Roman & Récit du XVIII° au XXI°

Abbé Prévost, L’Histoire du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut ,1731

 « Je ne suis pas étonné que ce roman, dont le héros est un fripon et l’héroïne une catin […] plaise, parce que toutes les mauvaises actions du héros […] ont pour motif l’amour, qui est toujours un motif noble, quoique la conduite soit basse.» Montesquieu

 

 

 

 

PLAN

DU

COURS 

1. ŒUVRE INTEGRALE :
• Abbé Prévost, Histoire du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, 1731

 • Les contextes
      o Le contexte historique et social
      o Le contexte littéraire et culturel
      o Les grands mouvements du XVIII°
      o Le roman au XVIII°  
• L’auteur
• L’œuvre
      o Un roman d’amour
      o Un roman de mœurs
      o Les personnages principaux
      o Le résumé de l’œuvre

• Les lectures linéaires
– Lecture n°1
– Lecture n°2
– Lecture n°3
– Lecture n°4
– Lecture n°5

• Du côté de la langue…
      o La valeur des temps

2. LE PARCOURS
• Corpus
     o La femme dans le roman du XVIII° : entre couvent et libertinage…

• Arts & Lettres :
     o Portraits de femmes au XVIII°
        – Diderot, La Religieuse
         – Laclos, Les Liaisons dangereuses
       – Mme de Graffigny, Lettres d’une péruvienne

• Lectures cursives :
      o Balzac, Le Chef d’œuvre inconnu, (XIX°)
      o P. Modiano, Dora Bruder, (20°)

• Filmographie :
      o S. Frears, Les liaisons dangereuses

I. L’OEUVRE INTEGRALE

1.1 LES CONTEXTES

1.1.1 CONTEXTE HISTORIQUE ET SOCIAL

Louis XIV, incarnation du monarque absolue de droit divin, meurt en 1715.  Sous son règne, le plus long de l’Histoire de France, la liberté est un mot qui n’a guère de sens :on obéit à Dieu et à son roi…

Le mouvement dominant est le classicisme même si le baroque est très présent.  En architecture, en littérature, on cherche à  atteindre la perfection par la pureté de la forme, mais c’est aussi un hymne à la grandeur royale. (Voir Versailles qui est baroque à l’intérieur et classique à l’extérieur).

La littérature se donne comme fonction de « plaire et instruire »,de purger les hommes de leurs passions mauvaises…

Le grand genre est la tragédie portée par Corneille et surtout Racine.

La comédie, grâce à Molière, et parce qu’elle plait au roi (du moins jusque vers 1670) trouve ses lettres de noblesse. Mais la censure est puissante ; censure politique et religieuse car l’Eglise chrétienne est alors très puissante.

 

Philippe d'Orléans, Régent 1715-1723

Avec la Régence (1715-1723), les choses changent.

Louis XIV meurt en 1715.  Louis XV, son arrière petit fils est trop jeune pour régner; il n’a que cinq ans. C’est donc Philippe d’Orléans qui devient Régent. La fin du règne du Roi Soleil avait été austère. Avec la Régence débute une période plus libre à bien des égards.

 C’est entre autre, une période de plus grande liberté d’expression. Tous ceux qui avaient été muselés sous le règne de Louis XIV vont s’exprimer. 

L’Histoire du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut se déroule sous la Régence, c ‘est à dire entre 1715 et 1723.

Des idées nouvelles remettent en cause la religion, les croyances…

On commence à réclamer le bonheur terrestre et pas seulement la promesse du Paradis.

Refus des  dogmes, de l’obscurantisme religieux, de la tyrannie (despotisme), principes moraux, sociaux, politiques sont remis en cause.

On a foi en l’homme et dans le progrès qu’on considère comme source de bonheur.

Que la Fête commence, Tavernier, 1975 ( film en entier )

 

En 1721paraissent Les Lettres persanesde Montesquieu, roman épistolaire qui permet à l’auteur de faire une critique puissante du système monarchique.

 En 1723 commence officiellement le règne de Louis XV« le Bien aimé ». Il règnera jusqu’en 1774. Et cette période verra le développement d’une littérature d’idées qui porte la pensée des Lumières :la littérature   sera le ferment de la grande révolution politique et sociale de la fin du siècle “la Révolution française”.

Prise de la Bastille, 14 juillet 1789

On fait confiance à la raison contre les dogmes(rationalisme) : c’est le siècle des Lumières et “la lumière désigne le passage de l’obscurité à la connaissance ».

Le salon de Mme Geoffrin

 

Les écrivains philosophes luttent contre l’obscurantisme, l’intolérance religieuse, les inégalités… Ils se battent pour  la liberté, la raison, la tolérance, l’égalité, le progrès et la séparation des pouvoirs. L’Angleterre avec sa monarchie constitutionnelle sert de modèle.

Les Lumières se caractérisent selon le philosophe allemand Emmanuel Kant (18°) comme   une rupture avec ce qui était encore vrai hier, une sortie d’un état de minoritéen s’émancipant de toute autorité d’autrui: « Les Lumières, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui- même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre”.  Afin de sortir de cette soumission, dont l’homme est responsable par son antérieure attente passive, l’homme doit avoir le courage de se servir de son propre entendement, avoir l’audace du savoir : « Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement! »Cette devise des Lumières suppose l’autonomie de la raisonqui devient une faculté d’émancipation en permettant à l’homme son épanouissement et la construction de son savoir. Il est considéré un être raisonnable, suffisamment audacieux pour se servir de sa raison dans tous les domaines de l’existence.  

Les Lumières selon E. Kant

Philosophe allemand du XVIII°

1.1.2 CONTEXTE LITTERAIRE & CULTUREL

Au XVIIIe siècle, le roman se développe de plus en plus, bien qu’il soit encore considéré   comme un genre mineur, plutôt niais et réservé aux femmes !

Le premier roman considéré comme « moderne »  est  La Princesse de Clèves(1678)  de Mme de La Fayette ( 1634-1693). On y trouve les premières analyses psychologiques des personnages.  C’est aussi le cas chez Prévost qui analyse avec finesse les sentiments des   personnages, ainsi que leur évolution. 

Au XVIII°, le roman-mémoires est à la mode c’est le cas  de Marivaux (  1688-1763) avec  La Vie de Marianne, 1731,  ou Le Paysan parvenu, 1734,  de Denis Diderot ( 1713-1784) avec La Religieuse, 1796 etc

Les romans, depuis le XVII°, s’ancrent dans le réalisme.  les romanciers donnent plus volontiers un cadre contemporain à leurs œuvres et critiquent les travers des différentes couches de la société.

L’œuvre de l’abbé Prévost s’inscrit également dans cette tendance réaliste qui caractérise largement le roman de mœurs, attaché à la représentation des comportements et des conduites des hommes dans leur milieu et leur époque.  

Dans Manon Lescaut, le romancier place la rencontre entre Des Grieux et Renoncour entre 1715 et 1720. L’auteur choisit de situer son histoire dans un cadre historiquement exact.  Voir sur le site Histoire du Romanhttp://philofrancais.fr/histoire-du-roman

1.2 Les grands mouvements du XVIII°

1.3 L’AUTEUR

Antoine François Prévost (1697-1763)

Abbé Prevost.  

Homme d’église formé chez les jésuites et romancier français  qui sans doute n’aurait pu imaginer la pérennité du succès d’une de ses oeuvres : L’Histoire du chevalier des Grieux et Manon Lescaut.

En 1721, il entre chez les bénédictins de l’abbaye de Saint-Wandrille en Normandie.

En même temps, il rédige les deux premiers tomes de Mémoires et aventures d’un homme de qualité qui s’est retiré tu monde.

En 1728, il quitte   son monastère sans autorisation, et fuit à Londres.

Un an plus tard, Prévost part pour la Hollande.

Il publie L’Histoire du Chevalier des Grieux et de Manon Lescaut   en 1731  à Amsterdam. En France, l’ouvrage est jugé « immoral » et condamné par la censure.

Il s’agit en réalité du tome VII d’un ensemble romanesque commencé en 1728, Mémoires et aventures d’un homme de qualité.

Quelques années plus tard, il retourne en Angleterre très endetté. Il fonde le Pour et le contre, journal principalement consacré à la culture anglaise qu’il continuera d’éditer jusqu’en 1740.

Il finit par négocier son retour chez les bénédictins, au monastère de La-Croix-Saint-Leufroy avant de devenir l’aumônier du prince de Conti, près d’Évreu

Il écrit encore de nombreuses œuvres, puis passera la fin de sa vie à Paris. Prévost meurt le 25 novembre 1763.

 

L’auteur est, certes, un abbé : il fut ordonné prêtre en 1726  mais il eut une vie très aventurière : il voyagea beaucoup, eu des maîtresses, des dettes, fit de la prison, dut s’exiler, et écrivit une œuvre importante dont la postérité ne gardera que Manon Lescaut.)

Le roman est constitué de deux grandes parties correspondant aux moments que Des Grieux rapporte à Renoncour.

 

1.4.1 LES THEMES

Un roman d’amour…

 

 

Manon Lescaut est un roman d’amour…

Face à un homme qui ment, triche, va jusqu’à tuer, et une femme qui vend son corps, le lecteur éprouve cependant pour eux de la sympathie :  Ils sont jeunes et inconscients, ils s’aiment. On leur pardonne. Et ils changent aussi au cours du roman : des Grieux abandonne tout, position sociale, richesse, famille, réputation, Manon devient vertueuse.  

Dans Manon Lescaut, on assiste à la chute d’ un jeune noble qui par amour va tout abandonner   pour fuir avec une femme du peuple. 

Des Grieux décrit sa passion dans les moindres détails et cherche à excuser ses actes par la force et la pureté de ses sentiments.

Tout ce qu’il a pu faire de répréhensible, il ne l’a fait qu’au nom de l’amour. C’est son excuse. 

Chez Des Grieux, la passion se manifeste de façon physique, avec des réactions souvent extrêmes : par exemple, il s’évanouit en apprenant l’infidélité de Manon et tombe malade de chagrin durant presque un an. Cela en, fait un personnage romantique avant l’heure.

Son amour le conduit à abandonner à la fois la bienséance, la morale, la religion, sa famille et son rang. Par la suite, il tombe dans l’illégalité pour rester avec Manon et va jusqu’à commettre des actes violents, lorsqu’il est désespéré : il agresse le vieux G… M… en apprenant que Manon est à l’Hôpital de la Salpêtrière, il veut tuer tout le monde quand il découvre qu’elle va être déportée, il attaque les autorités pour tenter de la libérer et envisage encore le suicide à plusieurs reprises. En d’autres termes, dans Manon Lescaut, la passion rime souvent avec une torture de l’âme et du corps.

 

La Salpêtrière

 

 

C’est vrai que cette histoire d’amour a une dimension tragique.

Le récit tout entier vient introduire et expliquer rétrospectivement la perte de son amante.

Dans l’œuvre de l’abbé Prévost, Des Grieux passe son temps à perdre Manon, ou à craindre sa perte. Cependant, les deux amants se retrouvent toujours : ni l’infidélité ni l’enfermement ne peuvent les séparer, même lorsqu’ils ignorent où est l’autre.

Ainsi, quoique deux ans se soient écoulés entre leur première séparation et l’arrivée de Manon à Saint-Sulpice, tous deux se retrouvent et fuient ensemble. Il n’y a donc guère que la mort qui puisse les désunir et causer le désespoir du narrateur.

Même cette mort  est  une preuve d’amour, le témoignage ultime de l’attachement de Manon pour Des Grieux. En effet, épuisée, elle insiste néanmoins pour le soigner « avant que de penser à sa propre conservation ». Plus tard, elle exprime encore son amour au jeune homme jusqu’à son dernier soupir. 

Sa soudaine disparition vient mettre un terme à une histoire d’amour passionnelle et à l’apprentissage d’un jeune homme. Dévasté, Des Grieux peut néanmoins retrouver son pays et son rang.

Un roman de moeurs…

Manon Lescaut peut être qualifié de roman de mœurs. En effet l’œuvre décrit de façon réaliste l’attitude, le comportement des personnages dans cette société du XVIII°. 

Le contexte est « vrai » au sens où il reflète la réalité de l’époque. Notamment la difficulté pour un fils cadet de choisir son avenir, l’internement des jeunes « débauchés » sur simple dénonciation, la déportation de prisonniers en Amérique…

On a part ailleurs une peinture très juste de la société à travers ses  divertissements  , son système judiciaire, ses pratiques religieuses.

On perçoit aussi assez bien le paradoxe entre des discours moraux et ce qui se passe dans la réalité.

Il y a la façade sociale, le discours et la réalité des actions…c’est unne hypocrisie sociale qu’on retrouve par exemple chez M. de G… M…, qui s’offusque de la malhonnêteté des jeunes gens, alors qu’il est prêt à entretenir de jeunes femmes.

 

C’est de cette hypocrisie -que Des grieux tente de convaincre son père pour lui montrer qu’il n’est pas pire que d’autres : « Je vis avec une maîtresse, lui disais-je, sans être lié par les cérémonies du mariage : M. le duc de… en entretient deux, aux yeux de tout Paris […]. J’ai usé de quelque supercherie au jeu : M. le marquis de… et le comte de… n’ont point d’autres revenus […]. »

L’abbé Prévost est lui-même un défroqué et quand le personnage de Tiberge sermonne Des Grieux celui-ci lui rappelle  « qu’un grand nombre d’évêques et autres prêtres […] savent accorder fort bien une maîtresse avec un bénéfice »

L’argent occupe également une place essentielle : l’infidélité de Manon est causée non par un manque d’amour pour son amant mais en raison de son amour de l’argent. Il est d’ailleurs la cause principale de leur chute.

En même temps, le jeune couple n’a parfois pas le choix et ils font ce que d’autres font autour d’eux. En ce sens, Prévost ne juge pas, ne moralise pas. Il fait le tableau réaliste des comportements humains.

Jeu de trictrac

Une société hiérarchisée

Si M. de Renoncour s’intéresse au chevalier, lors de leur première rencontre à Pacy, c’est parce qu’il reconnait en lui un membre de sa caste : l’aristocratie. Des Grieux est lui aussi un aristocrate. Issu d’une vieille famille de la noblesse, il en a adopté les codes et les valeurs. Parmi celles-ci, un très fort sentiment de supériorité par rapport au commun des mortels  explique en effet combien sa noblesse se manifeste, en dépit des circonstances :

« Il était mis fort simplement ; mais on distingue, au premier coup d’œil, un homme qui a de la naissance et de l’éducation. Je m’approchai de lui. Il se leva ; et je découvris dans ses yeux, dans sa figure et dans tous ses mouvements, un air si fin et si noble, que je me sentis porté naturellement à lui vouloir du bien. » (p. 53)

Les trois ordres

 Ce n’est pas tant la beauté de Manon et le « sentiment de modestie »   qu’elle exprime, que  l’air noble de Des Grieux qui  pousse Renoncour à aider les amants. Il sait qu’ils appartiennent à la même classe.

Lorsque DG est menacé par le vieux GM de la potence,   Des Grieux réplique avec vivacité : « Infâme ! Ce sont tes pareils qu’il faut chercher au gibet. Apprends que je suis d’un sang plus noble et plus pur que le tien » parce que

  la famille de G… M… est  d’une noblesse récemment acquise, bien qu’elle soit beaucoup plus riche que celle de Des Grieux. 

Or à cette époque, les nobles ne sont pas pendus mais décapités. Et bien qu’en position de faiblesse, le jeune aristocrate garde donc toujours son sentiment de supériorité.

Mariage au XVIII°

De même, le mariage avec Manon créerait une mésalliance que le père refuserait sans doute puisqu’elle n’est pas de son rang. (mésalliance : mariage avec une personne de condition inférieure).    Plus tard, lorsque le père de Des Grieux fait envoyer Manon en Amérique, il affirme durement au chevalier : « J’aime mieux te savoir sans vie que sans sagesse et sans honneur. »(p. 191) Le héros serait ainsi « déshonoré » par une telle mésalliance, davantage même que pour avoir fui le domicile parental et vécu avec une femme hors mariage.

Ce sont donc les personnes de   son rang qui s’opposent le plus à l’amour de DG pour Manon

Ainsi   ceux dont le chevalier se sent le plus proche, ses pairs – et parmi eux son père – sont aussi ceux qui le font enfermer et qui envoient Manon en Amérique. Ainsi, dans Manon Lescaut, le chevalier Des Grieux est sans cesse tiraillé entre son sang et son amour.

La déportation

L’Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, évoque le peuplement de la Louisiane française par des prostituées déportées de force. Dans ce roman, l’auteur s’inspire de la déportation, en 1719, de 180 filles de la prison Saint-Martin et de la Salpêtrière pour mendicité, vagabondage, prostitution ou crimes vers La Nouvelle-Orléans. Et particulièrement de l’une d’entre elles,  nommée Marie-Anne Lescau, a   inspiré l’héroïne de l’abbé Prévost.  

 

Déportation des filles de joie

Néanmoins dès  1663, quand le Canada est transformé en province royale, on compte six colons en âge de se marier pour une seule femme blanche. En vue de réduire ce déséquilibre et d’assurer le peuplement de la colonie, Louis XIV subventionne, entre 1663 et 1673, le passage en Nouvelle-France de près de 770 jeunes femmes. Quand les finances le permettent, il leur accorde une dot de 50 livres destinée à faciliter leur mariage et leur établissement.

 

Ces filles, contrairement à une légende tenace, ne sont pas forcément des prostituées, mais bien souvent des orphelines élevées à l’Hôpital général de Paris. Une fois débarquées au Canada, elles se marient dans les mois qui suivent avec l’un des nombreux prétendants que compte la colonie.

En Louisiane, on fait aussi appel aux Filles du roi – ou ” filles à la cassette “, comme on les y appelle – à l’époque de la Compagnie d’Occident : 120 jeunes femmes volontaires sont ainsi transportées entre 1719 et 1721.

Louisiane au XVIII°

En Louisiane, on fait aussi appel aux Filles du roi – ou ” filles à la cassette “, comme on les y appelle – à l’époque de la Compagnie d’Occident : 120 jeunes femmes volontaires sont ainsi transportées entre 1719 et 1721.

La place de la religion

Les personnages ne sont pas toujours trés probes (honnêtes) et fidèles à leur foi et à leurs paroles mais la religion n’est pas toujours tendre avec eux …

 Au XVIII° la religion est omniprésente et toute puissante dans la vie publique comme dans la vie privée. C’est elle qui décide de ce qui se fait, ne se fait pas…Et c’est elle souvent qui décide du destin : Manon est conduite au couvent contre son gré ;   Des Grieux, parce qu’il n’est pas l’aîné,est destiné à devenir chevalier de Malte ; Si Tiberge prend l’habit religieux, au départ,  ce n’est pas par foi mais parce qu’il vient d’une famille peu fortunée et que c’est le seul d’obtenir une bonne place…(Comme Julien Sorel, au XIX° dans Le Rouge et le Noir)

En outre, s’il entend les conseils et reproches de son ami Tiberge, il n’en tient pas compte avant la mort de Manon. Il se rallie seulement aux arguments du jeune prêtre, dès lors qu’il n’a plus rien à quoi se raccrocher. Tant qu’il est avec son amante, c’est elle qui lui tient lieu de divinité pour qui il accomplit tout.  

 

Pourtant, les véritables représentants de la religion – sincères et vertueux – que sont Tiberge et le Supérieur de Saint-Lazare, soutiennent Des Grieux en dépit de ses fautes. Certes, ils le sermonnent et lui font la morale, mais Tiberge supporte l’ingratitude de son ami jusqu’à la fin, allant jusqu’à traverser l’Atlantique pour le retrouver.

1.4.2 LES PERSONNAGES

MANON

Personnage central du roman. D’ailleurs, le titre original qui était Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut,est finalement devenu Manon Lescaut. Ce personnage a bien plus fasciné les lecteurs depuis trois siècles que son amant. 

Manon est issue d’un milieu modeste et au moment où elle rencontre Des Grieux, elle est en route pour le couvent.

Dans ce roman, il y a deux narrateurs. Mais nous  connaissons Manon essentiellement à travers ce que nous en dit Des Grieux   même si nous avons quelques informations par le 1ernarrateur, monsieur de  Renoncour au début du roman.

En effet, très vite,le récit est pris en charge par le chevalier. Il ne nous dit rien de la vie de Manon avant leur rencontre. Tout se focalise sur le temps de leur passion destructrice.

Un seul point de vue sur le personnage, donc ! Et de surcroit à travers les yeux d’un personnage fou d’amour…Certes Renoncour au début nous vante la beauté de cette femme et nous la voyons au cours du roman  être courtisée par de nnombreux hommes M. de B…, M. de G… M… et son fils, le prince italien, Synnelet, etc.

Mais c’est bien le point de vue de Des Grieux seul qui le persuade que son père et son ami Tiberge seront séduits par Manon.

Qui est vraiment Manon ?

Pour Montesquieu, elle était une « catin », autrement dit une prostituée puisqu’elle se donne contre de l’argent. Mais cela ne se produit que 3 fois dans le roman. Son attachement, son amour pour Des Grieux semble sincère puisque bien qu’elle ait à plusieurs reprises l’occasion de le quitter pour vivre plus agréablement, elle ne le fait pas. mais ils n’ont pas la même vision de la fidélité et pour Manon, le cœur et le corps ne sont pas forcément liés : « La fidélité que je souhaite de vous est celle du cœur. » (p. 169) Et pour elle, ce qui compte est du côté du sentiment «  les plaisirs du corps et les nuits[…]   sont sans rapport avec les élans du cœur »

Manon utilise ce qu’elle a… à savoir sa jeunesse et son charme pour tenter d’obtenir la vie qu’elle souhaite. Mais la société du XVIII° et l’incompréhension de Des Grieux la conduiront à sa perte.

Il n’y a pas véritablement de portait de l’héroine. Nous ne connaissons ni la couleur de ses yeux, ni celle de ses cheveux. Nous ne savons pas si elle est petite ou grande…Elle peut-être toutes les femmes et c’est peut-être ce qui l’a rendu atemporelle. Sur le plan moral et/ou psychologique, le chevalier présente le plus souvent Manon sous ses aspects les plus positifs, mais en fait la responsable de leur échec. Et tout ce qu’il nous raconte, il nous le raconte au regard de cet échec et le portrait de la jeune femme  en pâtit

Manon aime des Grieux mais elle aime aussi l’argent et ce sera la cause de son infidélité. Cet attrait pour l’argent que Des Grieux ne dissimule pas nous fait découvrir la face noire de Manon :  intéressée, menteuse..

DES GRIEUX

Des Grieux est issu d’une famille aristocratique ;  bien éduqué , le jeune homme a également un père qui se soucie de son bonheur, ce qui est plutôt rare à cette époque.  Compréhensif, il est   prêt à accepter que Des Grieux renonce à sa carrière religieuse pour se marier

Mais Des Grieux refuse de se conformer au rôle que son père et une partie de la société attendent de lui.  Et pour ne pas abandonner Manon, il est prêt à tous les sacrifices. Il montre d’ailleurs peu de reconnaissance envers son père et n’envisage de se   réconcilier avec lui, c’est seulement par interêt, avec l’idée de lui réclamer de l’argent ou sa protection

 Le lecteur assiste donc ici à la transformation d’un jeune[…]« bien élevé en un rebelle prêt à commettre tous les excès.  

À la fois personnage et narrateur, nous le voyons évoluer : d’abord jeune homme naïf et ignorant – il est âgé d’à peine 17 ans –, il découvre la vie et le monde au fil de ses nombreuses aventures..  (Caractéristique du roman d’apprentissage où d’initiation) :  

Depuis le XVIIe siècle, on trouve deux formes de romans d’initiation :

– le conte moral dans lequel le jeune héros découvre des valeurs telles que le courage, la patience, ou encore des vertus chrétiennes,

le roman libertin, ou le jeune héros perd sa naïveté et découvre des domaines comme l’athéisme ou la sexualité.

Des Grieux connait les deux voies. Elevé dans le respect de la morale et de la religion, il se libère de cette éducation pour se lancer dans l’amour clandestin, la triche au jeu, l’escroquerie et d’autres inconduites qui le mènent jusqu’au meurtre et à la limite du proxénétisme.

 

Néanmoins, le jeune homme ne cesse de vouloir se racheter et d’espérer se lancer dans une vie plus rangée. Il évolue avec Manon au fil du roman : ainsi, par exemple, avant de rencontrer le jeune G… M…, les amants se font plus discrets et gèrent mieux leur argent, signe qu’ils ont appris de leurs erreurs passées.  Cependant, ils se laissent à nouveau entraîner dans leurs excès, ce qui les conduit à la catastrophe finale.

L’initiation de  Des Grieux s’achève donc avec la mort de Manon. Cette tragédie finale lui donne sa dernière « leçon » et fait de lui un narrateur capable d’envisager sa propre histoire avec un certain recul et une certaine maturité : il sait à présent que  « les passions peuvent être destructrices. Une fois l’aventure terminée, il peut reprendre sa place dans la société. Ainsi, après la mort de Manon, et passés les premiers temps du désespoir, le jeune homme n’a plus de raison de s’opposer à l’autorité paternelle. Il est donc disposé à se réconcilier, mais il est déjà trop tard : après la perte de Manon, celle de son père vient encore mettre un terme douloureux à son initiation. Dès lors, Des Grieux commence sa vie d’homme.

TIBERGE

Tiberge , ami de Des Grieux, joue un rôle important même s’il n’apparait qu’épisodiquement .

Particulièrement fidèle et dévoué, il incarne la constance et il est le seul à ne jamais abandonner son ami. Pourtant, il désapprouve la conduite de Des Grieux, mais il continue toujours à lui apporter son aide, qu’elle soit financière, spirituelle – en lui offrant le secours de la religion au début du roman – ou amicale par sa simple présence, lorsqu’il vient le retrouver à La Nouvelle Orléans. En ce sens, il apparaît un peu comme le pendant antinomique de Manon : alors que Des Grieux perd sans cesse son amante, il retrouve toujours Tiberge.

Il incarne la morale et   la religion dans le roman.  C’est un modèle de vertu chrétienne et d’amitié, puisqu’il continue d’aider son ami envers et contre tout, alors même que Des Grieux ne l’appelle que lorsqu’il a besoin de lui.  

RENONCOUR

Personnage-narrateur du récit cadre. Ce marquis très respecté sera celui qui va retranscrire « presque aussitôt après l’avoir rencontré » ce que le chevalier Des Grieux lui aura dit de ses aventures avec Manon

Autres personnages

Autres personnages

  • Le père du chevalier
  • M de B.
  • Le frère aîné du chevalier
  • M le lieutenant de police
  • M de G.M père
  • M de G.M fils
  • Le prince
  • M de T. fils
  • Marcel
  • Le garde du corps
  • Le gouverneur
  • Synnelet

 

1.4.3 RESUME

Vous trouverez ci-contre une résumé détaillé de l’oeuvre ( Ce qui ne vous  épargnera pas de la lecture intégrale de l’oeuvre…)

(source : http://www.alalettre.com/prevost-oeuvres-manon-lescaut.php)

 

Livre Premier

L’auteur (l’Homme de qualité des Mémoires) revient de Rouen où il a plaidé au parlement . Il arrive pour dîner à Pacy-sur-Eure . Il règne dans la ville une grande fébrilité.  Les habitants sont regroupés devant le cabaret où se sont arrêtés deux chariots. Il s’agit   d’un convoi d’une douzaine de  filles de mauvaise vie, condamnées à s’embarquer pour l’Amérique. 

L’une d’elles, Manon, l’intrigue par sa beauté et sa distinction. « Son air et sa figure «  auraient pu dans d’autres circonstances, «  la faire prendre pour une princesse. »  L’auteur interroge le chef des gardes , mais n’obtient pas de réponse. A sa demande, un archer de l’escorte invite l’homme de qualité  à questionner un jeune homme qui se tient à l’écart, et qui ne peut-être «  que son frère ou son amant».   Ce dernier qui a suivi le convoi depuis Paris est ivre de douleur.  Il refuse de livrer son secret, et l’identité de la jeune fille, mais avoue  qu’il ressent pour elle ” une passion si violente qu’elle (le) rend le plus infortuné de tous les hommes”. Il avoue à l’auteur son intention de la suivre en Amérique. 

Il a pourtant tout essayé pour la libérer , mais en vain : Il a tout d’abord tenté  d’attaquer l’escorte à quelques lieues de Paris avec l’aide de quatre hommes, moyennant une bourse. Mais les gaillards l’ont laissé seul, emportant l’argent. Il a ensuite  proposé aux archers de les suivre en se proposant de les récompenser. Ce qu’ils ont accepté . Ils lui ont permis de parler à la jeune femme mais ont exigé d’être payés à chaque fois. Il n’a maintenant plus d’argent. Attendri par la détresse du jeune homme, l’allure et la beauté de la jeune femme, l’ homme de qualité donne quatre louis d’or au jeune homme démuni et négocie avec le chef de l’escorte  pour qu’il puisse continuer à  dialoguer avec sa maîtresse. 

Deux années s’écoulent 

L’ homme de qualité revient de Londres avec un élève et a prévu de séjourner un jour et une nuit à Calais. 

Durant l’après midi , il croit reconnaître le même jeune homme que celui rencontré deux ans auparavant à Pacy. Il l’aborde. Les deux hommes ont plaisir à se retrouver.  Le jeune homme , visiblement ému, témoigne une nouvelle fois «  son immortelle reconnaissance » à celui qui lui a prêté de l’argent et qui était intervenu en sa faveur. Il indique au narrateur qu’il rentre d’Amérique . 

Le soir, le narrateur accueille le jeune homme au Lion d’Or, l’hôtel où  il séjourne. Le mystérieux jeune homme commence le récit de ses aventures. 

Des Grieux, jeune homme de dix-sept ans, est issu d’une excellente famille. Il s’est montré un élève exemplaire au collège d’Amiens et son père souhaite qu’il devienne chevalier de l’ordre de Malte. Tiberge est son meilleur ami. Il est un peu plus âgé que des Grieux et se montre généreux et compréhensif à l’égard de son compagnon. 

A la veille des vacances, des Grieux aperçoit au relais de poste, parmi les voyageurs une jeune fille dont la beauté l’envoûte immédiatement. C’est le coup de foudre. Bien que le jeune collégien soit très jeune et qu’il n’ait aucune expérience amoureuse, il est fasciné par celle qu’il va rapidement surnommer ” la maîtresse de mon cœur “.

Des Grieux apprend que cette jeune fille, qui a pour nom Manon Lescaut, est envoyée contre son gré par ses parents au couvent. Les deux jeunes gens parviennent habilement à évincer, lui, Tiberge, et elle son mentor. Ils se retrouvent seuls. Elle lui murmure très vite qu’elle le trouve aimable. Le timide écolier lui déclare alors son amour et tous deux réalisent très vite que la seule façon pour Manon d’échapper au couvent est qu’ils fuient tous les deux. Rendez-vous est donné le lendemain à l’auberge de Manon, avant le réveil du conducteur de carrosse. 

Malgré les efforts de Tiberge, homme sage, et ami généreux, pour le détourner de son projet, Des Grieux est bien décidé à s’enfuir avec Manon. Il parvient à rassurer son ami et à estomper sa vigilance. Et le lendemain matin, en s’enfuyant vers Saint-Denis avec Manon, des Grieux rompt à la fois avec ses principes, sa famille et ses projets d’étude. 

Avant la nuit, ils sont à Saint-Denis. Les projets de mariage sont oubliés : “Nous fraudâmes les droits de l’Eglise et nous nous trouvâmes époux sans y avoir fait réflexion“. 

A Paris, les deux amants occupent un appartement meublé de la rue V. et filent le parfait amour, pendant trois semaines. Mais le jeune homme a des remords. Il pense au chagrin de son père et de sa famille et souhaite renouer avec eux. Il envisage de demander à son père l’autorisation d’épouser Manon. Mais la jeune fille accueille “froidement” cette suggestion. Elle a peur de perdre des Grieux si son père s’oppose à leur mariage.

Des Grieux a peur de connaître des difficultés financières, mais Manon le rassure. Des parents de province vont les aider . Le jeune homme accepte cette proposition en toute confiance ”  je l’aimais avec trop de simplicité pour m’alarmer facilement” . Mais un soir, il rentre plus tôt. La porte est fermée et Manon met beaucoup de temps à lui ouvrir. Après avoir interrogé la servante , qui se montre maladroite , des Grieux s’aperçoit que M. de B., fermier général âgé et riche , vient de quitter furtivement leur logis. Le soir même, pendant le souper, des Grieux espère des explications spontanées de Manon. Il se montre gai et a toute confiance en sa maîtresse. Mais Manon fuit les questions et éclate en sanglots.

On entend alors des pas dans l’escalier. Quelqu’un frappe à la porte. Après avoir offert un baiser à son amant, Manon s’esquive. Ce sont les laquais de son père qui viennent   “enlever” des Grieux. Dans le carrosse le jeune homme essaye de comprendre qui a pu les trahir Manon et lui.

A la maison paternelle, l’accueil est plutôt indulgent. Le jeune homme se fait cependant sermonner par son père qui se moque de sa crédulité. Il avoue à son fils que c’est M. de B. qui a séduit Manon et qui ne voulant plus être gêné par Des Grieux l’a informé de l’adresse où ils vivaient. Des Grieux est désespéré , mais il n’ose imaginer la moindre trahison de Manon. Il souhaite repartir au plus vite à Paris. Pour l’en empêcher, son père le séquestre dans sa chambre.

Pendant six mois des Grieux se montre désespéré. Puis il se met à relire quelques livres. Progressivement , sensible à la bonté de son père et aux conseils de son ami Tiberge, il reprend goût à la vie. Un jour Tiberge qui a vu Manon à la Comédie lui apprend qu’elle vit à Paris, et qu’elle est richement entretenue par son vieil amant. Des Grieux décide de renoncer au monde puis entre avec Tiberge au séminaire de Saint-Sulpice. 

Ses études lui procurent l’apaisement. Le jeune homme ne pense plus à Manon. Elles lui valent la notoriété. Un exercice public, brillamment soutenu en Sorbonne, le remet en présence de Manon. Elle était ”  plus aimable et plus brillante qu’il ne l’avait jamais vue “. ” Ses charmes surpassaient tout ce qu’on peut décrire “. 

Envoûté, Des Grieux pardonne, et quitte immédiatement le séminaire.  Après une nuit à l’auberge, les deux amants, plus que jamais amoureux l’un de l’autre, s’installent au village de Chaillot.

Grâce aux soixante mille francs que Manon a soutiré à M. de B., le couple vit à l’abri du besoin. Mais à l’approche de l’hiver, Manon s’ennuie à Chaillot et convainc des Grieux de revenir habiter à Paris, ce qui occasionne des frais supplémentaires. Autre coïncidence malheureuse, il s’avère qu’un des frères de Manon, un garde du corps “brutal et sans principes d’honneur”, habite la même rue qu’eux. Il s’incruste rapidement chez eux , vit à leurs dépens, achevant de gaspiller leurs ressources.

Un matin , alors que les deux amants sont restés passer la nuit à Paris, des Grieux apprend que leur maison de Chaillot a brûlé. Cet incendie achève de les ruiner. Mais le jeune homme souhaite préserver Manon et ne pas l’informer de la précarité de leur situation .

Voulant à tout prix trouver une solution, des Grieux se confie au frère de Manon et lui avoue ses difficultés. Ce dernier lui propose dans un premier temps d’exploiter les charmes de Manon . Des Grieux refuse avec fermeté mais en ménageant la susceptibilité de cet allié dont il a besoin. Lescaut propose alors à des Grieux d’exploiter ses charmes auprès de vieilles rentières. Nouveau refus du jeune homme. La dernière piste évoquée par les deux compères et de tricher au jeu. Mais peu rassuré sur son association avec Lescaut, des Grieux préfère s’abstenir .

Après avoir songé un moment à solliciter son père, des Grieux décide d’en appeler à nouveau à la générosité de Tiberge. Les deux jeunes hommes ont une longue entrevue dans les jardins du Palais Royal. Des Grieux s’excuse de son ingratitude. Tiberge, lui , fait preuve d‘une amitié indéfectible. Il offre cent pistoles à Des Grieux. 

 Des Grieux essaye ensuite d’analyser et de comprendre les motivations de Manon. Il réalise que même si elle l’aime sincèrement , elle est avide de plaisirs, aime à dépenser sans compter, et ne peut s’accommoder d’un train de vie médiocre.

Par peur d’être abandonné par celle qu’il aime, des Grieux se rapproche à nouveau de Lescaut. Ce dernier le fait admettre dans un cercle de jeu. En peu de temps, devenu un tricheur d’une grande habileté et d’une impressionnante dextérité, il rétablit l’état de ses finances. Son ami Tiberge s’inquiète de ce que son ami Des Grieux puisse s’enrichir autant ; Il sent bien que les moyens qu’utilise   son ami ne sont pas légitimes, mais c’est en vain qu’il multiplie avertissements et mises en garde. 

La vie  facile unit encore davantage les deux amants qui goûtent une période d’euphorie et de sensualité. 

Mais leur bonheur suscite bien des jalousies, notamment chez leurs deux domestiques. Un soir qu’il dîne chez le frère Lescaut, ils en profitent pour dépouiller leurs maîtres et piller la maison. Manon et des Grieux sont désespérés. 

Sur les conseils de Lescaut, des Grieux va porter plainte auprès du lieutenant de police ; vaine démarche. Le même Lescaut conseille à sa sœur de nouer une liaison lucrative avec “un vieux voluptueux”, M. de G.M.. 

Manon quitte leur logis en laissant une lettre à son amant infortuné : « tu es l’idole de mon cœur » lui avoue-telle, mais elle ne peut supporter la situation d’indigence causée par l’indélicatesse de leurs serviteurs. Elle part pour refaire fortune et sûre d’elle, lance « Malheur à qui va tomber dans mes filets. » 

Grâce à ses charmes Manon amène M. de G.M. à lui offrir une maison et à l’entretenir. Des Grieux, lui, est à nouveau désespéré. Il éprouve des remords, s’interroge sur la fatalité de sa destinée, sur l’amour « passion innocente qui s’est changée, pour lui en une source de misères et de désordre». Il regrette tout à la fois, d’avoir trahi son père, abandonné sa famille, déçu « l’estime des honnêtes gens » et d’avoir tourné le dos à la vertu. 

Lescaut, plus machiavélique que jamais, propose à des Grieux de s’associer au stratagème qu’il a imaginé. Il lui propose de berner et d’escroquer le vieil amant de Manon en se faisant passer pour son frère cadet. 

Un souper est organisé pour présenter le « frère cadet ». Le vieillard offre à Manon de superbes bijoux et lui propose la moitié de sa pension en louis d’or. Tout au long du repas le trio se moque du vieil homme par des propos à double sens. Puis, tandis que le vieux beau attend en vain sa dulcinée dans sa chambre, les 3 compères s’éclipsent en carrosse. 

 Le vieil homme se rend compte qu’il a été trompé. Il retrouve la trace des deux amants et la véritable identité de des Grieux. Au petit matin, il les fait arrêter par la police : Manon est enfermée à l’Hôpital (la Salpètrière) ; son amant, lui, est emmené à Saint-Lazare, prison pour jeunes aristocrates débauchés. 

Le supérieur témoigne de la sympathie pour des Grieux. Ce dernier joue sur sa crédule bonté et espère obtenir une prompte libération. Des Grieux parvient également à attendrir M. de G. M. et espère que celui-ci retirera sa plainte. 

Hélas, lors d’une visite du vieil homme dans la cellule de des Grieux, une malencontreuse allusion à l’emprisonnement de Manon provoque un accès de colère du jeune prisonnier qui moleste le vieillard. Tout espoir de remise en liberté s’envole, sa peine est prolongé de six mois. 

Des Grieux réussit à échafauder un plan d’évasion dont son ami Tiberge est le complice involontaire. Grâce à l’aumônier de la prison, il renoue avec Lescaut qui lui procure une arme. Par la menace, il contraint le Supérieur à lui ouvrir les portes de Saint-Lazare. Dans sa fuite il abat un portier qui tente de s’interposer. Des Grieux n’a alors qu’un but : libérer Manon. Il brave les menaces, parvient à s’introduire dans l’Hôpital et revoit Manon. Un valet de la prison, soudoyé, fait sortir Manon, déguisée en homme. Arrivés chez Lescaut, Des Grieux demande au frère de Manon de lui prêter le louis d’or qu’il a promis au cocher. Lescaut refuse et rudoie vivement le cocher qui s’enfuit. 

Pour éviter des ennuis, des Grieux et Manon quittent les lieux. Lescaut les accompagne. Il croise un rodeur. Cet homme que jadis Lescaut a ruiné au jeu tire sur le frère de Manon et le tue.

Les deux amants s’enfuient et retournent à l’auberge de Chaillot où ils se cachent. Une nouvelle fois Tiberge vient en aide à des Grieux en lui proposant de l’argent et lui prodiguant des conseils. Par chance le scandale est étouffé car le supérieur de la prison par générosité et sympathie pour des Grieux, a caché la mort du portier à la police. 

Les deux amants retrouvent un semblant de tranquilité. L’horizon s’éclaircit  pour le couple maudit. 

Ici, à la demande de l’homme de qualité, des Grieux interrompt sa longue confession, le temps de souper.  

Les deux amants s’installent dans l’auberge de Chaillot. Des Grieux, oublie vite ses bonnes résolutions. Il recommence à jouer et à tricher. De son côté, Manon se promène seule au bois de Boulogne des jours entiers. Manon reste fidèle et s’amuse à mystifier un prince italien qui la courtise. Le couple semble avoir enfin trouvé la sérénité. 

Les destin pourtant semble les poursuivre. Un hasard malheureux fait descendre à l’hôtellerie le fils de leur ennemi M. de G. M. Ce nouvel arrivant vient alors partager leur repas. Il s’éprend de Manon, et semble  prêt à la combler de richesses. Manon imagine une manœuvre afin de lui extorquer une forte somme, sans trahir son ami : « pour se venger du père sur la fortune du fils. ». Elle accorde un rendez-vous au soupirant. Des Grieux attend au café Féré, près du pont Saint-Michel. Mais Manon ne parvient pas à se libérer de ce rendez-vous galant. Inconsciente, elle envoie à des Grieux une courtisane pour le distraire. Tant de cynisme révolte le chevalier qui décide de se venger. Il fait enlever le jeune G. M., s’introduit dans son hôtel, fait à l’infidèle une scène de jalousie qui se termine par de tendres effusions. Manon lui fait savourer sa vengeance: « Vous aurez son couvert à souper, vous coucherez dans ses draps, et demain, de grand matin, vous enlèverez sa maîtresse et son argent. Vous serez bien vengé du père et du fils ». 

Mais des Grieux est plus circonspect. Il pressent « une catastrophe ». Un laquais de M. de G. M. a donné l’alarme.  M. de G. M.  père prévient un lieutenant de police et part à la recherche de son fils. Il surprend les deux amants dans le lit de son fils. Pour la deuxième fois, Manon et son amant sont incarcérés. Au Châtelet, Des Grieux reçoit la visite de son père. Celui-ci lui reproche vigoureusement sa conduite mais finit par lui pardonner et va tout mettre en oeuvre pour le faire libérer. En même temps il souhaite éloigner Manon et obtient qu’elle soit éxilée en Amérique. 

 Libéré, des Grieux apprend l’horrible nouvelle. Il demande à son père la grâce de Manon qui lui refuse catégoriquement. La rupture entre le père et le fils semble définitive. 

Après de vaines démarches, des Grieux décide de faire enlever sa maîtresse aux archers qui la conduisent au Havre de Grâce. Mais les braves qu’il a recrutés désertent au moment d’agir. Désespéré, Des Grieux obtient, moyennant finance, la permission de suivre Manon. Quand il rencontre à Pacy, l’Homme de qualité, il n’a plus d’argent et est séparé de son amante. 

1.4.2       Livre second 

Il s’embarque comme volontaire à bord du vaisseau qui emporte Manon outre-Atlantique. Il sympathise avec le capitaine et lui raconte ses malheurs. Il fait croire au capitaine que Manon et lui sont mariés. Grâce à la confiance du capitaine, il peut entourer Manon de ses soins. 

Après deux mois de traversée, le bateau arrive à la Nouvelle Orléans. Le capitaine renseigne le gouverneur sur la situation de des Grieux et de Manon. L’accueil du gouverneur est sympathique. Il leur trouve un logement et les invite à souper. 

Comme toutes le cabanes du lieu, le logement de des Grieux et de Manon est modeste. Les deux amants retrouvent une grande complicité. Manon rend grâce à la gentillesse de des Grieux et lui promet q’elle a changé. Des Grieux est enfin « assuré du cœur de Manon ». et se réjouit de leur séjour à la Nouvelle Orléans. Les deux amants décident de se marier. 

Ce louable projet entraîne leur ruine : le neveu du gouverneur aime Manon. Apprenant qu’elle est libre, il la réclame pour lui. Il se bat en duel avec des Grieux qui le blesse. Croyant avoir tué son adversaire, des Grieux s’enfuit dans le désert avec Manon où elle meurt d’épuisement. Des Grieux l’ensevelit, se couche sur sa tombe pour mourir. 

Gracié, retrouvé par Tiberge parti à sa recherche, des Grieux revient en France neuf mois après la mort de Manon. De retour en France, il apprend la mort de son père, miné par le chagrin. C’est la deuxième rencontre avec l’Homme de qualité, à Calais.

Pierre Boileau (A la lettre)

 

1.5 LES LECTURES LINEAIRES

J’avais marqué le temps de mon départ d’Amiens. Hélas ! que ne le marquais-je un jour plus tôt ! J’aurais porté chez mon père toute mon innocence. La veille même de celui que je devais quitter cette ville, étant à me promener avec mon ami, qui s’appelait Tiberge, nous vîmes arriver le coche d’Arras, et nous le suivîmes jusqu’à l’hôtellerie où ces voitures descendent. Nous n’avions pas d’autre motif que la curiosité. Il en sortit quelques femmes, qui se retirèrent aussitôt. Mais il en resta une, fort jeune, qui s’arrêta seule dans la cour, pendant qu’un homme d’un âge avancé, qui paraissait lui servir de conducteur, s’empressait pour faire tirer son équipage des paniers.

Elle me parut si charmante que moi, qui n’avais jamais pensé à la différence des sexes ni regardé une fille avec un peu d’attention, moi dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue, je me trouvai enflammé tout d’un coup jusqu’au transport. J’avais le défaut d’être excessivement timide et facile à déconcerter ; mais loin d’être arrêté alors par cette faiblesse, je m’avançai vers la maîtresse de mon coeur. Quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans paraître embarrassée. Je lui demandai ce qui l’amenait à Amiens et si elle y avait quelques personnes de connaissance.

Abbé Prévost, Manon Lescaut

Il était six heures du soir. On vint m’avertir, un moment après mon retour, qu’une dame demandait à me voir J’allai au parloir sur-le-champ. Dieux! quelle apparition surprenante! j’y trouvai Manon. C’était elle, mais plus aimable et plus brillante que je ne l’avais jamais vue. Elle était dans sa dix-huitième année. Ses charmes surpassaient tout ce qu’on peut décrire. C’était un air si fin, si doux, si engageant, l’air de l’Amour même. Toute sa figure me parut un enchantement.

 

Je demeurai interdit à sa vue, et ne pouvant conjecturer quel était le dessein de cette visite, j’attendais, les yeux baissés et avec tremblement, qu’elle s’expliquât. Son embarras fut, pendant quelque temps, égal au mien, mais, voyant que mon silence continuait, elle mit la main devant ses yeux, pour cacher quelques larmes. Elle me dit, d’un ton timide, qu’elle confessait que son infidélité méritait ma haine; mais que, s’il était vrai que j’eusse jamais eu quelque tendresse pour elle, il y avait eu, aussi, bien de la dureté à laisser passer deux ans sans prendre soin de m’informer de son sort, et qu’il y en avait beaucoup encore à la voir dans l’état où elle était en ma présence, sans lui dire une parole. Le désordre de mon âme, en l’écoutant, ne saurait être exprimé.

Elle s’assit. Je demeurai debout, le corps à demi tourné, n’osant l’envisager directement. Je commençai plusieurs fois une réponse, que je n’eus pas la force d’achever. Enfin, je fis un effort pour m’écrier douloureusement: Perfide Manon ! Ah perfide ! Perfide !

Je m’assis, en rêvant à cette bizarre disposition de mon sort. Je me trouvai dans un partage de sentiments, et par conséquent dans une incertitude si difficile à terminer que je demeurai longtemps sans répondre à quantité de questions que Lescaut me faisait l’une sur l’autre. Ce fut, dans ce moment, que l’honneur et la vertu me firent sentir encore les pointes du remords, et que je jetai les yeux, en soupirant, vers Amiens, vers la maison de mon père, vers Saint-Sulpice et vers tous les lieux où j’avais vécu dans l’innocence. Par quel immense espace n’étais-je pas séparé de cet heureux état! Je ne le voyais plus que de loin, comme une ombre qui s’attirait encore mes regrets et mes désirs, mais trop faible pour exciter mes efforts. Par quelle fatalité, disais-je, suis-je devenu si criminel? L’amour est une passion innocente; comment s’est-il changé, pour moi, en une source de misères et de désordres? Qui m’empêchait de vivre tranquille et vertueux avec Manon? Pourquoine l’épousais-je point, avant que d’obtenir rien de son amour? Mon père, qui m’aimait si tendrement, n’y aurait-il pas consenti si je l’en eusse pressé avec des instances légitimes? Ah! mon père l’aurait chérie lui-même, comme une fille charmante, trop digne d’être la femme de son fils; je serais heureux avec l’amour de Manon, avec l’affection de mon père, avec l’estime des honnêtes gens, avec les biens de la fortune et la tranquillité de la vertu. Revers funeste! Quel est l’infâme personnage qu’on vient ici me proposer? Quoi! j’irai partager… Mais y a-t-il à balancer si c’est Manon qui l’a réglé, et si je la perds sans cette complaisance? Monsieur Lescaut, m’écriai-je en fermant les yeux, comme pour écarter de si chagrinantes réflexions, si vous avez eu dessein de me servir je vous rends grâces. Vous auriez pu prendre une voie plus honnête; mais c’est une chose finie, n’est-ce pas? Ne pensons donc plus qu’à profiter de vos soins et à remplir votre projet. Lescaut, à qui ma colère, suivie d’un fort long silence, avait causé de l’embarras, fut ravi de me voir prendre un parti tout différent de celui qu’il avait appréhendé sans doute; il n’était rien moins que brave, et j’en eus de meilleures preuves dans la suite.

En dépit du plus cruel de tous les sorts, je trouvais ma félicité dans ses regards et dans la certitude que j’avais de son affection. J’avais perdu, à la vérité, tout ce que le reste des hommes estime; mais j’étais maître du cœur de Manon, le seul bien que j’estimais. Vivre en Europe, vivre en Amérique, que m’importait-il en quel endroit vivre, si j’étais sûr d’y être heureux en y vivant avec ma maîtresse? Tout l’univers n’est-il pas la patrie de deux amants fidèles? Ne trouvent-ils pas l’un dans l’autre, père, mère, parents, amis, richesses et félicité? Si quelque chose me causait de l’inquiétude, c’était la crainte de voir Manon exposée aux besoins de l’indigence. Je me supposais déjà, avec elle, dans une région inculte et habitée par des sauvages. Je suis bien sûr disais-je, qu’il ne saurait y en avoir d’aussi cruels que G… M… et mon père. Ils nous laisseront du moins vivre en paix. Si les relations qu’on en fait sont fidèles, ils suivent les lois de la nature. Ils ne connaissent ni les fureurs de l’avarice, qui possèdent G… M…, ni les idées fantastiques de l’honneur qui m’ont fait un ennemi de mon père. Ils ne troubleront point deux amants qu’ils verront vivre avec autant de simplicité qu’eux. J’étais donc tranquille de ce côté-là. Mais je ne me formais point des idées romanesques par rapport aux besoins communs de la vie. J’avais éprouvé trop souvent qu’il y a des nécessités insupportables, surtout pour une fille délicate qui est accoutumée à une vie commode et abondante. J’étais au désespoir d’avoir épuisé inutilement ma bourse et que le peu d’argent qui me restait fût encore sur le point de m’être ravi par la friponnerie des archers. Je concevais qu’avec une petite somme j’aurais pu espérer non seulement de me soutenir quelque temps contre la misère en en Amérique, où l’argent était rare, mais d’y former même quelque entreprise pour un établissement durable. 

 

Nous marchâmes aussi longtemps que le courage de Manon put la soutenir, c’est-à-dire environ deux lieues, car cette amante incomparable refusa constamment de s’arrêter plus tôt. Accablée enfin de lassitude, elle me confessa qu’il lui était impossible d’avancer davantage. Il était déjà nuit. Nous nous assîmes au milieu d’une vaste plaine, sans avoir pu trouver un arbre pour nous mettre à couvert. Son premier soin fut de changer le linge de ma blessure, qu’elle avait pansée elle-même avant notre départ. Je m’opposai en vain à ses volontés. J’aurais achevé de l’accabler mortellement, si je lui eusse refusé la satisfaction de me croire à mon aise et sans danger, avant que de penser à sa propre conservation. Je me soumis durant quelques moments à ses désirs. Je reçus ses soins en silence et avec honte. Mais, lorsqu’elle eut satisfait sa tendresse, avec quelle ardeur la mienne ne prit-elle pas son tour! Je me dépouillai de tous mes habits, pour lui faire trouver la terre moins dure en les étendant sous elle. Je la fis consentir, malgré elle, à me voir employer à son usage tout ce que je pus imaginer de moins incommode. J’échauffai ses mains par mes baisers ardents et par la chaleur de mes soupirs. Je passai la nuit entière à veiller près d’elle, et à prier le Ciel de lui accorder un sommeil doux et paisible. Ô Dieu! que mes vœux étaient vifs et sincères! et par quel rigoureux jugement aviez-vous résolu de ne les pas exaucer!

 

Nous avions passé tranquillement une partie de la nuit. Je croyais ma chère maîtresse endormie et je n’osais pousser le moindre souffle, dans la crainte de troubler son sommeil. Je m’aperçus dès le point du jour, en touchant ses mains, qu’elle les avait froides et tremblantes. Je les approchai de mon sein, pour les échauffer. Elle sentit ce mouvement, et, faisant un effort pour saisir les miennes, elle me dit, d’une voix faible, qu’elle se croyait à sa dernière heure. Je ne pris d’abord ce discours que pour un langage ordinaire dans l’infortune, et je n’y répondis que par les tendres consolations de l’amour. Mais, ses soupirs fréquents, son silence à mes interrogations, le serrement de ses mains, dans lesquelles elle continuait de tenir les miennes, me firent connaître que la fin de ses malheurs approchait. N’exigez point de moi que je vous décrive mes sentiments, ni que je vous rapporte ses dernières expressions. Je la perdis; je reçus d’elle des marques d’amour au moment même qu’elle expirait. C’est tout ce que j’ai la force de vous apprendre de ce fatal et déplorable événement.

 

 

Sujets de réflexion autour du roman

 

  • En quoi ce roman propose-t-il une vision de l’homme et du monde à travers ses personnages ?
  • Comment expliquez-vous le succès de ce roman depuis 300 ans ?
  • En quoi le roman de Prévost est-il une oeuvre des Lumières ?
  • En quoi ce roman annonce-t-il le romantisme qui triomphera au XIX° ?
  • En quoi le roman peut-il révéler la société à travers ses personnages ? .

 

1.7 DU CÔTE DE LA LANGUE

Les valeurs des temps

Le présent de l’indicatif.

 

  1. Le présent d’énonciationexprime les faits situés au moment où l’on parle

   Je mange une pomme

  1. Le présent de vérité générale.

Les hommes sont mortels

  1. Le présent d’habitudeévoque des actions répétées.

    Chaque matin, il sort son chien à 7 heures. 

  1. Le présent de narrationrapporte des faits passés.

 Les deux hommes se dévisagèrent : Paul reconnait son frère.

  1. Le futur proche.

 Je reviens dans un instant

 

  1. Le passé récent.

Ma femme sort à l’instant. Quel dommage !

 

  1. Le passé composé exprime une action passée par rapport au moment où l’on parle ou écrit.J’ai vu l’assassin sortir de la maison de N.

(il remplace de plus en plus le passé simple)

L’imparfait.

 

  1. Exprime la répétition, l’habitude

    Il voyageait  toujours en première

  1. Ne marque pas clairement la fin d’une action, indique la durée.

   Il avait des boutons partout/ Il pensait à elle…

  1. L’imparfait peut  exprimer une hypothèse ou une condition (avec « si »).

    Si tu parlais, je pourrais comprendre.

   Je voulais savoir si vous faisiez quelque chose ce soir.

Le passé simple.

  1. Evoque un fait passé, délimité dans le temps (vs imparfait) .

        Il éclata de rire et s’en alla.

 

2, Marque la soudaineté d’une action

               Il lisait son journal quand la bombe explosa

Le futur.

 

  1. Le futur simple évoque l’avenir par rapport au présent.

Dimanche prochain, nous irons à Paris.    

 

  1. Le futur peut aussi exprimer un ordre, une supposition ou un fait soumis à une condition.

       Je ne viendrai pas. C’est hors de question.

        Oh ce bruit ! Ce sera encore le voisin qui a laissé son chien seul !

        Si tu joue au loto, tu gagneras

Le futur antérieur.

 

  1. Le futur antérieur évoque une action future, antérieure à une autre action future.

  Quand Paul sera revenu, nous partirons.

 

  1. Le futur antérieur peut exprimer une supposition.

        Ils auront sûrement oublié le rendez-vous.

 

Le plus-que-parfait.

  1. Le plus-que-parfait exprime une action mise à l’arrière-plan.

 Le soleil avait disparu quand mon frère rentra.

  1. Le plus-que-parfait exprime une hypothèse non réalisée dans une subordonnée de condition.

  Si j’avais mieux travaillé, j’aurais mieux réussi.

Le passé antérieur.

  1. Le passé antérieur évoque un fait qui est antérieur à un fait énoncé au passé simple.

        Dès qu’ils eurent fini, ils prirent la poudre d’escampette.

Mode  conditionnel.

 

  1. Le conditionnel peut exprimer un fait probable.

Il aurait été condamné à 10 ans de prison

  1. Il peut aussi évoquer une action future dans le passé.

   Je savais qu’elle ne viendrait pas

 

  1. Il peut exprimer une demande atténuée par politesse.

Pourrais-je vous parler/ je souhaiterais vous parler


  1. Le conditionnel passé peut aussi exprimer l’hypothèse.

           S’il l’avait voulu, il l’aurait eu !

Mode subjonctif

Présent :

  1. Actions dont la réalisation dépend de la volonté, ou de l’obligation morale. Peut également servir à donner des ordres dans un registre soutenu ( + concession, but, regret, doute )

Il faut que tu lui pardonnes

 

  1. Peut exprimer le souhait :

Pourvu qu’elle vienne !

Mode impératif :

Expression de l’ordre, du conseil, de l’interdiction :

Tais-toi !

Ne tombe pas !

Soyez sage…

Mode infinitif :

Pas de sujet donc déshumanisation :

Travailler ! dormir ! Manger ! Travailler !

 

 

 

EXERCICES EN LIGNE

 

 

 

Vers le PARCOURS