tant que clinicien.

pour lui, la religion  doit d’abord s’analyser comme symptôme et comme résultat d’une activité psychique. La préoccupation de Freud n’est pas ici de disqualifier la pensée religieuse mais d’en découvrir les racines humaines  et psychiques                                   

         Alors que faut-il entendre exactement dans ce terme d’ illusion pour qualifier  la pensée religieuse ?

est-ce que cela veut dire que le fait  de croire en Dieu serait le symptôme d’une pathologie mentale ?   

Lorsque Freud parle de Dieu et de la religion comme d’une ’illusion, il parle d’une illusion Structurante, constitutive. Dieu serait l’enfant des hommes au lieu que les hommes soient les enfants de Dieu :    l’enfant de leur esprit.    c’est le psychisme humain qui enfante une idée de Dieu . Les hommes ont créé Dieu et non l’inverse, ils ont créé un être suprême tout-puissant et créateurs de L’univers, garant du salut des hommes   en raison de leur incapacité à assumer seul les vicissitudes de la vie et l’angoisse de la mort.

c’est Dieu qui nous rassure de sa présence dans les épreuves et les drames de la vie terrestre, c’est Dieu qui nous console de la mort, la nôtre et celle de nos proches par la promesse du salut éternel Une vie après la mort , une existence par-delà la mort physique

c’est aussi Dieu qui fournit la réponse au mystère de la création de l’univers, de l’apparition des hommes sur Terre et qui nous assure une justice céleste quand la vie terrestre n’est rien d’autre qu’iniquité et corruption.  En somme Dieu, c’est le père idéal des peuples , idéal au sens philosophique du terme (l’esprit par opposition à la matière),  père dans la mesure où sa fonction et sa responsabilité sont analogues à celle de l’amour et la protection, l’affection et la puissance paternelles.

La religion réalise les désirs les plus anciens, les plus forts   de l’humanité : désir d’être protégé,  d’être rassuré, désir d’être accompagné dans ce tunnel noir de la terreur qui conduit à la mort par un autre qu’on hésite pas précisément à symbolisée par la lumière 

L’enfant avait besoin  du père puisque l’enfant est celui qui se trouve dans l’incapacité constitutif  de se maintenir dans l’existence par ses propres moyens aussi bien sur le plan physique et matériel que sur le plan psychologique et affectif.  l’adulte c’est celui qui a atteint l’âge de l’autonomie physique et matériel,  de l’indépendance psychologique et affective mais toujours amputé de la main et de l’épaule métaphysique qu’il recherche plus que tout pour l’accompagner, le consoler dans l’épreuve de la mort physique   et pour lui faire caresser l’espoir d’une existence poste terrestre.

Texte 2 :  Karl Marx et la religion

« La religion est le soupir de la créature accablée, le cœur d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit d’une époque sans esprit. Elle est  l'”opium du peuple”   

La misère religieuse est, d’une part, l’expression de la misère réelle, et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses sans esprit. Elle est l’opium du peuple.

Le bonheur réel du peuple exige que la religion soit supprimée en tant que bonheur illusoire du peuple. Exiger qu’il renonce aux illusions concernant son état, c’est exiger qu’il soit renoncé à un état qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée de larmes, dont la religion est l’auréole.

La critique a effeuillé les fleurs imaginaires qui couvraient la chaîne, non pas pour que l’homme porte la chaîne sans fantaisie ni consolation, mais pour qu’il brise la chaîne et cueille la fleur vivante. La critique de la religion désillusionne l’homme pour qu’il pense, agisse, façonne sa réalité comme un homme désillusionné, parvenu à la raison, pour qu’il gravite autour de lui-même et par suite autour de son véritable soleil. La religion n’est que le soleil illusoire qui tourne autour de l’homme, tant qu’il ne tourne pas autour de lui-même.

L’histoire a donc pour tâche, une fois que l’au-delà de la vérité s’est évanoui, d’établir la vérité de l’ici-bas. C’est en premier lieu la tâche de la philosophie, qui est au service de l’histoire, une fois démasquée la forme sacrée de l’aliénation de l’homme par lui-même, de démasquer cette aliénation sous ses formes profanes. La critique du ciel se transforme ainsi en critique de la terre, la critique de la religion en critique du droit, la critique de la théologie en critique de la politique. »

Nier la religion, ce bonheur illusoire du peuple, c’est exiger son bonheur réel. Exiger qu’il abandonne toute illusion sur son état, c’est exiger qu’il renonce à un état qui a besoin d’illusions. La critique de la religion contient en germe la critique de la vallée de larmes dont la religion est l’auréole. […] La critique du ciel se transforme ainsi en critique de la terre, la critique de la religion en critique du droit, la critique de la théologie en critique de la politique.

* Karl Marx, Introduction à la Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel (1843), traduction Olivier Tinland.

En (plus) clair…

Pour Marx la religion est « l’opium du peuple, le cœur d’un monde sans cœur ». La religion est  un dérivé des rapports de force économiques qui permet à la bourgeoisie de faire accepter le monde tel qu’il est à la classe exploitée, le prolétariat.

Opium =drogue = palliatif  qui va permettre de faire disparaître artificiellement la douleur. Pour Marx , un texte comme par exemple les béatitudes qui dit : » ! heureux les simples d’esprit », » heureux les pauvres », » heureux ceux qui souffrent d’injustice car leur récompense dans le ciel sera immense ».

Donc Plus vous souffrez sur terre et plus vous serez heureux dans le ciel. Plus  vous serez humilié sur terre, plus vous serez heureux dans le ciel….

Marx dénonce ici ce qu’il considère être une gigantesque supercherie qui vise à faire accepter à l’écrasante majorité de la population un ordre social injuste qui les exploite.Pour Marx La religion est le meilleur allié des capitalistes, le meilleur allié du bourgeois, le meilleur allié des exploiteurs.               

Texte 3 : Nietzsche, Ecce homo, Pourquoi je suis un destin, § 8.

« La notion de « Dieu »  a été inventée comme antithèse de la vie – en elle se résume, en une unité épouvantable, tout ce qui est nuisible, vénéneux, calomniateur, toute haine de la vie. 

La notion d’« au-delà», de « monde-vrai » n’a été inventée que pour déprécier le seul monde qu’il y ait – pour ne plus conserver à notre réalité terrestre aucun but, aucune raison, aucune tâche ! 

La notion d’« âme », d’« esprit » et, en fin de compte, même d’« âme immortelle », a été inventée pour mépriser le corps, pour le rendre malade – « sacré » – pour apporter à toutes les choses qui méritent le sérieux dans la vie – les questions d’alimentation, de logement, de régime intellectuel, les soins à donner aux malades, la propreté, le temps qu’il fait – la plus épouvantable insouciance ! Au lieu de la santé, le « salut de l’âme » – je veux dire une folie circulaire qui va des convulsions de la pénitence à l’hystérie de la rédemption ! 

La notion de « péché », a été inventée en même temps que l’instrument de torture qui la complète, la notion de « libre arbitre », pour brouiller les instincts, pour faire de la méfiance à l’égard des instincts une seconde nature. »

Nietzsche, Ecce homo, Pourquoi je suis un destin, § 8.

Pour Nietzsche, ce sont les faibles qui ont inventé Dieu ; grâce à la religion, ile écrasent les forts par des dogmes, des lois, de la culpabilité

La religion est l’ennemie de la vie, déprécie  la réalité puisque ce qui compte, c’est après …Suivra le célèbre « Dieu est mort » annonce d’une nouvelle ère

L’enjeu de la philosophie de Nietzsche est de   penser l’homme à partir de lui-même, et non plus à partir de Dieu.

Cette citation est tirée de l’oeuvre  Ainsi parlait Zarathoustra , qui se présente comme un Antéchrist, c’est-à-dire une Bible à l’envers. Le livre raconte l’épopée de Zarathoustra, lequel a la mission d’annoncer aux hommes la venue du Surhomme et de les libérer des préceptes divins, faux et illusoires.

Lorsque je vins pour la première fois parmi les hommes, je fis la folie du solitaire, la grande folie: je me mis sur la place publique. Et comme je parlais à tous, je ne parlais à personne. Mais le soir des danseurs de corde et des cadavres étaient mes compagnons; et j’étais moi−même presque un cadavre. Mais, avec le nouveau matin, une nouvelle vérité vint vers moi: alors j’appris à dire: “Que m’importe la place publique et la populace, le bruit de la populace et les longues oreilles de la populace!”Hommes supérieurs, apprenez de moi ceci: sur la place publique personne ne croit à l’homme supérieur. Et si vous voulez parler sur la place publique, à votre guise! Mais la populace cligne de l’oeil: “Nous sommes tous égaux.” “Hommes supérieurs,—ainsi cligne de l’oeil la populace,—il n’y pas d’hommes supérieurs, nous sommes tous égaux, un homme vaut un homme, devant Dieu—nous sommes tous égaux!”Devant Dieu!—Mais maintenant ce Dieu est mort. Devant la populace, cependant, nous ne voulons pas être égaux. Hommes supérieurs, éloignez−vous de la place publique! […] Hommes supérieurs! Maintenant seulement la montagne de l’avenir humain va enfanter. Dieu est mort: maintenant nous voulons—que le Surhumain vive

 

Dieu, selon Nietzsche, est incompatible avec la dignité de l’homme, avec l’affirmation de la vie. Dieu, et son fils le Christ, sont synonymes de souffrance et de mort (le pôle Dionysiaque). Or, l’homme est affirmation de la vie (le pôle apollinien). L’homme ne peut donc se poser qu’en s’opposant à Dieu. La mort de Dieu est la condition de la libération de l’homme:

 La mort de Dieu ne constitue pas une fin, c’est le début de la transformation humaine. L’homme est un pont, une corde entre le sous-homme et le surhomme. Cette construction s’effectue en trois étapes, trois phases durant laquelle l’homme se dépouille peu à peu de ses anciennes croyances subies et erronées pour en inventer de nouvelles :

– le chameau : phase d’accumulation de connaissances, sans réflexion

– le lion : phase de destruction de l’ensemble de la connaissance, de ce que l’on tenait pour vrai

– l’enfant : renaissance ex nihilo, à partir de rien. Phase de création pure de nouvelle connaissance et d’une nouvelle morale.

L’homme, sans Dieu, ne reçoit plus aucune instruction. Il pose pour réel ce qu’il croit être réel. Il ne reçoit plus de morale toute faite, à appliquer, il l’a construit entièrement : est bon ce que je désire.

Monstre de volonté et de domination, être qui sait rire, être méchant, l’homme nietzschéen fait face à la populace pour s’affirmer comme un être supérieur, qui n’hésite pas à lutter pour la domination. Seul et sans repère, l’homme devient alors surhomme.

Le surhomme de Nietzsche

IV. De l'existence de

Il existe des religions sans dieu : Le bouddhisme par exemple.

« Les bouddhistes ne sont pas athées, pour la raison très simple que la notion de Dieu leur semble totalement inconcevable. Pour eux, un être “personnel” est forcément un “individu”, il existe donc nécessairement au milieu d’autres individus et dépend d’eux, comme ils dépendent de lui. L’absolu, s’il existe, ne peut tout simplement pas être “personnel”. S’il l’était, il existerait dans cette situation d’interdépendance et, par là même, ne serait donc plus “absolu”. »24

Mais   la majorité des religions font appel à une ou plusieurs divinités.  Alors Dieu existe ou pas ? Voulez-vous parier ? 

  1. L’argument de Pascal (le pari)

Voir ci-dessus

2/ L’argument de René Descartes (17°)

Le sentiment d’infini dans un être fini est une preuve de l’existence de Dieu :

Comment un être fini pourrait-il avoir le sentiment de l’infini ?

 Descartes se base sur un principe physique : la cause suffisante. Un  effet doit avoir au moins une cause aussi puissante que lui.

C’est de cet argument sur les rapports entre la cause et l’effet que Descartes déduit l’existence de Dieu. Si l’idée de Dieu est en moi, Dieu existe ; car seule une cause parfaite, Dieu lui-même, peut être à l’origine de cet effet parfait : l’idée de Dieu.

Je ne peux avoir forgé moi-même cette idée (auquel cas, Dieu n’existerait pas), car cela voudrait dire qu’une cause imparfaite est à l’origine d’un effet parfait.

Cette idée d’infini (de perfection) que je porte en moi, je n’en suis pas à l’origine. C’est Dieu qui a fait naître en moi des idées dont je ne suis pas la cause.

Les hommes se considèrent imparfaits par rapport à une idée de perfection qui ne vient pas d’eux. L’idée de perfection n’a pas une origine humaine mais divine.

Il faut nécessairement conclure que Dieu existe ; car je n’aurais pas l’idée d’une substance infinie, moi qui suis un être fini, si elle n’avait été mise en moi par quelque substance qui fût véritablement infinie.

Emission sur Descartes et l’existence de Dieu

Les arguments de Spinoza

Baruch Spinoza, 1632 à Amsterdam-mort  en 1677 à La Haye)

Né dans une famille de négociants juifs d’origine portugaise, installée aux Pays-Bas à la fin du 16e siècle ou au début du 17e.

 Spinoza a appris le latin – langue dans laquelle étaient écrites toutes les œuvres importantes de l’époque – et a fait la découverte de la philosophie de Descartes  mais  progressivement, ses propres idées ont pris forme, et l’ont amené à prendre ses distances avec la religion : en 1656, il a fait l’objet d’un herem, d’une excommunication de la part de la communauté juive d’Amsterdam ; cette condamnation l’a amené à quitter Amsterdam. Parallèlement à ses activités de philosophe, il est devenu polisseur de lentilles, ce qui a dû contribuer, à cause de la poussière occasionnée, à le rendre de santé fragile.

 

Dans son   Traité théologico-politique,  Spinoza   réclame la liberté de penser et  attend de l’Etat le contrôle ferme des institutions religieuses pour les empêcher d’opprimer les citoyens. 

Spinoza vit au moment de la grande révolution scientifique de Kepler et Galilée, où l’on découvre que les lois mathématiques expliquent le monde physique. C’est aussi le siècle ou les libertins luttent contre la toute puissante religion.

Pour Spinoza, Dieu, c’est la Nature. Donc l’inexistence de Dieu reviendrait à nier l’existence de la Nature. Et la Nature est cause première d’elle-même et elle est  toute entière cause de ce que nous sommes. 

A partir de cette substance infinie, toute chose existante est causée par cette première cause incausée qu’est la Nature. Tout en découle sur le mode des causes et des effets. 

Il n’est plus question pour Spinoza de souscrire à l’image grotesque d’un Dieu vengeur, prédicateur, qui nous observerait d’en haut et qui serait habité en lui-même des attributs humains et de leurs affections ou passions.

Dieu existant nécessairement, tout ce qui découle de la substance infinie se trouve par-là même entièrement justifié, par conséquent, l’existence même de la Nature nous interdit de douter de l’existence ou non de tout ce qui existe en ce monde, de nous-mêmes comme des choses qui nous entourent : « Dieu est cause de l’être des choses. » 

« Dans la nature, il n’y a donc rien de contingent ; mais toutes choses sont déterminées par la nécessité de la nature divine à exister et à produire un effet d’une certaine façon. » (p. 338) 

Le libre-arbitre cartésien, ainsi que sa contingence, n’a plus sa place dans la logique spinoziste

La Nature Naturante et de la Nature Naturée. 

La Nature Naturante représente Dieu en tant qu’il est une « cause libre » (p. 339), il s’agit des attributs de la substance exprimant une essence éternelle et infinie, donc Dieu lui-même. La Nature Naturée représente tout ce qui découle de la Nature Naturante,

Pour faciliter les choses, nous pouvons dire que la Nature Naturante permet l’existence et produit la Nature Naturée, c’est-à-dire tout ce qui existe en ce monde.

Ce qu’il y a d’original dans la preuve de l’existence de Dieu, chez Spinoza,   la preuve de la permanence de Dieu, est dans l’éternité de ses « décrets ». Ce qui revient à dire que les lois de ce monde, physiques et morales, sont assurées éternellement par Dieu, sans qu’aucun changement de nature ne puisse jamais intervenir.

La substance divine échappe au temps ; elle n’a jamais connu ni d’antécédent, ni ne connaîtra de précédent ; par conséquent, tout changement de la substance paraît rigoureusement impossible On pourrait penser, en lisant Spinoza, que son éternité et sa permanence en la Nature Naturante, pourrait induire par-là même une forme de fatalité du destin. Il apporte ici un éclairage étonnant sur cette question qui réjouira Diderot dans les aventures trépidantes de Jacques le Fataliste : non, Dieu n’est pas en lui-même soumis au destin, pour la raison qu’il a été défini comme étant une « cause libre » et que, par ce fait, il reste indéterminé et étranger par son essence au destin tel que nous l’entendons à l’échelle des modes.

Les hommes se croient libres de désirer parce qu’ils ignorent tout des causes qui les déterminent à désirer !les hommes ne s’orientent que dans le sens de l’utilité, d’une fin qui leur est sommairement utile. Cette orientation leur est très aisée puisqu’elle ne nécessite pas d’en approfondir les causes, mais de s’en remettre à l’usage de la vue, de leurs dents pour mâcher, des végétaux et des animaux pour se nourrir, du soleil pour s’éclairer, de la mer pour pêcher, etc., ce qui revient à faire de la Nature un pur et simple moyen en vue d’une fin

Seulement, cette logique utilitariste comprise par la Nature Naturée et par la Nature Naturante, qui la précède, a fait croire aux hommes qu’un Dieu avait ainsi orchestré ces bienfaits dans le sens de leurs contentements, et que ce Dieu, a priori bienveillant, avait de ce fait nécessairement pris leur parti. L’homme s’arrogeant ainsi l’orgueil sans limites de son Créateur… Au point même, que, face aux grandes misères que peut connaître l’humanité, du fait des éléments naturels parfois déchaînés, tremblements de terre, tempêtes, bouleversements climatiques, pourrait-on dire aujourd’hui, épidémies, etc., l’homme s’est imaginé un Dieu susceptible de lui envoyer sa foudre divine comme pour le punir de quelques mauvaises actions propres à ses actes ou à sa condition. Et même si le fait que ces ravages ne frappent autant l’impie que l’homme le plus vertueux, les hommes n’ont pas daigné s’apercevoir que le mal frappait en ce monde malgré le bon ou le mauvais, et que, par conséquent, la volonté divine en était par-là même disqualifiée dans ses prétendues intentions punitives…

Spinoza va donc ici établir superbement l’inexistence pure et simple de toute finalité de la Nature : « (…) la Nature n’a aucune fin qui lui soit d’avance fixée, et [que] toutes les causes finales ne sont que des fictions humaines (…) » Présumer l’hypothèse d’une finalité de la Nature, serait également considérer que Dieu serait détenteur d’un dessein, donc d’un désir… Nous en revenons ici à un amalgame propre aux religions que de faire imaginer à l’homme l’existence d’un Dieu à son image et doté de ses propres passions. Vision pour le moins grossière et vulgaire de Dieu, nous dit-il. En tous les cas, le Dieu de Spinoza n’existe qu’à l’état de substance, d’essence, de puissance, et non sous une forme bêtement anthropomorphe… L’anthropomorphisme n’étant qu’un trait proprement spontané et primaire de notre faculté d’imagination qui nous pousse fréquemment à nous apercevoir nous-mêmes, en tant qu’espèce, à travers un nuage, un brouillard, ou d’en soumettre également l’image que nous projetons sur Dieu. Tout ceci s’avère bien trop simpliste et grossier pour la haute exigence que se fait Spinoza de l’usage rigoureux de l’entendement humain.

Dieu n’est pas un être humain ; il ne peut donc désirer. Une même forme d’interprétation fautive et emplie de préjugés, sinon de magies, consiste à attribuer à un événement fortuit, une détermination morale. La rencontre hasardeuse d’une tuile soufflée par une rafale et celle d’un homme, qui passait en contrebas, et qui s’en trouve par-là même tué.  

Cette question touchant de près le problème du hasard et de la superstition : « Si, par exemple, une pierre est tombée d’un toit sur la tête de quelqu’un et l’a tué, ils démontreront que la pierre est tombée pour tuer l’homme, de la façon suivante : Si, en effet, elle n’est pas tombée à cette fin par la volonté de Dieu, comment tant de circonstances (souvent, en effet, il faut un grand concours de circonstances simultanées) ont-elles pu concourir par hasard ? Vous répondrez peut-être que c’est arrivé parce que le vent soufflait et que l’homme passait par là. Mais ils insisteront : Pourquoi le vent soufflait-il à ce moment-là ? Pourquoi l’homme passait-il par là à ce même moment ? Si vous répondez de nouveau que le vent s’est levé parce que la veille, par un temps encore calme, la mer avait commencé à s’agiter, et que l’homme avait été invité par un ami, ils insisteront de nouveau car ils ne sont jamais à court de questions : Pourquoi donc la mer était-elle agitée ? Pourquoi l’homme a-t-il été invité à ce moment-là ? et ils ne cesseront ainsi de vous interroger sur les causes des causes, jusqu’à ce que vous vous soyez réfugié dans la volonté de Dieu, cet asile de l’ignorance » (p. 350) 

La volonté de Dieu, comme un asile de l’ignorance !… Cela mérite d’être consigné dans les annales philosophiques ! Si, comme le dit Nietzsche, la tâche principale de la philosophie est de « nuire à la bêtise », Spinoza en est bien un illustre prédécesseur…Le hasard n’est donc chez Spinoza l’effet d’aucune magie, d’aucun sortilège divin ; il n’est que la conjonction hasardeuse entre deux événements distincts qui finissent par un stupéfiant concours de circonstances par se rencontrer. Que la probabilité en soit mince ou exceptionnelle, peu importe : le hasard se produit s’il doit se produire ; il n’obéit à aucun ordre, à aucune volonté divine. L’homme jouit d’un orgueil à ce point disproportionné, qu’il se croit toujours au centre des événements ; ceux-ci se produisent donc pour ainsi dire uniquement pour lui… Orgueil bien déplacé, pour une Nature qui n’a que faire de ses préjugés.

Nous sommes tous sujets la superstition et nous confondons volontairement religion et superstitions et oscillons en permanence entre la crainte et l’espoir. Et nous cherchons dans la nature, les présages d’un futur qui nous serait agréable. Pour Spinoza, quand nous confondons le culte que nous devons rendre à dieu et la divination, nous allons considérer que Dieu s’exprime par présage, qu’il est irrationnel et que toute la nature s’exprime  ainsi et nous allons alors forger des « fictions » innombrables et interpréter la nature comme si elle  délirait avec nous.

Nous appliquons donc les régles de la religion comme s’il s’agissait de superstition.

Ainsi le culte que nous vouons à Dieu et l’église à une Bande d’individus qui n’ont comme objectif que d’augmenter leur pouvoir. Spinoza fait donc la différence entre le culte que nous devrions rendre à Dieu et des hommes qui se prétendent les détenteurs de la parole divine. et c’est parce que la religion se mêlent ainsi à la politique qu’il y a eu tant de guerre civile. C’est donc une pensée très moderne que celle de Spinoza et qui nous pousse à réfléchir sur le monde contemporain

V. POINT COMMUN DES RELIGIONS

La religion est un système de conduites rituelles et de croyances relatives au sacré. (Rudolf Otto)

Pour Durkheim, il n’y a pas de société sans religion

Différence profane – sacré

 Définition que Durkheim propose de la religion : « Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Eglise, tous ceux qui y adhèrent. »

  • Le sacré : objet d’un respect mêlé de crainte (textes, objets, lieux) On maintient une distance avec le sacré. ce qui est « sacré » est ce qui est séparé, du latin « sancire » qui veut dire délimiter, circonscrire. Le sacré est réglé, immuable, interdit. Le sacré est réglé, immuable, interdit.

Le profane au contraire, de « pro-fanum » ce qui est « devant l’enceinte », est ce qui est à notre portée, accessible. Le profane est libre, changeant, licite.

La profanation c’est entrer sans respect dans un lieu sacré

Il existe. Du sacré hors de la religion

À l’origine de cette distinction qui se retrouve dans toutes les religions, il y a trois facteurs : Ce sentiment est dû à l’indigence et à l’insécurité de l’être humain face à la nature. C’est une anxiété mêlée d’effroi  devant ce qui dépasse et que l’on ne peut ni décrire, ni exprimer, mais qui est néanmoins « là ».

  • Le culte d’une nature personnalisée, donc en principe influençable, est une tentative de contrôle (illusoire) de ces forces (sur)naturelles.
  • L’anxiété devant la mort (et plus particulièrement la décomposition du cadavre). Il faut se concilier la mort et les morts par le culte des ancêtres.
  • Le problème de l’identité des vivants. Il se pose en termes d’origine (d’où venons-nous ?) et de destination (où allons-nous ?) Cette quête des origines et de la fin se concrétise dans les mythes.

Dans les trois cas, il y a l’effroi de l’incontrôlable et la tentative d’instaurer une forme de contrôle par la sacralisation. Ainsi, l’essence du religieux pour Rudolf Otto, est le sacré et non, par exemple, la croyance en un ou plusieurs dieux. Il y a des religions sans divinités. Ce sont même les plus nombreuses (la plupart des religions animistes propres à une communauté, dites religions « ethniques »).

Les rites

Au sens large, un rite est un comportement stéréotypé. Au sens religieux, un rite est un ensemble de gestes et de pratiques codifiés concernant le sacré.

Les rites sont conformes à un usage collectif.   Les rites   grâce à des attitudes répétitives et réglées  ont pour but de se concilier ce qui nous échappe.

Attention, tous les rites ne sont pas religieux. Il faut distinguer 

  1. les rites de purification
  2. les rites magiques
  3. et les rites religieux. 

En effet, face à l’incontrôlable, il y a trois attitudes possibles :

1. S’en séparer. C’est l’instauration de tabous.=  Rites de purification

2. Essayer de le rejoindre. C’est la manipulation=   Rites magiques 

3. Essayer à la fois de s’en séparer et d’entrer en contact avec lui. C’est la sacralisation.= Rites religieux

Les rites religieux permettent de contacter et de manipuler le surnaturel sans abandonner la sécurité relative de la condition normale garantie par le respect des règles (en particulier des tabous).  

La religion comme ensemble de rites pose le problème de la fonction psychologique et sociale de la religion : illusion, instrument de manipulation ? 

 

Les croyances

Dans toute religion, il y a des croyances relatives au sacré. Ces croyances peuvent prendre diverses formes : mythiques, doctrinales (dogmes) ou mystiques.

  • Les croyances mythiques portent sur les récits de la genèse des institutions sociales qu’elles justifient et dont elles assurent l’immuabilité.
  • Les dogmes sont des articles de foi portant sur la nature des êtres surnaturels auxquels un culte est rendu.
  • L’expérience mystique est incommunicable, éminemment individuelle. Elle ne porte sur aucune croyance particulière sinon celle d’être entré directement en contact avec le surnaturel (ex.: Thérèse d’Avila

Qu’elles soient mythiques ou dogmatiques, les croyances religieuses ont toujours un caractère collectif. C’est-à-dire qu’elles unissent les croyants dans une communauté de foi, laquelle peut être institutionnalisée (ex. : les églises).

La religion, comme ensemble de croyances pose le problème de la relation entre foi et raison.

Ex. : problématique des preuves de l’existence de Dieu ou de sa non-existence,  “Les grandes problématiques”, ; distinction entre l’esprit de géométrie et l’esprit de finesse  ou le thème du pari chez Pascal.

Notons cependant qu’il n’est ni plus ni moins rationnel de croire en l’existence de Dieu que de croire en sa non-existence. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’un acte de foi. 

L’homme religieux éprouve un sentiment paradoxal de fusion avec une réalité transcendante et la certitude d’avoir entrevu la vérité des choses,

Enfin, si la foi est la clé de voûte de l’édifice religieux, l’esprit religieux est aux antipodes de l’esprit scientifique. L’esprit scientifique est caractérisé par le doute, non par la certitude. Seule la foi est sûre de son fait, et c’est pourquoi le fanatisme guette toujours le religieux. 

Remarquons cependant que 

  1. la religion n’a pas l’exclusivité de la foi; 
  2. il y a des fanatismes non religieux; 
  3. la foi peut être tolérante, en particulier quand elle est non dogmatique.

 

Feuerbach

Dans L’Essence du christianisme, Feuerbach, défenseur de l’athéisme, explique comment par un processus de projection, l’homme transfert toutes ses qualités à Dieu. C’est que l’homme, animal historique, ignore sa propre perfection et se crée donc un reflet parfait de lui-même (Dieu) pour comprendre qui il est. Mais il se perd dans cette projection. Feuerbach pense qu’il est temps pour l’homme d’accomplir « le meurtre de Dieu », de reprendre ce qu’il a mis en Dieu. « La religion n’est rien d’autre que la scission de l’homme avec lui-même. »

Marcel Gauchet. « Les religions comblent un vide du discours social »

 

 

Selon Marcel Gauchet, historien et philosophe, la « sortie du religieux » a permis l’avènement de la démocratie. Les fondamentalismes sont une réaction des sociétés religieuses au choc de la modernité. Mais l’homme moderne ne peut faire l’impasse sur son aspiration à la spiritualité. 

 

Philosophe et historien français, il est directeur de recherche émérite à l’École des hautes études en sciencessociales (EHESS). Il est aussi rédacteur en chef de la revue Le Débat.Auteur du classique Le Désenchantement du monde (Gallimard, 1985), il a récemment achevé un cycle dédié à L’Avènement de la démocratie, dont le quatrième et dernier tome s’intitule Le Nouveau Monde (Gallimard, 2017). Il vient de faire paraître Robespierre. L’Homme qui nous divise le plus(Gallimard).

 

 

Y a-t-il des inquiétudes spécifiquement contemporaines qui expliquent la résurgence du religieux ?

 

Sûrement. J’en vois trois principales. D’abord, l’écroulement de l’avenir comme espace de projection collectif incite à se réfugier dans l’héritage, dans l’histoire qui nous a faits. Or le passé de l’humanité n’est-il pas essentiellement religieux ? Les religions sont amenées à jouer un rôle décisif dans les identités collectives. Voilà le phénomène nouveau à l’échelle planétaire. 

Ensuite, on va aujourd’hui chercher dans les religions une réponse existentielle à la difficulté de vivre qui est propre aux individus contemporains. On commence par être très content d’avoir le droit d’être seul de son avis, et puis on s’en fatigue vite ! Face à la solitude morale vécue par l’individu, la nostalgie renaît d’une conviction partagée avec ses semblables. 

Enfin, les religions comblent un vide du discours social qui ne parle que de réussite et de bien-être matériel. Le malheur, le deuil, la souffrance, tout le tragique de l’existence est complètement refoulé. D’où la « recherche du sens », la recherche d’un discours sur la vérité de l’existence dans son ambivalence. 

Telles sont les trois aspirations au cœur du retour du religieux : la recherche d’un lien identitaire avec le passé, d’un lien de conviction avec les autres et le besoin d’un discours véridique sur la douleur de vivre et les moyens d’y faire face. Cela ne fait pas nécessairement des convertis, mais cela crée un très fort intérêt pour le religieux.

 

 

Qu’en est-il de l’incroyance aujourd’hui ? Ne s’est-elle pas métamorphosée au même titre que la croyance ?

L’athéisme, en effet, n’est plus ce qu’il était. La majorité des incroyants se réclament d’ailleurs plutôt de l’agnosticisme, car l’athéisme implique une thèse très forte sur un problème qui serait résolu. Alors que la plupart sont dans le doute. Le changement majeur, c’est qu’il est devenu clair pour le plus grand nombre que les sciences positives ne sont pas destinées à répondre aux questions auxquelles les religions ont pour but de répondre. À ces questions, il n’y a pas de réponse positive. L’ancien athéisme qui croyait pouvoir fonder ses thèses sur les certitudes de la science a vécu. Cela ne nous condamne pas à la religion, mais cela interdit de penser que nous avons le moyen de la remplacer.

Y a-t-il une disposition métaphysique inhérente à l’humanité, un rapport à l’invisible et à l’altérité irréductible ? Et comment peut-il s’exprimer ?

Cette disposition fondamentale ne s’exprime pas directement, ou peu. Par contre, elle est massivement présente sur le mode de l’agir, dans les expériences concrètes des acteurs. Jamais une société n’a autant pratiqué l’évasion. Jamais elle n’a fait autant de place au besoin de vivre dans un autre monde. La religion de l’art a été longtemps la forme élitiste de cet escapisme. Aujourd’hui, le grand art a perdu une part de sa magie. Mais il est descendu dans la vie quotidienne, sous un mode populaire et familier. Pensez à la place de la musique dans la vie des gens d’aujourd’hui. Jamais on n’a autant vécu avec la musique, par et pour la musique. Une musique infiniment moins spirituelle, extrêmement matérielle, même, basée sur l’intensité du rythme, mais non moins évocatrice d’un ailleurs dans sa recherche d’un état de transe et de vertige prolongé. Quand les gens passent en moyenne trois heures par jour devant leur poste de télévision, que font-ils sinon se nourrir de fiction ? Ils vivent ailleurs que dans le monde où ils sont. Ils se projettent dans des fictions qui n’ont certes rien de métaphysique, qui parlent de gens comme eux. Mais sous ce mode pratique s’opère en acte une recherche métaphysique d’altérité. Dans notre monde hyperdéveloppé et très matérialiste, les gens vivent dans l’imaginaire. Ils en ont un besoin intense.