Parcours : La bonne éducation

« On ne naît pas homme,     on le devient ».

Erasme, « De pueris instituendis », « Comment éduquer les enfants » , 1519

Oeuvre intégrale : François Rabelais, Gargantua, 1534

Gargantua par Gustave Doré

SOMMAIRE

Le XVIe siècle est un siècle très riche et très complexe. Il serait difficile d’appréhender l’œuvre de Rabelais sans connaître ce qui fait la complexité de cette période. Aussi nous commencerons par nous intéresser au contexte historique et social.

Pour comprendre ce qu’il se passe pendant le XVIe siècle il faut remonter un peu plus loin dans l’histoire. De grands événements vont modifier le rapport au savoir, la conception qu’on a du monde et de l’homme…

 

CONTEXTES : RENAISSANCE & HUMANISME

À l’origine de l’humanisme et de la Renaissance

Invention de l’imprimerie

La découverte de l’imprimerie par GutenbergC’est entre 1452 et 1454 qu’est imprimé en série le 1° livre : une Bible. Cette découverte va accélérer la diffusion de la connaissance. Auparavant les livres étaient recopiés et enluminés par les moines, ce qui évidemment était trés long. Par ailleurs les publications étaient sous le contrôle de l’église.

Chute de Constantinople

Siège de Constantinople

Lorsqu’en 1453, les Ottomans (les Turcs) prennent la ville de Constantinople (aujourd’hui Istambul), c’est la fin de l’empire byzantin. Cette chute provoque la fuite de nombreux savants qui emporte avec eux leurs savoirs et leurs manuscrits notamment vers l’Italie et qui permettront à l’Europe de redécouvrir l’Antiquité grecque et romaine .

Les érudits de l’époque voudront relire les textes anciens, y compris les textes saints, dans leur version original, débarrassés des « commentaires » de tous les théologiens du Moyen Âge qui en avaient détourné le sens premier.  Ce sont eux que l’on appellera les premiers humanistes.

 

Les grandes découvertes

C’est aussi l’époque des Grandes découvertes…nouvelles contrées, nouveaux peuples, et donc confrontation à des cultures différentes. 

Elles obligent la civilisation européenne à se confronter à d’autres civilisations, d’autres mondes, d’autres peuples aux mœurs très différentes. Et également à se poser la question qui animera tout le siècle : qu’est-ce que l’homme ? (voir la controverse de Valladolid, Montaigne…)

 Les humanistes  défendent la tolérance envers ces « nouveaux hommes ».

Pour la première fois, l’esclavagisme, le colonialisme, le racisme et l’intolérance sont combattus (cf. Les Essais, Montaigne).  

Copernic et l‘héliocentrisme

Copernic

Nicolas Copernic (1473-1543)   est un astronome polonais, également chanoine, médecin et mathématicien, né le 19 février 1473  et mort en 1543 

Célèbre pour avoir développé et défendu la théorie de l’héliocentrisme selon laquelle la Terre tourne autour du Soleil.

Jusque là, on considérait que la terre était immobile et au centre de l’univers, que cela été voulu par Dieu. Cette théorie produira des changements profonds d’un point de vue scientifique mais aussi philosophique  et même religieux.  

La révolution copernicienne est   un bouleversement cosmologique puisque par cette découverte l’homme est obligé d’admettre qu’il n’est pas au centre de l’univers et que notre planète n’a pas un statut particulier dans le système solaire.  

Les guerres d’Italie

En 1515, François Ier accède au trône. Il a 21 ans et règnera jusqu’à sa mort en 1547. Des rivalités de pouvoir et de territoire l’opposeront pendant tout son règne à l’empereur Charles Quint. (Rabelais y fait référence dans les guerres pichrocolines[1])

Siège de Florence

En 1515, François Ier accède au trône. Il a 21 ans et règnera jusqu’à sa mort en 1547. Des rivalités de pouvoir et de territoire l’opposeront pendant tout son règne à l’empereur Charles Quint. (Rabelais y fait référence dans les guerres pichrocolines[1])

Dés 1515, il poursuit les guerres d’Italie entamées par ces prédécesseurs. La même année, la victoire de Marignan lui apportera une grande renommée. Ainsi, avec les guerres d’Italie (1494-1559), la France de François 1er (re)découvre la Renaissance italienne (Quattrocento[2]), ses trésors artistiques et culturels.  Ainsi qu’un mouvement intellectuel né en Italie pendant le quattrocento, l’humanisme.  Mouvement qui va s’étendre à l’Europe aux cours des XVe et XVIe siècles.

Mais François 1er est aussi un roi humaniste, un bâtisseur, celui qu’on surnommera « Le père des Lettres et des arts ». Il joue un rôle essentiel dans l’éclosion de la Renaissance française. Il protège les artistes, les accueille…Sa sœur Marguerite de Navarre jouera elle aussi un rôle important. 

Ces cinq évènements jouent donc un rôle essentiel dans l’avènement d’un nouveau monde dans lequel l’humanisme occupe une place essentielle. En histoire, on nomme cette période les temps modernes.

 

François 1er (1494-1547)

[1] Charles Quint a servi de modèle au personnage de Picrochole, dont l’impérialisme est présenté sous un angle parodique au chapitre 33. Par ailleurs, Rabelais fait des allusions aux opérations militaires impériales : le sac de Rome en 1527   (chapitre 33) ; la lutte de Charles Quint contre les Infidèles (chapitre 33) ; la bataille de Pavie à l’issue de laquelle François 1er est battu par les troupes impériales (chapitre 39).

[2] La renaissance italienne, fin du XIVe siècle

Contexte socio-historique

Rabelais nait entre 1483 et 1493… Ces dates correspondent à peu près à ce que l’on considère communément comme la fin du Moyen Âge et le début de la Renaissance.

 

François Rabelais (14!" ou 1494-1553)

Politique et Religion

François Ier : Règne 1515-1547

Au XVIe siècle, l’autorité du roi lui vient de Dieu…

 

Pendant son règne, François Ier renforce le pouvoir royal et crée une Cour somptueuse.

Par l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539, il fait de la langue française la langue officielle du royaume.

Influencé par sa sœur Marguerite d’Angoulême, favorable aux idées religieuses nouvelles, François Ier se montre tolérant vis à vis du courant évangéliste[1]et du jeune protestantisme. Mais en 1534, après l’Affaire des placards[2] ,  commence les persécutions religieuses contre les protestants.   

 

[1] De nombreux humanistes ne souhaitent pas rompre avec la papauté, sont animés d’un désir de réforme sans schisme, mais se déclarent néanmoins hostiles aux abus ecclésiastiques, comme Érasme et Rabelais. Les adjectifs « évangélique » et « évangéliste » apparaissent au début du XVIe siècle et renvoient au chrétien qui « revient à la vérité première de l’Évangile »

[2] Un placard est un avis écrit ou imprimé qu’on affiche publiquement. Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534, des placards furent apposés à Paris et à Amboise, jusque sur la porte de la chambre royale, par le parti protestant. Ils remettaient en cause certaines pratiques de l’église catholique

Bûchers suite à l'affaire des placards

1534 est à la fois l’année de parution de Gargantua et l’année de l’affaire des placards. Le roi jusque-là tolérant vis-à-vis des nouvelles idées religieuses entame une politique de répression.

 Il interdit l’imprimerie pendant deux semaines, des appels à la dénonciation de protestants sont lancées, des arrestations et surtout la multiplication des bûchers où brûleront certains humanistes.  Même Érasme et les évangéliques, qui militaient pour une foi moins intransigeante, finissent par être poursuivis.

Pendant presque tout son règne, François Ier sera en lutte contre Charles Quint, empereur du Saint-Empire romain germanique[3]. Rabelais y fait référence dans les guerres picrocholines (Gargantua, chapitres 25 à 51 consacrés à la guerre picrocholine)

[3] Saint empire : ensemble de territoires allemands et italiens qui étaient   soumis à un empereur d’origine allemande. Il a été fondé au xe siècle  et a duré jusqu’en 1806.

 

François Ier sera aussi un roi mécène, il protégera les artistes et fera venir d’Italie Léonard de VinciBenvenuto Cellini. Il fait construire ou transformer de nombreux châteaux (FontainebleauSaint-Germain-en-LayeChambord). Il attire auprès de lui les nobles qu’il transforme en domestiques de luxe.

 

Fontainebleau

A sa mort, son fils Henri II règnera de 1547 à 1559. Si ce roi représente parfaitement la Renaissance française, Henri II poursuit l’œuvre politique et artistique de son père. Il poursuit les guerres d’Italie, en concentrant son attention sur l’empire de Charles Quint qu’il parvient à mettre en échec. 

Son règne marque également l’essor du protestantisme qu’il réprime avec davantage de rigueur que son père. Devant l’évolution de la Réforme, Henri II ne parvient pas à régler la question religieuse, qui débouche après sa mort sur les guerres de Religion.

 

Henri II

Les règnes suivants, ceux de Charles IX (1560-1574) et Henri III (1574-1589) seront marquées par les guerres de Religion qui opposent catholiques et protestants. En 1572 aura lieu la terrible nuit de la  Saint-Barthélémy[4].

 

[4] Le massacre de la Saint-Barthélemy est le massacre de protestants déclenché à Paris, le 24 août 1572, jour de la saint Barthélemy, prolongé pendant plusieurs jours dans la capitale, puis étendu à plus d’une vingtaine de villes de province durant les semaines suivantes et même les mois suivants.

Les choses s’apaiseront pendant le règne dHenri IV  (1589-1610 ) avec la restauration de l’autorité monarchique, le redressement économique et la signature de  Edit de Nantes en 1598 qui assure la liberté de culte aux protestants.

Edit de Nantes 1598
Henri IV

Les conflits religieux

Un certain nombre d’esprit du XVI° sont choqués par la vie dissolue des papes au Vatican, les abus de l’église, l’oubli du message délivré par les textes sacrés, les pressions exercées sur le pouvoir royal… Cela provoque la naissance du courant évangélique qui apparaît avec Erasme, Rabelais, Marguerite de Navarre ou Lefèvre d’Etaples qui traduit la Bible en français (1530). Pour eux, l’accès aux textes des Evangiles doit être individuel, afin d’éviter toutes les dérives d’un message manipulé. Il s’agit donc de revenir aux textes initiaux.  

vente d'indulgences par l'Eglise
Luther & Calvin

Née de la même constatation, la Réforme protestante se développe en Allemagne, au début du XVIème siècle, sous l’impulsion d’un moine, Luther (1483-1546), dont les thèses, qui attaquent le comportement d’une partie du clergé, la méconnaissance des textes, seront reprises en France par Calvin (1509-1564) en 1532. 

Calvin, lui, prône une austérité extrême : quoi que fasse l’homme, il reste pécheur et seuls la grâce de Dieu peut le sauver selon la théorie de la Prédestination. Son ouvrage principal, L’Institution chrétienne (1541), décrit ainsi cette théorie : “Nous appelons Prédestination le conseil éternel de Dieu par lequel il a determiné ce qu’il voulait faire de chaque homme. Car il ne les crée pas tous pareil en condition, mais il ordonne les uns à la vie éternelle, les autres à l’éternelle damnation”.

L’Église catholique, très puissante, puisque représentante de la première religion en Europe combat ces deux branches dissidentes, en censurant les œuvres jugées scandaleuses, en excommuniant les réfractaires, en pourchassant les hérétiques.

Ces conflits déboucheront sur les guerres de religion entre catholiques et protestants pendant la 2° moitié du XVI°.

Index des livres interdits (1564)

La médecine

La médecine a tenu une grande place dans la vie de Rabelais.  Dans le Gargantua on trouve les plus récents développements de la pédiatrie et de l’hygiène au service de la pédagogie et d’un nouvel art de vivre.

Il a aussi pratiqué des dissections notamment celle relatée par Etienne Dolet, dans un recueil de poèmes latins: “Carminum Libri Quatuor”, publié en 1538. A l’époque,  la dissection était jugée infamante pour un médecin. Mais elle s’inscrit dans une réaction naturelle contre l’ignorance, et les dangers de la séparation de la théorie et de la pratique.

Des personnages soumis à « leurs humeurs »

Les personnages de Rabelais   sont déterminés par leur « tempérament » au sens où l’entendait la médecine antique dans la théorie des humeurs (Hippocrate).

Pour Hippocrate et ses contemporains, la nature de l’homme est à l’image de celle de l’Univers. L’Univers est constitué de quatre éléments (air, eau, feu et terre) et de quatre saisons. Tout comme lui, le corps humain est constitué de quatre humeurs

 Les quatre éléments, le Feu, l’Air, l’Eau, et la Terre existent dans le corps humain sous forme d’Humeurs :

La santé du corps et de l’âme dépend de l’équilibre de ces Humeurs.  

Le tempérament de l’être humain, ou caractère, est déterminé par la dominance de l’une de ces humeurs. Tout un système de soin en découle.

On rééquilibre l’excès d’une Humeur par des saignées, des purges, des ventouses, des diètes, une certaine alimentation en harmonie avec le tempérament de la personne et de son âge.  

  Une personne est douée d’un caractère singulier, et d’une prédisposition à réagir, en fonction de son propre « équilibre », observable dans son sang. Créer un personnage comme Gargantua ou Picrochole, c’est d’abord le concevoir comme un être fait de chair et de sang, un être déterminé par son « tempérament » (le mot vient du latin temperamentum, qui signifie « équilibre »).

 

La saignée

Le régime de vie peut contribuer au déséquilibre ou à l’équilibre, et la diète imposée à Gargantua par Ponocrates (chapitres 23 et 24) illustre justement une manière de rééquilibrer une « complexion » défectueuse.

Ainsi  dans les chapitres sur la naissance et l’éducation de Gargantua, il faudra d’abord le débarrasser de l’excès de  phlegme pour en faire un grand roi ! Cette excès pourrait venir de la vie intra-utérine puisqu’avant d’accoucher,  Gargamelle a ingurgité des tripes, (estomac et intestin du bœuf comportant des matières fécales en fermentation)  Gargantua a pu développer un excédent de phlegme.

Ambroise Paré au chevet d'un blessé😳

Or le portrait-type du phlegmatique par Ambroise Paré fait étrangement penser à  Gargantua avant la purge imposée par Ponocrates : Le phlegme  rend l’homme endormi, paresseux et gras, ayant trop tôt les cheveux blancs. […]  Les phlegmatiques ont l’esprit lourd, grossier et hébété. Ils sont très paresseux et dorment profondément. […] Ils sont insatiables, et ils ont un appétit canin1 quand la pituite2 qui prédomine est de l’espèce qu’on appelle acide. Ils digèrent leurs viandes3 tardivement, dont il s’ensuit qu’ils engendrent une grande quantité d’humeurs froides et pituiteuses4, lesquelles le plus souvent s’amassent dans le boyau nommé « colon ». Celui-ci, par ce moyen, se tend et fait un bruit grenouillant, c’est-à-dire presque semblable aux cris des grenouilles. Et ils ont de grandes douleurs, et il leur semble que les parties souffrantes sont tirées et tendues, dont s’ensuit la colique...

Ainsi au chapitre 11, Gargantua excelle en paresse, ne se réveille que pour boire et manger. Et Rabelais nous dit qu’il est  « merveilleusement phlegmatique des fesses ». Il produit moult gaz accompagnés de bruits peu mélodieux : il «  barytone  du cul » et se «  conchie  à toutes heures » (chap. 7), parfois même « [chiant] dans sa chemise » (chap. 11).

Toute cette intense activité intestinale aboutit   à l’invention du « torche-cul » qui glorifie le plaisir anal.

  C’est par  l’ éducation qu’on  pourra rééquilibrer sa complexion, et faire de lui un grand roi capable de maitrise….

 

Contextes littéraire et artistique

Influences de la littérature du moyen âge et du carnaval sur l’oeuvre de Rabelais

La Renaissance

La Renaissance française (XVI°) nait de la renaissance italienne (Quattrocento-XV°).

Elle nait de la redécouverte de la culture antique (philosophie, littérature, sciences, textes saints…) qui a été rendue possible notamment par l’imprimerie, la chute de Constantinople, les grandes découvertes …  Au XVI, la Renaissance est un mouvement européen.

L’art va désormais largement chercher son inspiration dans l’Antiquité et les mythes et se détache des sujets propres au Moyen Âge.

 

Des changements architecturaux

Chateau de Chambord

L’architecture défensive du Moyen Âge va laisser place à des châteaux qui privilégient l’esthétique : les meurtrières laissent la place à de longues et grandes fenêtres, les pont-levis et les douves sont remplacés par de magnifiques jardins…

 Ainsi, dès 1519, François Ier fait construire le château de Chambord.

La littérature au temps de Rabelais

C’est au XVI° que la langue française est établie comme langue officielle et qu’elle devient la langue littéraire. En poésie, avec les poètes de La Pléiade, dans le roman avec Rabelais ou avec Montaigne. 

On ne peut séparer Renaissance et Humanisme.

Le XVIe siècle est marqué par la naissance de la langue française moderne, soutenue par le pouvoir royal de François Ier, qui, avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), donne à cette langue son statut de langue officielle du droit et de l’administration du royaume de France.  L’usage du latin commence à décroître, mais les dialectes continuent d’être parlés par la grande majorité de la population en France et ce jusqu’à la Révolution                                                                                                       française .

La langue française s’enrichit de mots provenant du grec, du latin et de l’italien (Prés de 2000 mots à l’époque)

Poésie au XVI° : De nouvelles formes pour un esprit nouveau…

Au XVI° ,  les formes fixes du moyen âge se  libèrent.

A l’exception du sonnet qui va connaître un grand succès.  Introduit au milieu du XVI°, et largement utilisé, notamment par les auteurs de La Pléiade, il  sera l’une des formes les plus employées jusqu’au début du XX°.

Sonnet La Belle haineuse, Vincent Voiture
Poètes de la Pléiade Joachim du Bellay (1522-1560) Pierre de Ronsard (1524-1585) Jacques Peletier du Mans (1517-1582) Pontus de Tyard (1521-1605) Rémi Belleau (1528-1577) Étienne Jodelle (1532-1573) Jean-Antoine de Baïf (1532-1589)

Le mouvement de La Pléiade est le plus célèbre du XVI°, il compte des poètes comme Ronsard ou Du Bellay. Les poètes se considèrent comme les interprètes des dieux, comme ceux capables de concevoir les secrets divins et de les révéler au monde.

  C’est une vision platonicienne de la poésie. En effet pour le philosophe grec, le poète est un « être inspiré » qui écrit sous l’impulsion d’une inspiration divine. 

Ces jeunes poètes se battent pour une poésie en langue française (Et non plus en latin).  En 1549, le poète Joachim du Bellay publie Défense et illustration de la langue française. Ils désirent enrichir cette langue, qu’ils jugent pauvre, par des emprunts au latin, au grec et à l’italien et par des néologismes. Rompant avec l’héritage médiéval, ils s’inspirent notamment de l’Antiquité et privilégient les formes de l’ode et du sonnet.

Roman au XVI° : François Rabelais et la naissance du roman moderne

Avec François Rabelais se réalise la synthèse entre la tradition comique carnavalesque du Moyen Age et les nouveaux savoirs de la Renaissance. Sa vie et son œuvre polymorphe, qui donnent à rire et à penser, qui échappent à tout classement, sont le triomphe de la liberté d’esprit.

Ses deux principaux héros littéraires, des géants, père et fils, sont issus de la littérature du Moyen Age.

Avec Gargantua, Rabelais reprend un personnage de la tradition populaire du moyen âge, et lui invente un fils, Pantagruel. Pantagruel (1532) et Gargantua (1534), sont deux chefs-d’œuvre prônant la paix et la tolérance, qui préfigurent le roman moderne. Son œuvre est le reflet de la réflexion humaniste de l’époque. 

   Elle se compose de  cinq livres publiés de 1532 à 1564.  Rabelais y reprend les légendes d’une famille de géants et, à travers les aventures de ses personnages Gargantua et Pantagruel, père et fils, exprime ses idées humanistes sur le bonheur, la guerre, l’Église, l’éducation, la politique d’un roi, l’ordre social. Son idée maîtresse est la foi enthousiaste dans la raison et les possibilités humaines. Il trace les traits de l’Homme de la Renaissance.  

Littérature d’idée au XVI°

Nicolas Machiavel (1469-1527), Le Prince, 1513 🇮🇹

Né à Florence, Machiavel fait des études de droit puis exerce des fonctions politiques importantes au sein de la République de Florence dans une Italie morcelée en petits états divisés et instables. 

 Exiler au retour des médicis, il écrit Le Prince pour retrouver leurs bonnes grâces. Il le dédiera à Laurent II de Médicis. Le Prince est une sorte de manuel à l’usage des monarques…pour gouverner et surtout se maintenir au pouvoir.

Pour Machiavel, l’homme n’est pas sociable par nature, il est mauvais.      

A la différence de ses contemporains, Machiavel ne décrit pas la nature du gouvernement, mais les moyens de conservation du pouvoir. 

Il déconseille l’usage de vertus morales qui   conduirait le prince à sa perte. Pour lui, la morale n’a rien à faire en politique. Aussi il considère que celui qui a le pouvoir peut et doit user de tous les moyens nécessaires à la conservation de son pouvoir : la force, la ruse,  la violence ou la dissimulation sont utiles si elles le rendent efficace.  Le mal est donc un instrument nécessaire en politique. Par ailleurs le prince peut également utiliser la religion pour asseoir son pouvoir et contraindre le peuple. 

Néanmoins, l’Etat use de la force, mais dans le but de mettre en place des lois pour le bien du peuple. Machiavel recherche à créer un pouvoir fort destiné à assurer la paix.  La politique n’est donc qu’une stratégie. 

 (D’aprés lemondepolitique.fr)

Érasme 🇱🇺(1469-1536)

Erasme

Erasme, est un penseur, théologien néerlandais né à Rotterdam en 1469. Au cours de sa vie, il sillonne l’Europe, échangeant (généralement en Latin qui permet à tous les savants européens de se comprendre) avec les érudits de son temps sur tous les sujets.

Comme beaucoup de ses contemporains humanistes, il méprise le Moyen Age et se dit convaincu que toute connaissance de l’homme et du monde est à prendre dans les livres des auteurs antiques. C’est à travers la fréquentation des grands intellectuels de son siècle, avec lesquels il entretiendra de vrais rapports d’amitié, qu’il construit sa pensée et forge sa capacité à débattre. 

Pour lui, « On ne nait pas homme, on le devient ». Et l’éducation est donc essentielle. Erasme va d’ailleurs publier plusieurs choses à ce sujet dont  Traité sur l’éducation, 1529

En 1509, alors qu’il réside à Londres chez son ami l’humaniste Thomas More, Érasme rédige son plus célèbre ouvrage, Éloge de la folie, satire de la société de son temps, deviendra rapidement un des plus grands livres de son époque. Il le consacrera définitivement comme maître des humanistes, admiré dans l’Europe entière. Dans ce petit ouvrage satirique, la déesse de la Folie prend la parole pour parler des hommes, de manière ironique, en soulignant à quel point elle leur est indispensable… tant ils semblent manquer de raison. C’est  une critique virulente de la société.

En 1516, il propose une nouvelle traduction en grec de la Bible, appuyée sur les nouvelles méthodes d’étude des textes que formalisent les humanistes. 

Le soleil est un bien commun, offert à tout le monde. Il n’en va pas autrement avec la science du Christ […]. Je suis tout à fait opposé à l’avis de ceux qui ne veulent pas que les lettres divines soient traduites en langue vulgaire pour être lues par les profanes, comme si l’enseignement du Christ était si voilé que seule une poignée de théologiens pouvait le comprendre, ou bien comme si le rempart de la religion chrétienne était fait de l’ignorance où on la tiendrait. Je voudrais que toutes les plus humbles des femmes lisent les Évangiles, lisent les épîtres de saint Paul. Puissent ces livres être traduits en toutes les langues de sorte que les Écossais, les Irlandais, mais aussi les Turcs et les Sarrasins soient en mesure de les lire et de les connaître. 

Erasme

Europe au XVI°

L’Europe qu’il souhaite est une Europe qui cherche à se construire dans la paix et la pleine mise en relation des hommes.

Soucieux, comme tout humaniste, de la concorde au sein de l’Église, et  malgré ses penchants pour l’Évangélisme, Érasme se garde de prendre radicalement partie pour les idées nouvelles, la future Réforme. Fidèle à ce positionnement de tolérance et de pacifisme, il publie en 1524, un Essai sur le libre arbitre, où il défend l’idée selon laquelle l’homme à la liberté de choisir sa perte ou son salut. 

Grand épistolier    il entretient une relation avec prés de 600 correspondants parmi les savants, et les têtes couronnées de   l’Europe entière et, notamment, avec le souverain le plus puissant de son temps,  Charles Quint, Empereur du saint Empire germanique..

Lettre de Rabelais à Erasme

À Érasme, 


Salut empressé, au nom de Jésus‑Christ sauveur. 

Georges d’Armagnac, très illustre évêque de Rodez, m’envoya dernièrement l’Histoire juive de Flavius Josèphe1 sur la prise de Jérusalem et me pria, au nom de notre vieille amitié, de vous la faire remettre à la première occasion, s’il advenait que je rencontrasse un homme de confiance qui allât où vous êtes. J’ai donc saisi avec empressement cette occasion, qui me permet, en outre, mon excellent père, de vous témoigner par quelque bon office, avec quels sentiments de piété filiale je vous honore. Mon père, ai-je dit ! Plus encore ! Je dirais : ma mère, si votre indulgence me le permettait. Car ce que nous voyons arriver chaque jour aux femmes qui nourrissent le fruit de leurs entrailles sans l’avoir jamais vu, et le protègent contre les intempéries de l’air, tout cela vous l’avez éprouvé aussi, vous qui, ne connaissant ni mon visage ni même mon nom, m’avez élevé et abreuvé aux chastes mamelles de votre divine science. Oui, tout ce que je suis, tout ce que je vaux, c’est de vous seul que je le tiens […]. Salut, salut encore, père chéri, père et honneur de la patrie, génie tutélaire des lettres, invincible champion de la vérité […]. 

Lettre de François Rabelais à Érasme, le 30 novembre 1532.




Thomas More 🇬🇧

Thomas More (1478 -1535)
Ile d'Utopia
Exécution de Thomas More, 1535

Thomas More est le représentant du courant humaniste en Angleterre.  Son œuvre Utopia (L’Utopie ou le Traité de la meilleure forme de gouvernement)
parair en 1516. More y décrit un monde idéal où règnent l’ordre et la tolérance.  

Le mot « utopie », qui va bientôt entrer dans toutes les langues européennes (pour la France, ce sera en 1532, grâce à Rabelais), est formé à partir du grec    eu-topos signifie qu’Utopia est le lieu (topos) du bonheur (eu) tandis qu’outopos renvoie à une région imaginaire ; l’utopie est donc nulle part et constitue la perfection de la forme gouvernementale. L’ouvrage de More se présente sous la forme d’un récit de voyage et comporte deux parties.

La première partie est une critique (dystopie) de l’Angleterre de l’époque, concentrée sur les ravages économiques et sociaux suscités par l’introduction brutale de l’élevage massif de moutons dans les campagnes.

La seconde partie est la description du gouvernement idéal de l’île d’Utopie, dont l’organisation et les lois, peu nombreuses et accessibles à tous, résument les espoirs des humanistes d’alors : abolition de la propriété et mise en commun des richesses et des tâches, journée de travail de 6 heures, instauration d’un système moral austère, éducation et loisirs pour tous, refus du luxe, égalité entre les hommes et les femmes, gouvernement confié aux plus âgés et plus sages, vie collective, modestie des besoins et vie proche de la nature, refus de la guerre et des conquêtes, spiritualité fondée sur une divinité naturelle et refus de toute intolérance religieuse…
d’apres un article de la revue Elephant N°

Le 6 juillet 1535, Thomas More, ancien ambassadeur extraordinaire puis chancelier d’Henri VIII d’Angleterre, est décapité sur ordre du roi. Cet ami d’Érasme, catholique fervent meurt de n’avoir pas accepter le schisme (la séparation) d’avec le pape qui a permis à Henri VIII de divorcer de Catherine d’Aragon et de se remarier avec Anne Boleyn.

Guillaume Budé (1467-1540) 🇫🇷

Guillaume Budé

 

Érasme l’appelait le « Prodige de la France »

Savant en  sciences, théologie, jurisprudence, mathématiques, philologie ; mais c’est surtout comme helléniste qu’il est connu.  Il porte le titre de Maître de la Librairie du Roy. Il est lié avec Thomas More,  Étienne Dolet, Rabelais et surtout Érasme  

 Etienne Dolet (1509-1546) 🇫🇷

 

 

 

Ecrivain, poète, imprimeur, humaniste et philosophe français.

Il sera l’éditeur de Rabelais.

Érigé en martyr de l’humanisme, il a témoigné toute sa vie d’une rare liberté d’esprit. Il publia dans son imprimerie de Lyon des ouvrages d’érudition (Commentarii linguae latinae, 1536-1538), des almanachs et des satires. La publication du Cato christianus (1538) le fit accuser d’hérésie et d’athéisme, et jeter en prison, où il retourna en 1544. Condamné à mort, il fut pendu et brûlé à Paris, place Maubert, en 1546.(Larousse)

 

Michel de Montaigne  (1533- 1592 ) , Les Essais 1580  🇫🇷

Membre du Parlement puis maire de Bordeaux. La publication de ses Essais en 1580 , illustre cette introspection de l’homme qui cherche à se repositionner par rapport au monde.

L’auteur revendique une écriture très personnelle.

L’essai tel qu’il est pratiqué par Montaigne,  est une « tentative »,qui ne se donne pas pour aboutie mais qui, au contraire, revendique un caractère non fini.

Ce qu’il veut montrer dans ses Essais, c’est une pensée en action, une pensée vivante. Montaigne y traite de tous les sujets de son temps et notamment rejette l’ethnocentrisme de son temps, les guerres de religion et défend une éducation moderne et humaniste « une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine ».

Michel Eyquem de Montaigne

Il accorde   une importance primordiale à la réflexion, à l’esprit critique, au jugement personnel et à l’ouverture d’esprit. Il entend former de bons citoyens avant tout capables de réfléchir et d’agir selon des valeurs morales, plutôt que des savants. Comme tous les humanistes, il partage l’idée selon laquelle l’évolution du monde et de la société reposent avant tout sur une bonne éducation de la jeunesse, qui doit commencer le plus tôt possible.

En 1572,  alors que la France est déchirée par les guerres de religion, et qu’à lieu le massacre de la Saint-Barthélemy,  Montaigne  se retire sur ses terres, dans sa « librairie », la  célèbre bibliothèque dont il a fait orner les poutres de maximes antiques. Il se considère comme un homme âgé (il a à peine 40 ans !), frappé par des deuils :  celui de son père à qui il doit d’avoir reçu une éducation humaniste très moderne pour l’époque, et celui de son ami, Étienne de La Boétie . C’est cette année-là qu’il commence la rédaction des Essais qui durera jusqu’à sa mort, vingt ans plus tard.   

Le mot « essai » vient du latin exagium, qui signifie « pesée » . Montaigne a pour projet d’examiner tout ce qui l’entoure .    :  l’amitié,  la mort, les Indiens d’Amérique ou  l’éducation des enfants…

Le projet autobiographique est annoncé dès la préface : « Je suis moi-même la matière de mon livre. » Il  puise ses réflexions non seulement dans les livres mais aussi dans son expérience politique (il a été maire de Bordeaux) et diplomatique (il a mené des missions de rapprochement entre protestants et catholiques) ainsi que dans ses nombreux voyages.  
Il meurt en 1592.

Les Essais associent l’intime et de l’universel puisque comme il l’écrit lui-même « chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition ».

  Les arts au temps de Rabelais

Dans le domaine des arts, le XVI° siècle s’avère d’une grande richesse :  peinture, sculpture, architecture…se déploient dans une variété d’artistes prestigieux parmi lesquels   Botticelli (1445-1510), Léonard de Vinci (1452-1519), Raphaël (1483-1520), Michel-Ange (1475-1564), Titien (vers 1488-1576)

Titien, Diane et Eros
L’Annonciation , Carlo Crivelli, 1486

Ce qui favorise en France cet épanouissement culturel, c’est aussi une situation économique très favorable. Au milieu du XVème, se produit une forte croissance économique notamment grâce à l’expansion du commerce extérieur et intérieur. Néanmoins, vers le milieu du XVIe siècle va éclater une crise religieuse profonde qui trouve ses racines dans le mouvement qu’on appellera la Réforme et qui va mettre un frein à cet épanouissement.

Les styles sont très différents en fonction des pays mais on remarque des points communs : une recherche de réalisme, l’utilisation de la perspective, la recherche de lumière, de nouvelles techniques et de nouveaux sujets. Ce sont ces innovations qui marquent la rupture avec l’art du Moyen Âge.

Sandro Botticelli, Le Printemps

Quelques oeuvres représentatives

Léonard de Vinci, La Dame à l’hermine

Michel-Ange, La chapelle sixtine, 1512 (La création d’Adam)

 Le Greco, L’enterrement du Comte d’Orgaz, 1588

Caravage, Judith et Holopherne, 1598

Selon l’historien René Rémond, une « Renaissance » se caractérise par :

  • l’apparition de nouveaux modes de diffusion de l’information;
  • la lecture scientifique des textes fondamentaux ;
  • la remise à l’honneur de la culture antique(littérature, arts, techniques) ;
  • le renouveau des échanges commerciaux ;
  • les changements de représentationdu monde.

L’Humanisme

Petite définition de l’humanisme

L’humanisme est un mouvement de pensée qui s’est développé́ en Italie pendant la Renaissance et qui s’est développé́ en France à partir du XVIe siècle.

L’humanisme est hérité de  l’Antiquité  C’est un mouvement culturel européen  qui voit le jour en Italie au XVème siècle.

Par humanisme, on entend une nouvelle conception de l’homme et de l’univers qui, en s’appuyant sur l’étude de l’antiquité gréco-latine, source de la culture occidentale, met l’homme au centre de ses préoccupations et tend vers un épanouissement de ses qualités intellectuelles et morales.  

Les humanistes de la Renaissance rejettent les valeurs du Moyen-Age et placent l’homme au centre de leur réflexion. Ils retiennent l’idée antique d’une harmonie nécessaire entre corps et esprit. Ils croient en une nature humaine universelle.

Quelques idées :

  • Supériorité de l’homme sur l’animal (l’homme est capable d’acquérir des connaissances, pas l’animal; il est un être moral, pas l’animal).
  • Vision anthropocentrique de l’homme : ainsi pic de la Mirandole considère que l’homme est libre et qu’il occupe une place à part dans la nature :

 « Ô très haute et très merveilleuse félicité de l’homme,   À lui seul est accordé le pouvoir de posséder ce qui lui plaît d’être ce qui lui semble bon ”   

L’humanisme a eu deux sens successifs, qui se sont ensuite confondus :

–   C’est d’abord la redécouverte de la philosophie, de la littérature, de l’art et des valeurs de l’Antiquité́ classique considérés comme le fondement de la connaissance. 

– Au fil des décennies, l’humanisme s’élargit jusqu’à̀ devenir « une foi rationnelle dans la valeur et la dignité de l’homme, un respect civilisé de sa liberté́, un culte militant de sa raison » (Jacques Decour).

 

De façon générale : Attitude philosophique qui tient l’homme pour la valeur suprême et revendique pour chaque homme la possibilité d’épanouir librement son humanité, ses facultés proprement humaines

Les premiers humanistes

Les premiers humanistes restent dans le sein de la religion chrétienne. Mais ils enseignent le retour à une lecture plus authentique du texte des Écritures  (La Bible). Érasme dénonce les superstitions, « les observances charnelles » et trop humaines, bref tout ce qu’il estime n’être que déviation par rapport à l’enseignement du Christ. « On en est arrivé au point que l’essentiel de la religion dépend moins des prescriptions du Christ que des définitions et du pouvoir des évêques ». En fait, ces humanistes refusent les interprétations et réécritures des textes sacrés faites au Moyen-âge qui substituent à la lecture des textes sacrés et à la Parole de Dieu des explications, des analyses et des commentaires proprement humains.  Ainsi, la première culture humaniste se veut  au service de la religion chrétienne, souhaite sa purification par l’établissement et l’étude des Écritures ; Les humanistes rejettent une religion des dévotions superstitieuses et prône une religion intérieure.   

Chez Érasme, Thomas More, Guillaume Budé, cette érudition, cet amour des lettres, sont encore au service de la religion. Même s‟ils sont centrés sur l’homme, c’est sans évincer Dieu. L’humaniste adopte la devise : « Fides quaerens intellectus» (« la foi s’appuyant sur l’esprit »). 

 Ce n’est que plus tard que la culture humaniste évincera la religion.

Les humanistes du XVI° vont donc refuser les habitudes de pensée de la philosophie du Moyen-âge qui s’était approprié les textes antiques, les avait réinterprétés à son profit. (la scolastique)

Pour les humanistes, l’homme doit s’aider lui-même et faire preuve de synergie, c’est-à-dire que l’homme et dieu sont associés dans l’édification de la destinée de chacun. Il n’y a donc pas de prédestination.

Petrarque (1304-1374)

Si l’humanisme se développe dans toute l’Europe c’est bien sûr grâce à l’invention de l’imprimerie quelques décennies plus tôt puisque grâce à elle, il est plus aisé de faire circuler les connaissances mais c’est aussi par les nombreux échanges qu’ont entre eux les intellectuels, les érudits de l’époque, qui voyagent beaucoup et échangent énormément de lettres.

Le mouvement humaniste part de la redécouverte des textes antiques originaux (Antiquité gréco-romaine) que les savants et les érudits qui ont fui Constantinople ont emporté avec eux vers l’Italie.  L’Italien Pétrarque (1304-1374)   est généralement considéré comme le père fondateur de ce mouvement . 

Il y a donc nécessité dans un premier temps de maîtriser parfaitement le latin et le grec. Il y a une réelle soif de connaître les textes antiques qu’ils soient d’ordre philosophique, rhétorique ou littéraire mais aussi religieux .

Du Bellay, Défense et illustration de la langue française (1549)

Mais en même temps, il y a chez les humanistes la volonté d’enrichir les langues vernaculaires afin de les élever au même niveau que le latin. L’Edit de Villers-Cotterêts signé par François Ier impose le français pour les documents administratifs. Sur le plan littéraire, la Pléiade, et notamment du Bellay avec sa Défense et Illustration de la langue française cherche à faire de la langue française un joyau qui n’aurait rien à envier au latin.

Ce qui est assez remarquable dans ce mouvement, c’est qu’il n’est pas du tout circonscrit à la France ou à un État particulier mais qu’il concerne la plupart des états européens. 

 

Humanisme et Religion

Les théologiens voient d’un très mauvais œil la traduction du Nouveau Testament, beaucoup plus fidèle au texte et dans un latin plus correct proposée par Erasme.  

Cette traduction aboutit à une critique acerbe et aigue de la lecture traditionnelle du Nouveau Testament : par exemple, Erasme écrit : « Certains déforment ce passage (Matthieu 23, 2) comme s’il fallait obéir à toutes les instructions des évêques ou des supérieurs, même impies à cause de l’autorité de leur charge, alors que le Christ parle de ceux qui enseigneraient droitement la Loi Mosaïque et non de ceux qui prendraient les humains au piège de leurs petites constitutions  ».   

Ou encore :«  Il y a des princes séculiers, les évêques les cardinaux, les pontifes, et ce qui est beaucoup plus grave, ces champions qui portant pour masque l’apparence de la religion, s’occupent des intérêts de leur ventre  ».

La traduction nouvelle permet un recentrage sur Jésus Christ et son enseignement, relativisant la puissance des princes de l’église, et ouvre ainsi la voie à la rupture que la naissance du protestantisme va provoquer dans la religion chrétienne  

Pour les humanistes, c’est donc à l’homme de trouver sa place dans l’univers. Le savoir ne s’oppose pas à Dieu ; au contraire, c’est sur lui que repose la sagesse humaine et c’est ainsi que l’homme pourra retrouver sa forme originelle, celle voulue par Dieu au début de la Création, avant la Chute..

 C’est l’idée défendue par l’Italien Jean Pic de la Mirandole (1463-1494), pour qui l’homme, au centre de l’univers créé, pouvait quasiment rejoindre la perfection divine en progressant toujours plus dans son savoir. Rabelais, moins extreme,  réfléchissait lui aussi à cette question de l’amélioration morale de l’individu : Pantagruel et Gargantua  sont en réalité le récit de la formation de géants brutaux et grossiers, peu à peu transformés en sages princes chrétiens, aptes à construire une société pacifique.

ŒUVRE : GARGANTUA, 1534

L’Auteur

François Rabelais naît entre 1483 et 1494 près de Chinon dans le domaine de La Devinière. Son père, avocat, veille à c e que son fils reçoive une bonne bonne éducation.   

La Devinière ( Aujourd'hui Musée Rabelais)

Dès 1511, Rabelais entre comme novice dans un monastère Franciscain près d’Angers. 1519, il intègre un nouveau monastère, celui des cordeliers de Fontenay-le-Comte, dans lequel il étend sa culture humaniste (notamment en matière de philosophie et de théologie). Il se passionne pour le grec, fréquente un groupe d’humanistes et entretient une correspondance en latin et en grec notamment avec Guillaume Budé. Il étudie le droit. On lui retire ses livres de grec sur ordre de la Sorbonne, qui interdit l’étude de l’Écriture dans les textes originaux.

Aussi en 1525  Rabelais demande et obtient du pape l’autorisation de passer dans l’ordre des Bénédictins dont les règles sont moins strictes.

Puis à partir de 1530,  il entreprend des études de médecine à Montpellier

Il publie Pantagruel en 1532, sous le pseudonyme d’Alcofribas Nasier. La même année il exerce la médecine à l’Hôtel-Dieu de Lyon. Dés 1533, l’oeuvre est condamné  par la Sorbonne. Mais il obtient la protection de l’évêque de Paris, Jean Du Bellay, futur cardinal qu’il accompagnera en Italie en 1534.

A l’automne 1534, il publie Gargantua au moment où a lieu l’affaire des placards.

 

 Il reçoit en 1537 le grade de docteur en médecine de la faculté de Montpellier et entre   au service personnel de Guillaume du Bellay, seigneur de Langey et frère du cardinal Jean du Bellay .Rabelais devient un médecin reconnu.

En 1543,  la Sorbonne condamne à nouveau Gargantua et Pantagruel.  

En 1546, Rabelais publie le Tiers Livre, suite des aventures de Pantagruel et de son petit compagnon  Panurge. L’oeuvre est aussitôt  censurée.

François 1er meurt en 1547. Henri II lui succède. Rabelais part à Rome où il accompagne à nouveau Jean du Bellay .

En 1550 , Rabelais obtient du roi Henri II un privilège pour la réimpression de ses ouvrages. Et en 1551, il obtient grâce au cardinal Du Bellay   la cure de St-Martin de Meudon, dont il peut toucher le bénéfice sans y séjourner complètement.

En 1552 : Parution du Quart Livre, immédiatement condamné par le Parlement.

  Rabelais meurt  à Paris en 1553.

Article dans Le Monde,  Publié le 21 juillet 2003 à 13h35 par Véronique Mauras

Rabelais l’insolent

 Il est, près de Chinon, un pays béni où l’air est plus doux, le soleil plus mielleux, la nature féconde, où les vallons défilent, verdoyants et prospères, piqués de petits bois et de clochers pointus. Un pays de cocagne, dont les collines ourlées de vignes dissimulent en leurs flancs des caves troglodytes aussi vastes que des palais. En ces derniers jours de juin 1543, un homme chemine sur une mule entre champs et prés. Il transpire sous son bonnet carré et son caban, un vêtement à manches longues et pans croisés, inspiré du caftan, qu’il a adopté depuis qu’il a quitté le froc pour apprendre la médecine, il y a quinze ans. Dessous, l’habit est modeste mais propre, le docteur Rabelais prône l’hygiène dans un siècle qui n’en a pas, et se targue d’avoir ainsi fait reculer la mortalité à l’hôtel-Dieu de Lyon. Lui-même n’est plus tout jeune, mais se porte à merveille, grâce à un régime qui s’autorise tout – surtout le vin -, mais, pour faire mentir la légende, avec “juste mesure”. Il est maigre, de taille moyenne, les cheveux poivre et sel, la lèvre moqueuse sous une barbe bien taillée, les yeux bruns, brillants, “magnifiques”, disent ses amis – et les femmes, qui l’apprécient…

A la ceinture, il porte toute sa fortune : une fourchette, curiosité ramenée d’Italie, quelques instruments, herbes et poudres nécessaires à sa pratique, un précieux pot de gingembre vert que lui a offert l’ambassadeur de France à Venise, et des lunettes dernier cri, dotées de verres concaves, sans lesquelles, trop myope, il ne peut lire, ni écrire, ni soigner. Dans un coffre, il a serré les livres dont il ne s’est jamais séparé en vingt ans de pérégrinations, les Aphorismes d’Hippocrate, qu’il a commentés en public à l’issue de ses études médicales, l’Eloge de la folie d’Erasme, son modèle et son maître à penser, l’Utopie de Thomas More, Platon, Sénèque, Lucien, plus le sulfureux ouvrage d’un Polonais inconnu, Nicolas Copernic, qui vient d’être publié à l’insu de l’Eglise et qui circule déjà parmi les lettrés. Combien de temps échappera-t-il à la censure et à l’Inquisition ?

Maître François soupire, il est triste et, pour la première fois, découragé. En mars, ses propres livres ont été censurés par le parlement pour hérésie et, s’il revient dans son “pays de vaches”, ce n’est pas pour voir son frère aîné, qui a hérité des propriétés familiales, mais pour se cacher en attendant que l’orage passe. Qui viendra le chercher à la Devinière, cette grosse métairie où son père, avocat à Chinon, a fait construire il y a un demi-siècle une maternité privée, loin des miasmes de la ville ? Le petit bâtiment à un étage est élégant, avec son toit d’ardoise doucement pentu, son escalier extérieur abrité par un auvent à colonnes, ses chambres dotées de vastes cheminées, de pierres à évier et de coussièges aménagés dans l’épaisseur des fenêtres. Le domaine a son puits privé, des caves immenses où l’on presse le raisin, un jardin de simples où s’alignent pavots, mandragore, safran et camomille. Là, il a grandi, étudié, rêvé. Là, il peut oublier les “cerveaux à bourrelets”, “cafards”, “cagots”, “géants parasites et procéduriers” qui le harcèlent.

Ce n’est pas la première fois que les théologiens le condamnent ; un an après sa publication, en 1532, Pantagruel a déchaîné les foudres de la Sorbonne, la puissante faculté parisienne qui veille sur le respect de la doctrine. Accusé d’obscénité – en sus de l’apostasie -, il s’en est tiré de justesse grâce à l’un de ses anciens condisciples, Jean du Bellay, diplomate et évêque de Paris, qui l’a emmené fort à propos à Rome au titre de

médecin. Les esprits calmés, la bienveillance de François Ier et de sa sœur, Marguerite de Navarre, lui ont permis de reprendre son poste à l’Hôtel-Dieu de Lyon.

Le succès inattendu de Pantagruel, écrit pour se défouler – plus de 4 000 exemplaires vendus -, lui avait fait “pousser des géants dans la tête”, et il a récidivé, deux ans plus tard, avec La Vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel. Malgré son apparence de grosse farce, sa démesure, les précautions prises dans la préface et l’usage d’un pseudonyme, il est vrai transparent (Alcofribas Nasier, anagramme de François Rabelais), ce second roman, brocardant les “sorbonnagres”, les moines, l’enseignement scolastique, les juges et la plupart des institutions a failli lui coûter très cher.

La parution suivait de peu l’affaire des “placards”, une bravade des réformistes qui avait fait basculer le roi du côté des bourreaux. Des bûchers s’étaient allumés à Paris et à Rouen, six hérétiques avaient eu la langue percée, 200 avaient été bannis.

Cette fois, Rabelais n’a dû son salut qu’à la fuite précipitée. Quittant l’hôpital sans préavis, en février 1535, il a trouvé asile chez son premier protecteur, Geoffroy d’Estissac, évêque de l’abbaye bénédictine de Maillezais, un érudit amateur de jardins, qui l’avait déjà recueilli en 1524, lorsqu’il n’était encore qu’un jeune moine révolté par l’inculture des dominicains. Puis, l’alerte passée, il a réussi à rejoindre Jean du Bellay, en partance pour Rome, lequel l’a de nouveau pris dans sa suite, protégé et fait revenir en grâce. Rabelais a même obtenu l’absolution du pape pour son apostasie1 et l’autorisation d’exercer la médecine tout en réintégrant l’ordre des bénédictins à titre de chanoine séculier.

Depuis, il a vécu grâce à l’appui de ses protecteurs, le succès de ses livres et ses talents de médecin – dûment appréciés par ses contemporains qui le classaient parmi les dix meilleurs praticiens du monde. Il a parcouru la France et l’Italie, poussé par une soif de connaissance, d’expériences, inextinguible. A Rome, il a herborisé pour Geoffroy d’Estissac – à qui il envoyait des graines de salades, de melon, de haricots inconnus en France -, il s’est passionné pour l’architecture et l’art antique. Il a rencontré la plupart des grands esprits de l’époque ou correspondu avec eux, Guillaume Budé, Erasme, Clément Marot ; il a vu Michel Ange peindre son Jugement dernier et Pierre Lescot construire le Louvre. Il a dirigé la première dissection publique à Lyon. A Paris menacé par les troupes de l’Empire, en 1536, il a assisté aux préparatifs du siège, et à Aigues-Mortes, en 1538, à la réconciliation de François Ier et de Charles Quint ; à Turin, il a aidé le gouverneur Guillaume du Bellay, frère de Jean, à administrer le Piémont. Partout il a observé, des coulisses, les intrigues et la politique du temps, dont il a régalé ses amis et lecteurs, au prix d’incessants démêlés avec les autorités. Il est célèbre. Mais seul, sans le sou et de plus en plus menacé.

Jusqu’ici, son optimisme invétéré, sa foi en l’homme et en Dieu, sa boulimie de culture, son humour et son indépendance l’ont tenu debout, marchant toujours vers de nouvelles aventures. Mais, en ce printemps 1543, il est désemparé. La situation des humanistes n’est pas brillante. En prêchant le retour aux sources antiques, la responsabilité de l’homme face à Dieu, en critiquant la décadence de l’Eglise romaine, les superstitions, les pèlerinages, le culte des reliques, ils ont favorisé la montée des hérétiques, sans pour autant rallier leur

camp. Longtemps ils ont cru que l’Eglise romaine saurait se réformer de l’intérieur et ont œuvré pour une réconciliation. Mais la répression s’est alourdie.

En 1542, le pape a ranimé l’Inquisition romaine, suivant l’exemple de l’Espagne. En France, François Ier a définitivement choisi son camp : Clément Marot et Robert Estienne, entre autres, ont dû s’exiler à Genève, d’où Calvin dirige la Réforme française. Erasme est mort, fidèle à sa religion, fidèle à ses idées, Budé aussi, Thomas More a été décapité par Henri VIII après avoir refusé le schisme anglican.

Suspecté de sympathies hérétiques par les catholiques et de libertinage par les protestants, Rabelais ne sait plus sur qui s’appuyer. Deux de ses protecteurs, Geoffroy d’Estissac et Guillaume du Bellay, sont morts au début de l’année. Il s’est fâché avec son ami, l’éditeur Etienne Dolet, qui a publié une édition non remaniée de Gargantua alors qu’il avait pris la précaution d’en expurger les termes trop provocateurs. En vain, puisqu’il figure désormais sur la liste des auteurs interdits. A l’époque, ce n’est pas une figure de style : l’imprudent Dolet finira sur le bûcher pour avoir bravé les censeurs une fois de trop.

L’âge d’or de la Renaissance est fini. Des années terribles se préparent. Rabelais le pressent-il ? Sur son lit de mort, Guillaume du Bellay a fait des prédictions qui l’ont troublé. Lui qui s’est toujours moqué des astrologues et des diseurs d’avenir, jusqu’à publier des “pronostications” pastiches – “cette année, les aveugles ne verront que bien peu, les sourds entendront mal, les riches se porteront un peu mieux que les pauvres…” -, il s’est pris à douter et prépare un “vrai” almanach pour l’année 1534. La question du mariage le tracasse aussi. Il n’a jamais respecté ses vœux de chasteté ; bon vivant, il a même eu à Paris deux enfants qu’il a fait légitimer par le pape, et, à Lyon, un troisième, mort en bas âge. Mais il veut rester prêtre, et catholique. De tout cela, il a envie de faire une troisième épopée où, sous couvert de bouffonnerie, il pourra exposer ses réflexions sur le génie humain.

Le risque est énorme, mais il le prendra, et ce sera le Tiers Livre, ce “merveilleux Tiers Livre”, écrira Anatole France, “le plus riche, le plus beau peut-être”. Le plus lu au cours du siècle suivant, où il inspirera directement Molière (Le Mariage forcé) et Racine (Les Plaideurs). Craignant le pire, Rabelais a pris des précautions. Revenu miraculeusement en cour en 1545, grâce à l’appui d’amis proches du souverain malade – qu’il aurait soigné -, il a obtenu un privilège royal pour la publication et s’est bien gardé d’attaquer directement le clergé. Pourtant, la Sorbonne déclarera le roman, à peine sorti, “farci d’hérésies diverses”, et Maître François, une fois de plus, devra fuir, à Metz cette fois, une ville d’empire où il ne craint pas les poursuites, puis de nouveau à Rome.

Jusqu’à sa mort, à Paris, en 1553, dans des circonstances mystérieuses, il ne cessera de jouer une épuisante et dangereuse partie de cache-cache avec les autorités, alternant provocations, cavales et retours en grâce.

A Rome, il a encore écrit le Quart Livre, sorte d’odyssée burlesque à la poursuite de la “dive bouteille”. Il en a profité pour éborgner les mœurs de la papauté et aussi, pour faire bonne mesure, le “démoniaque Calvin, imposteur de Genève”. Il n’a pas eu le temps de finir la suite, le Cinquième Livre, qui sera publié sous son nom dix ans après sa mort, sans doute à partir de ses notes, par un admirateur anonyme.

Il faut lire Rabelais transcrit en langue moderne pour en apprécier la truculence, l’imagination, la hardiesse, l’intelligence, bref, le génie, à l’égal de Cervantes ou de Shakespeare. Chaque page

est une mine. Maître François, qui parlait l’italien, le latin, le grec, l’hébreu, l’arabe et de nombreux patois, qui avait étudié la théologie, le droit, la médecine, l’architecture, la botanique, l’archéologie, l’astronomie, et se passionnait pour toutes les découvertes d’un siècle qui en était riche, a nourri le français de quelque 800 mots, verbes ou adjectifs – algèbre, bastion, frise, escorte, gymnastique, bénéfique, indigène, frugal, chahuter, etc. -, et de dizaines d’expressions comme les “moutons de Panurge”, “prendre de la bouteille” ou “l’habit ne fait pas le moine”, pour ne citer que les plus “célèbres” (un autre de ses mots).

Il a inventé l’anagramme, le calembour et la première contrepèterie, “à Beaumont le Vicomte” ; le livre de poche et le pastiche. Outre Molière et Racine, il a inspiré les plus grands, La Fontaine (abondamment), Balzac, qui le parodiera dans ses Contes drolatiques, Anatole France, qui lui consacrera une biographie, Céline, Alfred Jarry, etc.

Quant à Gargantua, Pantagruel et Panurge, ils ont fait le bonheur des illustrateurs, Gustave Doré en tête, avant d’orner les bistrots et tavernes de France. Par la faute de Ronsard, qui lui a consacré une fort méchante épitaphe, on l’a souvent assimilé à ses héros. A tort. Maître François n’était pas un bouffon obèse ni un moine paillard ou un ivrogne, mais un aventurier de la connaissance, curieux, sceptique, lucide, qui aimait rire et déguisait ses critiques en farces pour éviter le bûcher. Un insolent.

Véronique M’auras

Présentation de l’œuvre

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

La naissance de l’œuvre

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Le genre- les genres de l’œuvre

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

La structure de l’oeuvre

L’oeuvre s’ouvre sur un prologue puis on a 3 grandes parties :

  • Prologue : Rabelais y avertit son lecteur : sous une apparence laide, grossière, le livre, comme les silènes, comme Socrate ou comme l’os, contient bien plus qu’il n’y parait !
  • Partie I : Généalogie, naissance,  enfance et éducation de Gargantua (1 à 24) 
  • Partie II : La guerre Pichrocoline (25-51)
  • Partie III : L’ abbaye de Thélème  (52-58)

Le résumé 

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Les thèmes dans l’œuvre

Le gigantisme

  • Le nom de Gargantua porte en lui l’ensemble des caractéristiques du gigantisme.  (comme celui de Grandgousier)
  •  Le nom, ici, rappelle à la fois la dimension hors-norme du personnage, mais surtout le caractère démesuré, quasi infini, de sa goinfrerie.
  •  
  • Gigantisme physique : l’enfant pousse un « cri horrible » à la naissance ; pour le nourrir, il faut 17 900 vaches ; sa mère, si elle l’avait allaité, aurait dû tirer de son sein 1400 pipes de lait à chaque tétée [la pipe est une mesure de capacité variable, d’environ 270 litres] ; il est pourvu de dix-huit mentons (l’embonpoint était considéré comme signe de santé, et non d’obésité. Mais l’on se « contentait » en général de deux ou trois mentons…), et il faut une charrette à bœufs pour le transporter !
  •  
  • Gigantisme des appétits : plus que sa taille, c’est sa goinfrerie qui fait de lui un être démesuré. Son premier cri est « A boire ! », ce qui enchante son père au lieu de l’inquiéter ! ; tous les éléments de gigantisme touchent d’abord à sa voracité : le géant est d’abord quelqu’un qui mange et/ou boit. D’où l’insistance sur les quantités astronomiques de lait, et surtout de vin, dont il est abreuvé dès son plus jeune âge – au point de le rendre quelque peu incontinent !
  •  
  • Prolifération carnavalesque du corps : prolifération de la nourriture, du vin, et de leur corollaire, la merde. Laquelle n’est nullement dévalorisée, mais au contraire glorifiée, dans l’inversion du « haut » et du « bas » typique du Carnaval, d’où les modalisations axiologiques positives, attribuées à l’appétit, ou au contraire à la défécation :

 « Il estoy merveilleusement phlegmaticque des fesses […] au seul son des pinthes et flaccons il entroyt en ecstase, comme s’il goustoyt les joyes de paradis.«  Et plus loin, l’on parle de « complexion divine«  !  

  •  

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

L’onomastique

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

La satire religieuse

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Le point de vue de Rabelais sur les « sorbonnards »

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Rabelais et le point de vue évangélique

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Le rire

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

La réflexion politique et l’Utopie

Le prince idéal

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

L’utopie, la cité ideale

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Politique et guerre

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Le langage

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

La question de l’éducation

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

L’éducation sophiste

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

L'éducation scolastique de Gargantua (ch.21 et 22)

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

L’éducation humaniste

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Comparaison des deux éducations

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Le résumé de l’œuvre

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lectures suivies

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lectures linéaires

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lecture n° 1 Ch 13 Torche-cul

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lecture n°2 ch 14 mauvaise education

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lecture n°3 ch Bonne éducation

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lecture n°4 Tours de notre dame

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Parcours „La bonne éducation“

Documents complémentaires

Document 1 : Erasme

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Document 2 : Condorcet

Document 3 :

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Document 4 :

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Document 5 :

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Document 6

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Document 7

ALBERT JACQUARD, MON UTOPIE

Quelques extraits du chapitre «La cité où tout est école»

Le système éducatif peut donc être défini comme le lieu où l’on enseigne et où l’on pratique l’art de la rencontre.

Hélas, à la question : «Pourquoi vas-tu à l’école ?», la réponse est trop souvent bien éloignée de cette évidence. La plus paradoxale est : «Parce que c’est obligatoire», la plus désespérante : «Pour préparer la vie active».

Par quelle aberration notre société présente-t-elle ce cadeau oomme une obligation , oomme une corvée à laquelle il faudrait se soumettre ? Songeons aux enfants africains ; ceux qui ont la chance de disposer d’une école et marchent plusieurs kilomètres chaque jour pour bénéficier de son apport ont une autre idée de cette «obligation». Sans le savoir, ils ont le même regard que celui qu’avaient les Grecs pour qui l’école était désignée par le mot skholé ; ce mot évoquait une condition affranchie des occupations et des soucis, il signifiait l’exemption du travail. L’ «obligation scolaire» ne devrait pas être comprise comme imposant aux enfants d’aller à l’école, mais comme imposant à leur entourage, et en premier lieu à leur famille, de les aider à bénéficier de son enseignement.

Quant à l’évocation de la «vie active», elle entraine le pire des contresens. Certes, chacun doit participer durant son parcours de vie aux activités que nécessitent les métabolismes de la société, mais une part seulement de ce parcours, une part dont on peut espérer qu’elle va être peu à peu réduite, est consacrée à la production et à la répartition des biens, c’est-à­ dire à l’économie.Il faut affirmer en toute occasion : la fonction du système éducatif n’est pas de fournir à ce Moloch qu’est le système économique les femmes et les hommes compétents dont il prétend avoir besoin. Son objectif est de participer à une tâche autrement décisive : aider chacun à devenir lui-même rencontrant les autres.

L’expression «vie active » est d’ailleurs trompeuse car elle admet que seule peut être considérée oomme active la période de notre vie prise en compte par les économistes dans leur calcul du produit national brut ; comme si un collégien ne manifestait pas autant d’activité qu’un chef de bureau, comme si ses journées n’étaient pas aussi saturées d’événements, de problèmes à résoudre, de choix à faire , comme si le cartable du premier n’était pas aussi révélateur d’activités vitales que l’attaché-case du second.

Admettre que l’enfance serait consacrée à préparer cette période dite active, c’est réduire la vie humaine à une série d’attentes emboitées les unes dans les autres comme les étages d’une fusée. L’école maternelle n’aurait alors pour fonction que de préparer à l’écoleprimaire, l’école primaire de préparer au collège, le collège de préparer au lycée, le lycée de préparer au bac, et ainsi de suite jusqu’à la retraite qui prépare à … Non, merci !

pp. 163-165

 

«Réussir» est devenu l’obsession générale dans notre société, et cette réussite est mesurée par notre capacité à l’emporter dans des compétitions permanentes. Il est pourtant clair que la principale performance de chacun est sa capacité à participer à l’intelligence collective, à mettre en sourdine son je et à s’insérer dans le nous, celui-ci étant plus riche que la somme des je dans laquelle l’attitude compétitive enferme chacun. Le drame de l’école est d’être contaminée par cette attitude de lutte permanente, qui est à l’opposé de sa finalité.

pp. 180-181

 

 

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

OEUVRE CURSIVE

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.