BAROQUE (XVII°)

Le baroque  : Généralites


L’origine du terme baroque est encore mal définie ; elle doit sans doute être recherchée dans le vocabulaire des joailliers portugais qui qualifiaient par ce substantif une perle irrégulière.

Au XVIIIe siècle, le mot est employé pour évoquer la bizarrerie d’un fait, d’une pensée ou d’une expression et c’est seulement à la fin de ce même siècle qu’on le retrouve appliqué aux arts plastiques : On qualifie alors ainsi péjorativement les œuvres d’artistes italiens du XVIIe siècle tels Pierre de Cortone, ou Bernin,   dont le style est jugé “irrégulier”, “bizarre”, “absurde” ou considéré comme la “peste du goût”.


Au XIXe siècle le terme acquiert enfin un sens   plus positif  et plus large.

 

L’art baroque est un des deux principaux courants stylistiques qui se développent au cours du XVIIe siècle et dans la première moitié du XVIIIe siècle, soit de la fin du maniérisme1 au début du néo-classicisme.

S’il est vrai que d’un point de vue esthétique les principales caractéristiques du baroque tels le mouvement, l’éclat du coloris ou le jeu illusionniste, s’opposent à celles du classicisme, courant artistique qui lui est contemporain, cette opposition doit rester relative, les deux tendances coexistant et se  pouvant  même  se  mêler  l’une  à l’autre.

Depuis le Concile de Trente, les efforts menés pour redresser l’Eglise catholique et pour lutter contre le protestantisme avaient porté leurs fruits : la conversion d’Henri IV et les progrès de  la  religion  catholique  en Allemagne en témoignaient. La papauté, consciente de sa force retrouvée, eut tout particulièrement recours à l’art baroque, que son faste désignait comme le meilleur messager de la puissance de l’Eglise.

 

Pierre de Cortone

Autour  de  1630,  les  œuvres  du  peintre  et  architecte  Pierre  de  Cortone,  du  sculpteur  Bernin  ou  de  l’architecte Borromini symbolisèrent ce nouveau style.

Visant avant tout à émouvoir et à persuader, l’art baroque développait dans des mises en scène savantes des compositions magistrales tendant à unir les arts de l’architecture, la peinture et la sculpture, dans  un  concert  de couleurs et de lumières.

 

Le baroque est avant tout italien, mais son précurseur fut un artiste flamand.

Pierre Paul Rubens, durant son court séjour en Italie dans la première décennie du XVIIe siècle fut marqué par les œuvres des Vénitiens de la Renaissance, Titien, Véronèse ou Tintoret, mais également par celles de peintres modernes tels  Caravage  ou  les Carrache ; il élabora un art grandiloquent où la vie éclate à travers les formes et les couleurs. L’influence de Rubens ne se cantonna pas à la peinture, on la retrouve dans la sculpture. Le nouveau style se répandit rapidement, se fondant avec les traditions régionales pour créer des formes sans cesse renouvelées .

 

Pierre Paul Rubens, La Chasse au tigre, 1610
Puget, Persée et Andromède

Le voyage des artistes fut un facteur de diffusion important mais non exclusif : art visant à traduire et surtout à transmettre la foi catholique, c’est essentiellement sur les traces de l’ordre jésuite que le baroque s’implanta dans le monde entier. Par ailleurs, les riches cours européennes ne pouvaient qu’être séduites par  ce  style  fastueux  qui s’adresse avant tout aux sens ; Louis XIV, lui-même, fit appel à des artistes comme Le Brun ou Puget.

 

Le maniérisme, est un mouvement artistique de la période allant de 1520 (mort du peintre Raphaël) à 1580.
 

Arcimboldo
Fragonard, Les heureux hasards de l'escarpolette

Avant le coup décisif que lui portera la réaction néo-classique, l’art baroque connait un prolongement dans le style rocaille ou rococo. C’est en France qu’apparaît le style rocaille.

Le terme est emprunté au vocabulaire de la Renaissance, où il désignait les faux rochers recouverts de coquillages,  qui  composaient  des  fontaines  ou  des grottes, pour être appliqué au mobilier des ébénistes de Louis XV,  caractérisé  par  ses  formes  contournées,  et bientôt, de façon plus  générale, à l’art du XVIIIe siècle. Le style rocaille reflète une vie de cour attachée à l’élégance, aux plaisirs et au luxe comme le traduisent les toiles aux coloris délicats d’un Boucher ou d’un Fragonard, qui illustrent de galantes et frivoles scènes pastorales et  mythologiques.  Ce  style  se  développa  en Europe sous le terme de rococo. L’apport italien le plus étonnant fut celui des “caprices”, paysages fantastiques avec des ruines antiques, d’un Pannini, d’un Canaletto ou d’un Piranèse.

 

LE CARAVAGE

Le Caravage, c’est  la peinture du fait brut, saisi dans un flash de lumière crue.

De son vrai nom, Michelangelo Merisi, le Caravage est né en 1571 dans la ville de Caravaggio d’où il tirera plus tard son nom d’artiste. Mort aux alentours de 1610.

Sa vie sera marquée par l’exil et la fuite. Son comportement excessif et bagarreur le poussera à changer de pays.

Artiste sans école et  sans élèves, il sera suivi par  de nombreux disciples s’inspirant de son art et de ses techniques pour former le caravagisme qui s’exportera au delà des frontières et des décennies.

 

Caravage, L'incrédulité de Saint Mathieu
Caravage, Judith et Holopherne

LES CARACTÉRISTIQUES MAJEURES DU CARAVAGISME

Saturation de l’espace du tableau

  • Le Clair/Obscur : lumière focalisée sur les visages contrastant avec un arrière plan neutre et très sombre
  • Le côté souvent dramatique des scènes : mis en avant par une puissante mélancolie.

 Le Bernin

Le Bernin sculpte l’instant unique de l’extase de Saint Thérèse : le point immatériel de la rencontre entre le temps et l’éternité.

Instant brutal où le corps de la sainte (porté par un nuage ) perd sont poids et devient plus léger que l’air.

 

La basilique Saint-Pierre de Rome (1656) est  l’exemple le plus célèbre d’urbanisme baroque.
 

La basilique Saint Pierre fut entre autres réalisée  par Le Bernin (1598-1680) sous le règne d’Alexandre VII, la place fut achevée en 1667.

La triple colonnade de la Place saint-Pierre oblige à percevoir la basilique morceau par morceau et jamais dans son entier(un bâtiment devait au centre masquer la vue sur la façade de Saint-Pierre de Rome). cherche à susciter une émotion. C’est un art excessif et spectaculaire.
 

C’est au détail que s’attachent Pierre de Cortone ou Le Bernin. La façade de l’église masque le corps du bâtiment et la coupole.
 

Les églises  sont souvent caractérisées par des façades ondulées et des colonnes torses . Borromini met en scène les façades de ses églises en introduisant non une surcharge décorative (qu’on impute souvent à tort au baroque d’une façon générale) mais le mouvement même du mur. L’ondulation ainsi réalisée allège la façade de l’église.

 

Rubens, L'énlèvement des filles de Leucipe

Ce qui caractérisera le Baroque, c’est, dans le choix du sujet, le choix du moment : un instant de bascule ou le moment le plus significatif de l’histoire.
 

Bernin par exemple saisit l’insaisissable instant où tout à la fois Apollon attrape Daphné, où Daphné est surprise par cet attouchement et où elle commence la métamorphose qui fera d’elle un laurier.
 

Bernin, Apollon et Daphné

LE  MOUVEMENT

 A Saint-Pierre de Rome, la Chaire de Saint-Pierre du Bernin est une « scène», un « spectacle » bien davantage qu’un « monument ».

 

Ses dimensions, le stuc mais surtout le bronze en feraient quelque chose d’écrasant si le mouvement, la « mise en scène » ne venait alléger tout l’ensemble. Les anges tournent autour de l’Esprit Saint comme des oiseaux autour d’un soleil. Le mouvement est symbolique. Il figure une descente (de l’Esprit dans la Matière). En haut l’Esprit Saint, justement, puis les anges (qui ont une figure quasi-matérielle), puis Saint Pierre (l’Esprit descendu dans un corps), enfin les Pères de l’Eglise (qui ne font que commenter la Parole que Pierre est tenu de répandre par le monde au moyen de l’Eglise dont il est le fondement).

En haut (Esprit et anges) de l’or et du stuc (légèreté). En bas (Pierre, les Pères) du bronze (pesanteur). On est bien descendu du Ciel sur la Terre.

 

Bernin, Chaire de Saint Pierre

FÊTES BAROQUES

Nulle part ailleurs plus que dans les fêtes baroques la mise en scène atteint son comble. Du 7 au 14 mai 1664 ce sont Les plaisirs de l’île enchantée  

A travers ces fêtes, c’est la glorification du monarque qui est entreprise . L’art baroque n’est pas seulement au service de l’Eglise et de la propagation de la foi, il est au service du roi, et (dans le domaine temporel) seulement à son service .

La fête du 17 août 1661 à Vaux-le-Vicomte, organisée par le surintendant Fouquet pour Louis XIV vaudra à ce dernier la disgrâce, la prison et la confiscation de ses biens).

Voir le film de R. Joffé, Vatel   

Entre Baroque et Classicisme : Versailles

Une architecture classique : Le Vau et Jules Hardouin Mansart composent un ensemble très italien.

Mais une décoration Baroque : Le Brun multiplie les peintures à la gloire du souverain. Il va jusqu’à dessiner les objets du mobilier, la vaisselle dans un souci de démonstration prestigieuse.

 

Le Brun, La Tente de Darius

Le Brun entre au service du Roi en 1660. Il peint pour lui La Tente de Darius. Présentée dans le salon de Mars, elle vaut à Le Brun sa réputation de génie français de la peinture et sa confirmation en 1664 au poste de premier peintre du roi. Il accumulera dès lors commandes et honneurs.

 

Il y a une ambiguité fondamentale en particulier dans le baroque français toujours mêlé de classicisme.

Versailles en est l’exemple flagrant. C’est davantage en Italie et dans l’Europe de l’Est que se développe un baroque « pur ».

Le XVII°s est fondamentalement baroque et   en même temps, la France (qui domine à présent les arts ), qui est baroque dans l’utilisation qu’elle en fait au service du pouvoir est pourtant classique dans son architecture, sa peinture, sa sculpture et son enseignement
 

Un poème baroque…

Jean-Baptiste Chassignet (1571-1635),

« Un Corps mangé de vers »

 

Pietr Claez, 1630

Mortel pense quel est dessous la couverture
D’un charnier mortuaire un corps mangé de vers,
Décharné, dénervé, où les os découverts,
Dépoulpés, dénoués, délaissent leur jointure :
 

Ici l’une des mains tombe de pourriture,
Les yeux d’autre côté détournés à l’envers
Se distillent en glaire, et les muscles divers
Servent aux vers goulus d’ordinaire pâture :
 

Le ventre déchiré cornant de puanteur
Infecte l’air voisin de mauvaise senteur,
Et le nez mi-rongé difforme le visage   

Puis connaissant l’état de ta fragilité,
Fonde en DIEU seulement, estimant vanité
Tout ce qui ne te rend plus savant et plus sage.

 

Musique baroque