Entrainement EAF Corpus

Questions de corpus

Outils :

  • Rappel méthodologique corpus
  • Tableau question corpus
  • Correction du corpus
  • Fiche d’auto évaluation sur le corpus

La méthode

Un « corpus » est un ensemble de textes (trois à quatre textes en général).

« La réponse à une question portant sur un corpus de textes doit être synthétique, et s’appuyer sur quelques citations bien choisies montrant que l’ensemble des textes a été étudié ».

 

Les questions sur corpus ont deux objectifs principaux :


  • Faire remarquer les différences ou les points communs entre les textes
  • Préparer l’exercice d’écriture(invention, commentaire, dissertation)

 

Dans les séries technologiques, il y a généralement deux questions sur corpus, sur 6 points (généralement 3 pts + 3 pts).
Sur les 4 heures d’épreuve, il est conseillé de ne pas consacrer plus d’ 1h/ 1h 15 à ces questions.

Comment s’y prendre

  1. Lire attentivement les questions :
  • Soit elles interrogent sur les points communs entre les textes,
  • Soit sur les différences.

Identifier le type de réponse attendu (réponse type “points communs” ou réponse type “différences” ?)

 

  1. Lire les textes en surlignant au stabilo les éléments qui permettront de répondre aux questions : une couleur par question.

 

  1. Construire un tableau de synthèse, un texte par colonne


Noter sur une même ligne les éléments communs entre les textes, de manière à organiser plus facilement la réponse.

 

  1. Rédiger une intro qui présente rapidement les textes (auteur, source) et la question. Votre intro peut commencer ainsi : «Le corpus que nous devons étudier est composé de trois textes, le premier est de… » 

 

  1. Faites une présentation synthétique : Soyez concis (bref) votre réponse doit mettre les textes en relation en fonction des similitudes et/où des différences.

Justifier vos réponses par des citations entre guillemets, accompagnées du n° de lignes auxquelles elles renvoient. Les citations doivent se réduire à des mots ou expressions, inutile de copier des phrases entières. Soyez PRECIS.

 

  1. Rédiger la phrase de conclusion :

Reprendre les éléments de réponse en montrant que vous avez répondu à la question

 

Quelques exemples de questions de corpus

  • « En comparant ces quatre textes vous dégagerez les éléments caractéristiques d’une scène d’exposition ».

Ce sujet demande   qu’on organise la réponse autour des caractéristiques de la scène d’exposition et non de chacun des textes.

 

  • « Ces trois extraits développent-ils une même vision de la misère ? »

 

  • « Quel est le registre dominant de chacun des trois  textes ? Retrouve-t-on ces mêmes registres dans l’extrait qui accompagne le document iconographique ? »

 Ici la seule possibilité est l’approche texte par texte.

Application de la méthode du corpus

Vous répondrez d’abord aux questions suivantes (6 points) :

  1. Comment chaque texte rend-il compte des pensées et des sentiments du prisonnier ? (3 points)
  2. Comparez la façon dont ces quatre personnages vivent leur emprisonnement. (3 points)

 

Texte A : Victor Hugo, Le Dernier jour d’un condamné, 1829. 

Il s’agit de l’incipit du roman.   

 

Bicêtre[1].    

Condamné à mort !    Voilà cinq semaines que j’habite avec cette pensée, toujours seul avec elle, toujours glacé de sa présence, toujours courbé sous son poids !    Autrefois, car il me semble qu’il y a plutôt des années que des semaines, j’étais un homme comme un autre homme. Chaque jour, chaque heure, chaque minute avait son idée. Mon esprit, jeune et riche, était plein de fantaisies. Il s’amusait à me les dérouler les unes après les autres, sans ordre et sans fin, brodant d’inépuisables arabesques cette rude et mince étoffe de la vie. C’étaient des jeunes filles, de splendides chapes[2] d’évêque, des batailles gagnées, des théâtres pleins de bruit et de lumière, et puis encore des jeunes filles et de sombres promenades la nuit sous les larges bras des marronniers. C’était toujours fête dans mon imagination. Je pouvais penser à ce que je voulais, j’étais libre.   Maintenant je suis captif. Mon corps est aux fers dans un cachot, mon esprit est en prison dans une idée. Une horrible, une sanglante, une implacable idée ! Je n’ai plus qu’une pensée, qu’une conviction, qu’une certitude : condamné à mort !   Quoi que je fasse, elle est toujours là, cette pensée infernale, comme un spectre de plomb à mes côtés, seule et jalouse, chassant toute distraction, face à face avec moi misérable et me secouant de ses deux mains de glace quand je veux détourner la tète ou fermer les yeux.   Elle se glisse sous toutes les formes où mon esprit voudrait la fuir, se mêle comme un refrain horrible à toutes les paroles qu’on m’adresse, se colle avec moi aux grilles hideuses de mon cachot ; m’obsède éveillé, épie mon sommeil convulsif, et reparaît dans mes rêves sous la forme d’un couteau.   Je viens de m’éveiller en sursaut, poursuivi par elle et me disant : – Ah ! ce n’est qu’un rêve ! – Hé bien ! avant même que mes yeux lourds aient eu le temps de s’entr’ouvrir assez pour voir cette fatale pensée écrite dans l’horrible réalité qui m’entoure, sur la dalle mouillée et suante de ma cellule, dans les rayons pâles de ma lampe de nuit, dans la trame grossière de la toile de mes vêtements, sur la sombre figure du soldat de garde dont la giberne[3] reluit à travers la grille du cachot, il me semble que déjà une voix a murmuré à mon oreille :

– Condamné à mort ! 

 

***

 

Texte B : Stendhal, La Chartreuse de Parme, 1839 

Fabrice del Dongo est un jeune noble originaire de Parme, engagé dans les troupes de Napoléon 1er. Son tempérament fougueux l’entraîne dans des aventures amoureuses qui se soldent par un duel au cours duquel il tue son adversaire. II est emprisonné dans la tour Farnèse et tombe amoureux de Clélia Conti, fille du gouverneur de la prison dans laquelle il se trouve.    

 

Ce fut dans l’une de ces chambres construites depuis un an, et chef- d’œuvre du général Fabio Conti, laquelle avait reçu le beau nom d’Obéissance passive, que Fabrice fut introduit. Il courut aux fenêtres ; la vue qu’on avait de ces fenêtres grillées[4] était sublime : un seul petit coin de l’horizon était caché, vers le nord-ouest, par le toit en galerie du joli palais du gouverneur, qui n’avait que deux étages ; le rez-de-chaussée était occupé par les bureaux de l’état-major ; et d’abord les yeux de Fabrice furent attirés vers une des fenêtres du second étage, où se trouvaient, dans de jolies cages, une grande quantité d’oiseaux de toute sorte. Fabrice s’amusait à les entendre chanter, et à les voir saluer les derniers rayons du crépuscule du soir, tandis que les geôliers[5] s’agitaient autour de lui. Cette fenêtre de la volière n’était pas à plus de vingt-cinq pieds de l’une des siennes, et se trouvait à cinq ou six pieds en contrebas, de façon qu’il plongeait sur les oiseaux.   Il y avait lune ce jour-là, et au moment où Fabrice entrait dans sa prison, elle se levait majestueusement à l’horizon à droite, au-dessus de la chaîne des Alpes, vers Trévise. Il n’était que huit heures et demie du soir, et à l’autre extrémité de l’horizon, au couchant, un brillant crépuscule rouge orangé dessinait parfaitement les contours du mont Viso et des autres pics des Alpes qui remontent de Nice vers le Mont-Cenis et Turin ; sans songer autrement à son malheur, Fabrice fut ému et ravi par ce spectacle sublime. « C’est donc dans ce monde ravissant que vit Clélia Conti ! avec son âme pensive et sérieuse, elle doit jouir de cette vue plus qu’un autre ; on est ici comme dans des montagnes solitaires à cent lieues de Parme. » Ce ne fut qu’après avoir passé plus de deux heures à la fenêtre, admirant cet horizon qui parlait à son âme, et souvent aussi arrêtant sa vue sur le joli palais du gouverneur que Fabrice s’écria tout à coup : « Mais ceci est-il une prison ? est-ce là ce que j’ai tant redouté ? » Au lieu d’apercevoir à chaque pas des désagréments et des motifs d’aigreur, notre héros se laissait charmer par les douceurs de la prison. 

 

 

Texte C : Alexandre Dumas,  Le comte de Monte-Cristo, 1844Edmond Dantès est un marin qui a fait fortune au cours de ses différents voyages à l’étranger [sic]. A l’âge de dix-neuf ans et le jour même de ses noces, il est emprisonné sur une fausse accusation portée par ceux qui jalousent sa fortune et son épouse. Il restera quatorze ans prisonnier au château d’If près de Marseille.    

 

Malgré ses prières ferventes, Dantès demeura prisonnier. Alors son esprit devint sombre, un nuage s’épaissit devant ses yeux. Dantès était un homme simple et sans éducation ; le passé était resté pour lui couvert de ce voile sombre que soulève la science. Il ne pouvait, dans la solitude de son cachot et dans te désert de sa pensée, reconstruire les âges révolus, ranimer les peuples éteints, rebâtir les villes antiques, que l’imagination grandit et poétise, et qui passent devant les yeux, gigantesques et éclairées par le feu du ciel, comme les tableaux babyloniens de Martinn[6] ; lui n’avait que son passé si court, son présent si sombre, son avenir si douteux : dix-neuf ans de lumière à méditer peut-être dans une éternelle nuit ! Aucune distraction ne pouvait donc lui venir en aide : son esprit énergique, et qui n’eût pas mieux aimé que de prendre son vol a travers les âges, était forcé de rester prisonnier comme un aigle dans une cage. Il se cramponnait alors à une idée, à celle de son bonheur détruit sans cause apparente et par une fatalité inouïe ; il s’acharnait sur cette idée, la tournant, la retournant sur toutes les faces, et la dévorant pour ainsi dire à belles dents, comme dans l’enfer de Dante l’impitoyable Ugolin[7] dévore le crâne de l’archevêque Roger. Dantès n’avait eu qu’une foi passagère, basée sur la puissance ; il la perdit comme d’autres la perdent après le succès. Seulement, il n’avait pas profité.    La rage succéda à l’ascétisme[8]. Edmond lançait des blasphèmes qui faisaient reculer d’horreur le geôlier ; il brisait son corps contre les murs de sa prison ; il s’en prenait avec fureur à tout ce qui l’entourait, et surtout à lui-même, de la moindre contrariété que lui faisait éprouver un grain de sable, un fétu de paille, un souffle d’air. 

 

 

 

Texte D : Albert Camus, L’Etranger, 1942.

Meursault, le narrateur, se laisse entraîner dans une histoire de vengeance qui le conduit à tuer un homme. Il est aussitôt mis en prison.   

 

Quand je suis entré en prison, on m’a pris ma ceinture, mes cordons de souliers, ma cravate et tout ce que je portais dans mes poches, mes cigarettes en particulier. Une fois en cellule, j’ai demandé qu’on me les rende. Mais on m’a dit que c’était défendu. Les premiers jours ont été très durs. C’est peut-être cela qui m’a le plus abattu. Je suçais des morceaux de bois que j’arrachais de fa planche de mon lit. Je promenais toute la journée une nausée perpétuelle. Je ne comprenais pas pourquoi on me privait de cela qui ne faisait de mal à personne. Plus tard, j’ai compris que cela faisait partie aussi de la punition. Mais à ce moment-là, je m’étais habitué à ne plus fumer et cette punition n’en était plus une pour moi.   A part ces ennuis, je n’étais pas trop malheureux. Toute la question, encore une fois, était de tuer le temps. J’ai fini par ne plus m’ennuyer du tout à partir de l’instant où j’ai appris à me souvenir. Je me mettais quelquefois à penser à ma chambre et, en imagination, je partais d’un coin pour y revenir en dénombrant mentalement tout ce qui se trouvait sur mon chemin. Au début, c’était vite fait. Mais chaque fois que je recommençais, c’était un peu plus long. Car je me souvenais de chaque meuble, et, pour chacun d’entre eux, de chaque objet qui s’y trouvait et, pour chaque objet, de tous les détails et pour les détails eux-mêmes, une incrustation, une fêlure ou un bord ébréché, de leur couleur ou de leur grain. En même temps, j’essayais de ne pas perdre le fil de mon inventaire, de faire une énumération complète. Si bien qu’au bout de quelques semaines, je pouvais passer des heures, rien qu’à dénombrer ce qui se trouvait dans ma chambre. Ainsi, plus je réfléchissais et plus de choses méconnues et oubliées je sortais de ma mémoire. J’ai compris alors qu’un homme qui n’aurait vécu qu’un seul jour pourrait sans peine vivre cent ans dans une prison. Il aurait assez de souvenirs pour ne pas s’ennuyer. Dans un sens, c’était un avantage.   

[1] Prison de Paris.

[2] Longs manteaux

[3] Boîte recouverte de cuir portée à la ceinture et où les soldats mettaient leurs cartouches. 

[4] Fenêtres avec une grille

[5] Gardiens de prison

[6] Martinn : peintre romantique anglais.

[7] Ugolin : héros tragique de la Divine Comédie écrite par le poète italien Dante. Il est condamné à mourir de faim après avoir mangé ses propres enfants.

[8] Ici, le personnage se replie sur une seule pensée.